« Franchement, je te comprends pas : tu peux essayer quasiment tout ce que tu veux et tu choisis le plus petit moteur sur une Audi A3. C’est vraiment n’importe quoi, tu me déçois ». Voilà en quelque sorte comment a été accueilli mon essai du jour par mes collègues et amis. Plutôt fraîchement, mais je l’ai bien cherché.

Car oui, j’étais curieux et un peu joueur. Une Audi A3, tout le monde connaît. Elle a en son temps inventé le concept de compacte premium (et j’avoue avoir longuement rêvé étant plus jeune d’un modèle 3 portes en Jaune Maya, comme celle du milieu sur la photo ci-dessous, avec un chargeur de CD Alpine dans le coffre si possible).

Elle reste encore aujourd’hui une des Audi les plus vendues et les plus accessibles en dehors de sa petite sœur A1. La gamme s’est considérablement développée, tant du point de vue carrosserie (3 portes, Sportback, Sedan ou cabriolet) que motorisation. Et c’est bien là où je voulais en venir. Si c’est effectivement assez « facile » pour un blogueur et probablement très enthousiasmant d’essayer une S3 de 300 ch ou même une RS3 de 400, j’ai volontairement choisi l’autre bout de la gamme. Le plus petit moteur disponible sur la compacte aux anneaux est un 3 cylindres de 1 litre. Un 3 cylindres dans une A3, donc. Déjà disponible sur un vaste échantillon de la gamme du groupe Volkswagen (Golf, Polo, Ibiza, Fabia entre autres), le petit bloc de 115 ch est-il digne d’une premium ?

A la lecture de la fiche technique reçue par courriel, je déprime un peu. On me réserve une Audi grise, intérieur gris, 115 ch. Bonjour le cliché de la voiture sans caractère. Le parc presse Audi se trouve dans un parking souterrain à Paris. Le tour du véhicule et les longues explications très détaillées (bonjour Philippe !) sur la technologie embarquée de la voiture se font donc dans une pénombre jaunâtre, pas le mieux pour appréhender le design de la voiture. Je vais donc vous en parler de la façon dont je l’ai découverte, une fois sorti au grand jour.

On a coutume de dire que la finition Audi c’est le top. C’est quasiment devenu un lieu commun, et je dois bien avouer que c’est difficile de prendre en défaut ma petite A3 sur ce point. Ajustements au millimètre de tous les boutons et contacteurs, matériaux de qualité (oui, même cette partie basse de la planche de bord, graal inatteignable de tout essayeur), toucher agréable et velouté. C’est joliment construit, y a pas à dire. L’ergonomie est elle aussi de premier ordre : pas besoin de chercher les commandes pendant de longues minutes, surtout si on est un habitué des voitures du groupe Volkswagen. C’est peu ou prou pareil que sur une Golf ou que sur Ibiza. Pour ce qui est du design, tout est forcément affaire de goût. Personnellement, j’aime les lignes pures et sobres, claires, bien dessinées, sans truc/machin qui ressort de n’importe où, un peu dans l’esprit Bauhaus, une sobriété fonctionnelle et esthétique. L’antithèse d’un tableau de bord de Renault Mégane 1ère génération, en quelque sorte. Ici, je suis gâté : c’est pur et net. Mais pas très folichon. Ca fait plus cadre sup’ que directeur de cirque/exploitant forain. Chacun son style ! Mon exemplaire dispose du fameux Virtual Cockpit. Sans revenir longuement dessus (mes estimés collègues Ancelin, Thomas, Gab’ ou Gilles ne s’en sont pas privés lors de leurs essais respectifs), je peux dire que c’est un équipement réellement agréable et qui apporte des fonctions utiles. Dans le registre du gadget, la vue satellite  manque de clarté et d’intérêt. Mais se passer de cet équipement vraiment configurable et réactif sur un autre modèle de voiture va être plutôt difficile !

La position de conduite est aisée à trouver, même si mon exemplaire, pourtant en finition haut de gamme Design Luxe ne dispose que de réglages manuels. Pas d’électrique sur la petite premium. L’espace à bord est plutôt agréable. Ce n’est certes pas une familiale, mais 4 personnes peuvent facilement y trouver leurs aises et envisager sereinement un voyage moyen courrier. Même le coffre est de bonne contenance et de forme très régulière. Moteur, action ! Parce que quand même, on est surtout ici pour rouler. Pour rester à l’arrêt je préfère encore un bon fauteuil club et un single malt bien tourbé, mais c’est un autre sujet. Le petit 3 pattes s’ébroue gentiment. Il est relativement discret mais reste néanmoins perceptible. Le petit son typique des trois cylindres se fait clairement entendre. Et vous savez quoi ? J’aime bien ça. Un petit grondement haut perché, un peu comme le petit chien qui vous regarde l’air menaçant alors que vous avez le culot de passer devant la maison dont il a la garde. Pas un brobrobro vulgaire, mais une petite teigne. C’est amusant, d’autant qu’en prenant des tours (raisonnablement, on est encore en agglomération), le bruit reste présent et persiste à être sympathique.

Trois cylindres, mais teigneux. Tout au moins à l’oreille, mais le pied droit il le prend comment ? En ville, tout va bien. 115 ch sont très largement suffisants, heureusement. L’A3 se faufile dans le trafic parisien grâce à son gabarit relativement compact et la boîte S Tronic égrène ses 7 rapports tout en douceur. Premier feu rouge, le moteur se coupe avec le Stop and Start, classique. Le feu passe au vert, je retire le pied du frein, le moteur redémarre, accélérateur et.. rien. Enfin si, mais pas tout de suite. Une latence, un trou. Oh, pas long, une demie seconde, et encore. Mais suffisamment long pour perdre systématiquement le Grand Prix des Feux Rouges contre Jean-Claude de la Compta et avoir une expérience plutôt désagréable. La mort dans l’âme je désactive le Stop & Start histoire de voir. Hé bien ça va beaucoup mieux ! La mise en route se fait immédiatement et je repars allégrement sur mon chemin. Plutôt étrange. Cela ne provient a priori ni du moteur, ni de la boîte. A confirmer sur d’autres exemplaires peut être.

Petite pause pour faire le tour la voiture. Fraîchement restylée (relire la prise de contact par Ancelin ici), la nouvelle A3 change dans le détail : de nouvelles optiques avant et arrières et quelques retouches esthétiques. Après tout, c’est comme ça que cela fonctionne et cela réussit plutôt bien à la marque dont les ventes restent au beau fixe. La ligne est typique d’une Audi : élégante et plutôt statutaire, très classique, surtout dans cette sobre teinte Gris Nano, qui a pourtant la particularité d’être assez sensible à la lumière, pouvant montrer différents reflets suivant l’angle d’éclairage.  Le piège pour Audi serait de rester enfermé dans un non renouvellement de son style, quitte à lasser. La petite Q2 (essayée ici par Ancelin encore une fois, décidément…) marque un début d’évolution. A voir sur les prochains modèles.

Retour au volant pour dégourdir un peu les soupapes du trois pattes. Un peu d’autoroute pour voir ce qu’il a dans le ventre, et malheureusement on atteint ici les limites de l’exercice du petit moteur. Disponible et volontaire, il ne renâcle pas à grimper haut dans les tours pour cracher tout ce qu’il a (zone rouge vers 6200 trs/min). Le problème c’est qu’il n’a pas grand chose à offrir, et que 115 ch, ça reste quand même un peu limite quand il faut relancer en côte pour doubler un camion, même si l’A3 a su maîtriser son poids avec 1275 kg sur la balance. Et si le bruit est sympathique à tous les régimes, ça reste quand même vexant de se faire largement gratter au péage en Audi par la première Polo GTI venue (histoire vraie).

A allure stabilisée, l’A3 garde très correctement sa vitesse avec une grande sérénité de fonctionnement, ce qui permet aussi de profiter de l’installation audio qui est de plutôt de bonne qualité bien qu’elle ne s’agisse pas d’une surmonte Bose/Denon/JBL/Devialet (si vous trouvez un jour du Devialet dans une voiture, faites moi signe, j’arrive en courant !). Mais les choses se gâtent dès que l’on veut accélérer un peu le rythme. Dommage, ça partait pourtant bien. Sur les petites départementales, l’A3 s’en sort très bien : le moteur est volontaire, la boîte est onctueuse et passe les vitesses à la volée en s’adaptant assez facilement à votre style de conduite. Le rythme ne sera jamais vraiment très élevé, mais le plaisir de conduire reste là, et c’est l’essentiel. La boîte peut tomber deux rapports d’affilée en cas de grand coup de pied sur la pédale de droite ou assurer sereinement le maintien à vitesse constante. Et c’est tant mieux, car l’absence de palettes au volant se fait un peu sentir. L’étagement est plutôt bon : pas vraiment de trou, même si les derniers rapports tirent trop long pour baisser les consos.

Tiens les consos au fait. Parce que l’intérêt de passer à un trois cylindres est double : baisse de la conso et des émissions de CO2. Pour le CO2, je ne suis pas allé vérifier, mais j’ai relevé une conso moyenne d’environ 7 l / 100 km sur la durée de mon essai, avec un mix autoroute/route/ville relativement homogène. Plutôt élevé dans l’absolu pour un petit moulin dans une compacte, et finalement pas très éloigné de la consommation du moteur d’au dessus, le 1,4 TFSI de 150 ch, dont les capacités routières promettent d’être bien supérieures.

Alors, fausse bonne idée ce trois pattes ? Pas forcément, et comme d’habitude cela va dépendre de votre utilisation. Si vous faites (beaucoup) de route : passez votre chemin. Le moteur a le souffle court et ne tiendra pas la distance. Si par contre vous envisagez de faire essentiellement de l’urbain et de la banlieue de grande agglomération, la proposition d’Audi se tient largement. Vive, alerte et très plaisante à conduire grâce à une belle homogénéité moteur/boîte, l’A3 sera une bonne compagne, d’autant plus que son habitacle assume clairement son positionnement premium et qu’il est très confortable. Reste le sujet épineux du tarif. J’ai écrit premium, donc forcément, ce n’est pas vraiment donné pour une compacte. Comptez donc un peu plus de 37 000 € pour cette A3 1.0 TFSI en finition Design Luxe. Le niveau d’équipement de série est déjà richement doté et évite pour une fois de devoir passer par les options : phares LED, sellerie cuir, Virtual Cockpit, etc… Dans l’absolu, pour cette somme, d’autres compactes non premium peuvent lui faire une féroce concurrence : une Mégane GT ou une 308 du même nom sont bien plus performantes, mais au prix d’un habitacle nettement moins cossu. Tout dépend de vos priorités : luxe ou sport. On peut avoir les deux, mais c’est plus cher !

Est-ce que je regrette de l’avoir essayée ? Pas un instant. Sa conduite est réellement plaisante et sa puissance conviendra quand même à une large majorité de conducteurs. Seule la consommation, nettement plus élevée que promis par Audi, me déçoit un peu.

Je remercie Audi France pour le prêt de la voiture.

Crédits photos : Régis Krol