Aston Martin et Zagato, c’est une belle histoire d’amour qui dure depuis plus de 50 ans : une passerelle entre la classe italienne et l’élégance britannique, la réunion des deux grands pays de passion automobile.

Comme toutes les histoires d’amour qui durent, celle-ci a connu quelques bas mais ce sont les nombreux hauts que l’on retient. La voiture dont il est question ici est clairement à classer dans la seconde catégorie tout en restant une parenthèse discrète mais dont le souvenir reste ô combien marquant.
Des Aston Martin carrossées par Zagato, il en existe 12 modèles différents pour une production totale de seulement 574 voitures dont 4 modèles uniques. Tout a commencé par la sculpturale DB4 GTZ en 1960. C’est ensuite le trou d’air jusqu’en 1986 avec la controversée (adorée ou détestée, elle ne laisse pas indifférent) V8 Zagato et sa déclinaison Volante. Il faudra de nouveau attendre 2002 et la DB7 Zagato pour que la collaboration entre dans une ère industrielle, toutes proportions gardées bien sûr… La DBAR1 est pensée pour les US (enfin la Californie et la Floride surtout, elle n’a pas de vraie capote) afin de consoler nos malheureux amis américains qui n’ont pas eu droit d’importer la DB7Z. Le succès permet aux deux maisons d’enchaîner rapidement avec la V12 Zagato puis la Vanquish Zagato et sa version Volante entre 2011 et 2016.
 Toutes ces voitures ont été produites officiellement. A ces séries limitées s’ajoutent 4 one-off : DBS Coupé et DB9 Spyder Centennial, présentées en 2013 pour le centenaire de la marque. La Virage Shooting Brake date de 2014. Ces trois voitures forment un triptyque assez cohérent et ont été livrées à de vrais clients. Le quatrième one-off est plutôt un concept-car dont le destin a basculé…

En 2004, Zagato s’intéresse à la Vanquish première du nom. Il s’agit alors du porte-drapeau de la marque lancé en 2001. Son succès est réel (2600 exemplaires environ) et son aura immense. Motorisée par un tout nouveau V12 de 460ch, pourvue d’un châssis inédit, la Vanquish se veut le haut de gamme britannique, conjuguant sportivité et élégance. Son design absolument incomparable y est pour beaucoup. Parfaitement intégré dans l’histoire de la marque (calandre, ailes arrières, profil), il a toutefois permis un renouvellement formidable du style Aston. Tout en muscles, particulièrement virile, la ligne souligne le caractère sportif et exclusif du modèle, sans ostentation tape à l’œil. Q a eu le bon goût de la choisir pour l’une des missions de son agent secret préféré (dans un film oubliable mais là n’est pas le sujet). Dessinée par Ian Callum, on peut considérer la Vanquish comme l’un de chefs d’œuvre de ce début de XXIème siècle. Le designer a également dessiné la DB9 dont la ligne aura vécu 13 ans sans avoir été retouchée avant son remplacement par la DB11 cette année : on peut le classer parmi les bons.

Aston Martin produit des cabriolets mais la Vanquish Volante n’a jamais été au catalogue du constructeur. Zagato a donc proposé une version Roadster de la Vanquish à Aston Martin, présentée au Salon de Genève en 2004. Malgré les liens forts et historiques avec le carrossier, Aston n’a pas donné suite et le reste, c’est une histoire comme seule l’automobile sait en produire.
Le concept-car traverse l’Atlantique pour être présenté lors du célèbre concours de Pebble Beach. C’est à cette occasion qu’un américain fait des pieds et des mains pour acquérir la voiture qui n’est pas en vente. Considérée comme un prototype n’étant pas destinée à être commercialisée, elle n’avait pas le bon visa d’importation et ne pouvait rester sur le territoire US. Elle finira par être immatriculée en Californie sous un statut particulier de show and display après un aller-retour en Italie afin d’être correctement importée.  La voiture a passé 11 ans aux USA pour 13.000 miles. C’est loin d’être négligeable quand on sait qu’elle n’a pas de toit (ceci dit, en Californie, ce n’est sûrement pas le handicap ultime).
Elle a été vendue en août 2015 par Bonhams et a donc atterri semble-t-il au Royaume-Uni, l’une de ses patries d’origine. Il faut rester toutefois prudent sur cette localisation, les immatriculations pouvant s’avérer être de complaisance ou d’optimisation fiscale… il n’est pas improbable qu’elle ait été acquise par un Saoudien ou autre bien que le vrai retour en Europe soit évidemment possible. Ses multiples apparitions cette année (les rues de Paris, le Mans Classic, Chantilly Arts et Elégance) pourraient même me faire croire qu’il reste des passionnés suffisamment fous en France pour subir le climat autophobe ambiant et assumer une auto totalement décalée. Chapeau! C’est d’autant plus vrai en ces temps de circulation alternée que la voiture a possiblement été vendue car ne répondant plus aux normes anti-pollution californiennes : seul un acquéreur hors l’Etat pouvait participer à l’enchère. Le prix de cession n’est pas connu, elle a été acquise après vente. La fourchette d’estimation était de 660 000€ à 810 000€ hors frais. La voiture est absolument magnifique garée le long d’un trottoir : imposante, pleine de détails propres comme la double bulle typique de Zagato, les phares arrières, la signature Z sur les ailes avant. Elle ne manque pas d’attirer les quelques regards sans toutefois que les badauds ne se doutent du caractère exceptionnel de la voiture : un modèle unique, un prototype, simplement garé le long d’un trottoir parisien. Alors oui, Monaco restera toujours le plus grand spot de l’Hexagone mais Paris sait parfois se défendre et nous offrir des merveilles incomparables à admirer!
Crédit photos : Pierre CLEMENCE