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La mise en place officielle du futur groupe Fiat/Chrysler vient de marquer un coup d’arrêt, et pas des moindres. La Cour Suprême des Etats Unis vient d’ordonner la suspension sans délai de la vente de Chrysler Group à la Fiat. Le plus surprenant est que cette décision fut prise avec l’assentiment de l’administration Obama, la même qui, il y a quelques semaines, faisait des pieds et des mains pour que cette alliance de mette en place. 

C’est une action de trois fonds de pension et d’investissement de l’Indiana qui ont déposé cette demande auprès des tribunaux aux motifs qu’il y aurait eu dans les conditions de cette alliance, une discrimination à l’encontre des petits investisseurs au profit des gros groupes bancaires et financiers, créanciers de Chrysler. Par ailleurs, les avocats de ces fonds ont argué du fait que les fonds TARP n’avaient pas été utilisés selon les règles de la constitution ( un vote du Congrès semble nécessaire pour l’utilisation de ces fonds ! ). Et pour assèner le « petit coup de grâce », il est aussi dénoncé le fait qu’ainsi, ils ( les fonds de pension de l’Indiana ) ne peuvent faire valoir leurs obligations liées au groupe Chrysler; en clair, cela veut dire que les petits créanciers ne peuvent disposer de leur argent comme ils l’entendent .

Voyant ces faits, la juge en charge du dossier a donc décidé de tout stopper et de prendre le temps nécessaire pour analyser le dossier, mais il ne faudrait pas que cela dure trop, car rappellons nous, Sergio Marchionne avait bien dit que si l’affaire n’était pas définitivement bouclée le 15 juin, le groupe Fiat se retirerait des négociations ( Adieu Jeep Panda, bye bye Chrysler 500, au revoir Fiat Journey ….) et changerait son fusil d’épaule. Mais qu’en sera t il vraiment car il semble que la décision judiciaire ne sera pas rendu avant la date du 15 juin 2009. Est ce un temps supplémentaire pour affiner le dossier, un moment de palabres et de rediscussions, un temps de rien et seulement des paroles dites sous le coup de l’émotion par le CEO de Fiat. L’homme est italien, alors !

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Chrysler Group se trouve ainsi , depuis la fin avril 2009 devant son premier souci sérieux si Fiat ne peut pas prendre les 20% prévus du capital de la marque d’Auburn Hill , celle ci glissera inévitablement du Chapter 11 au Chapter 7 ( celui des liquidations ! ) avec tout ce que cela pourrait entrainer  ( entre autres, 38000 emplois directs supprimés  ). Et avec cette décision, on constate que la Cour Suprême met une barre à mine dans les roues, poutant bien huilées, du projet Fiat. Mais au delà de l’affaire Fiat/Chrysler, se pose la question de la méthode de gestion de la crise de l’industrie automobile américaine, notamment durant les derniers mois de la présidence Bush ( a ce titre lire l’interview édifiante dans le WSJ de Dick Cheney à propos d’une renconte de Bush avec Nardelli, Wagoner et Mullaly ), et il faut savoir que GM, très en difficulté avec les ventes de ses filiales ( Hummer avec le chinois Tengzhong, Opel avec Magna et Sberbank, Saab avec …personne ! ) guette l’évolution du dossier Chrysler car une impasse de ce coté pourrait avoir de facheuses répercussions sur l’ex grand de Détroit, car chez GM comme chez Chrysler, on vend les filiales et tout ce qui peut être vendu sous le même paragraphe  363 du Chapter 11. On en déduit donc qu’un échec de Chrysler entrainerait une situation identique chez GM.

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Par ailleurs , on aura toujours à l’esprit que selon plusieurs enquêtes, les contribuables américains refusent désormais à plus de 80% de mettre la main au portefeuille pour sortir les deux marques de leur bourbier!  Il y aura l’aide finale prévue par l’Etat et Obama, mais rien de plus. Ce qui veut dire que si les choses n’avancent pas, il n’ y aura plus d’aides pour faire la trésorerie et par conséquent, les achats et les payes ce qui voudra dire que GM et Chrysler mettront bel et bien la clef sous porte, même si cela doit entrainer un cataclysme dans le système industriel, financier ultra libéral américain.

Reste que la période 15 mai – 15 juin est difficile pour le groupe Fiat car après l’échec de la reprise d’Opel ( même si le dossier est loin d’être fini ) , un second marquerait la fin des espoirs de Sergio Marchionne de développer le groupe Fiat en étant le maitre des alliances avec les autres constructeurs partenaires. Et le temps joue contre Fiat , mais aussi Chrysler qui perdure dans la baisse permanente de ses ventes ( – 48% aux USA le mois dernier, près de – 60% dans le reste du monde ), la baisse de sa trésorerie, au point d’en arriver à l’obligation d’une liquidation de la marque américaine et au retrait quasi définitif de Fiat du marché US tant convoité depuis si longtemps ( enfin 3 ou 4 ans …).

On ne peut très exactement savoir quel sera la décision du juge et de la Cour Suprême, mais souhaitons pour le capitaine Marchionne que l’horizon se dégage et qu’il puisse continuer à faire évoluer Fiat. Et comme l’homme n’est pas du genre à se laisser abattre, il regarde désormais du coté de PSA ( la famille Peugeot n’est pas opposée à une alliance et les deux groupes collaborent ensemble depuis longtemps pour les VU ), mais on parle aussi de Suzuki, on envisage le renforcement du partenariat avec BMW ( déjà en place via Alfa ). Il y a aussi les joint ventures mises en place avec le chinois qui pourraient évoluer .

Et puis il y a d’autres challenges pour le groupe Fiat sur ses marchés historiques que sont l’Europe, le Moyen Orient et le Mercosur ( où Fiat vient de fêter la fabrication de sa 10.000.000eme auto ). On parle aussi de la relance de Zastava comme marque low cost ; ce ne sont donc pas les projets qui manquent pour le dynamique patron du groupe .

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Et puis Fiat est quand même un peu aux USA avec Ferrari et Maserati dont les ventes sont en hausse malgré la crise. Finalement tout n’est pas si noir que ça pour Fiat !

 NB: L’article qui concerne Cheney et Bush est à lire à l’adresse suivante .

http://www.autoblog.com/2009/06/09/cheney-bush-left-gm-bankruptcy-for-the-next-guy/

Via DN, WSJ, Courrier International, Les echos, Tonu, Koraikine