Dopage et sport automobile: Mythe ou réalité ?

Photo dopage et sport mécanique Dopage et sport automobile: Mythe ou réalité ?Même si le scandale du dopage a le vent en poupe depuis quelques années, il est bien naïf de le classer dans un effet de mode. De mémoire d’homme, le sport de compétition est un domaine de performances, de notoriété, de cahiers des charges qui demandent aux sportifs des exploits toujours plus extraordinaires. Pourtant, l’homme n’est pas plus incroyablement développé depuis des siècles. Le dopage n’est pas nouveau, le premier cas de dopage avéré remonte paraît-il en 1928, mais ce n’est peut-être qu’une légende urbaine !
Alors Cyclistes-Pilotes, même combat ? Le sport automobile s’appuie sur l’ingénierie mécanique et technique, en quoi le dopage améliorerait les temps ou les performances du pilote ? Serait-ce une façon d’uniformiser les politiques entre fédérations sportives afin d’éviter des heurts ? Le doute est désormais posé depuis la sortie tumultueuse du rapport d’enquête de la commission sur la lutte contre le dopage dans le milieu sportif.

Lors du visionnage de la commission, une phrase de l’éminent docteur Sanson interpelle «  je peux citer l’exemple du sport automobile : pendant plusieurs années, les coureurs automobiles ont utilisé de la tacrine, produit utilisé dans le traitement de maladies comme celle d’Alzheimer, qui permettait de mémoriser les parcours routiers. Il peut d’ailleurs être utilisé pour le golf, le principe étant le même« . Marc Sanson a été le président du Conseil de prévention et de lutte contre le dopage (CPLD) pendant deux ans, de 2003 à 2005. Il a succédé à M. Boyon, nommé directeur de cabinet du Premier ministre de l’époque. La commission compte 83 auditions dont 12 en huit-clos, afin d’éviter une auto-censure, il y a eu des révélations, des réactions par voie de presse à propos de tous les sports. Vraisemblablement, il n’y a pas eu de mensonges avérés, des propos faux-fuyants peut-être, mais la commission insiste sur le fait qu’elle n’est en aucun cas un service policier. L’objectif vise une égalité de traitement pour tous. La conclusion pointe la lourdeur des plannings des compétitions, une forme d’industrie du spectacle dans le domaine du sport. Ainsi de plus en plus souvent il est demandé de réduire les calendriers des événements sportifs car peut-être est-ce le facteur essentiel du dopage. C’est celui par qui on cherche plus seulement l’amélioration de la performance mais la quête de la récupération entre deux compétitions. D’après le Président de la commission, Jean François Humbert, tant qu’il y aura des sportifs en accord avec le calendrier, les managers, organisateurs et sponsors auront recours à ce type de facilitateurs physiques ou mentaux. Mais qu’en est-il réellement pour le Sport Automobile ?

Pour nous aider à y voir plus clair, Laurent Laskowski, 23 ans, pilote instructeur diplômé (NDLA : il est le vainqueur le 12 décembre dernier de la grande finale de l’opération Rallye Jeunes au volant d’une Citroën DS3 R3 sur le circuit Gardois de Lédenon au nord de Nîmes, organisé conjointement par la FFSA et l’écurie Citroën Racing). Il a accepté de répondre sans langue de bois à nos questions en précisant «  Tout ce que je dis dans cette interview au sujet des produits dopants dans le sport (particulièrement l’automobile), n’est qu’hypothèse, je ne suis pas confronté à cela et j’espère que je ne le serais jamais ! J’ai juste mon idée très égoïste du sujet et si l’on pouvait résumer tout cela : je pense que bien souvent le sportif est en première ligne, pointé du doigt, allégé de ses victoires alors que derrière, c’est toute une société qui le poussent à cet acte ! Sans celle-ci, un vrai sportif préfère gagner sans triche, par fierté. ».

Le réel cas de « dopage » dans le milieu automobile est apparu en 1955, nul autre que le premier champion du monde F1. Giuseppe alias Nino Farina a été victime d’un incendie dans sa Ferrari en 1954 pendant les essais à Monza. Suite à ses multiples blessures, le pilote tenait grâce à des doses sévères d’analgésiques. Il reprend la compétition en 55 et arrêtera en 56. Pourtant, la presse le juge encore 50 ans après, et en connaissant de causes, de pilote dopé en exagérant sa prise médicamenteuse en Morphine pure. En 1996, les pilotes Enjolras et Brousseau sont contrôlés positifs au Cannabis lors du championnat de France de Formule Renault. La défense fut légère en invoquant une soirée entre amis pour fêter le podium. Ils ont écopé de 3 mois de suspensions. Leur avance de chrono était de toute façon entérinée. C’est à ce moment que Pescarolo annonce les sanctions nouvellement prises ; les prochains contrôles positifs seront exclus définitivement de la compétition. Et pourtant, les années se suivent et se ressemblent. Enge a perdu son titre de F3000 suite à un contrôle positif de cannabis. Souvenons-nous de la couverture du magazine Italien AutoSprint en 1988, celle où l’on voit un pilote aspirer un trait de cocaïne. L‘interview d’Alain Prost pour Playboy laisse supposer du doping mais n’affirme jamais «  Je n’en ai jamais vu mais ça ne veut rien dire. Dans les sports où l’on se dope, personne n’a jamais vu personne avaler un quelconque produit ! De toute façon, souvent, « dopage » est un bien grand mot. Dans certains sports, il est tout à fait normal de rééquilibrer l’organisme avec des médicaments… Moi, de toute façon, je ne me dope pas. Alors si un concurrent réussit à faire la différence avec moi parce qu’il a pris des trucs qui, en tout état de cause, sont très mauvais pour l’organisme, je trouve que c’est très injuste. En plus, nous faisons un sport dangereux et nous ne sommes pas seuls sur la piste, hein ! Le sauteur à la perche, lui, il est tout seul. Le lanceur de javelot aussi – sauf qu’à la limite, il peut toujours lancer le javelot dans la foule s’il lui prend un éclair dans la tête ! Mais nous, nous risquons notre peau au milieu des autres. Donc, il vaut mieux que les pilotes ne fassent pas n’importe quoi. »  24 ans plus tard voici la réponse de Laurent Laskowski « Non, je pense qu’en F1, WRC, MOTO GP… Vu que nous avons nos vies entre nos mains, même si beaucoup nous prennent pour des inconscients, nous devons avoir un MENTAL très fort et donc je ne pense pas que le PILOTE PRO soit influençable par ce genre de produit… Quand je lis les ressentis de Sébastien Loeb ou Ogier, qui continuent à dire qu’ils passent des CAP dans leurs pilotages, ou dans l’équipe, qu’ils progressent sur les notes… Ça me paraîtrait fou qu’ils plongent là-dedans… Ça reviendrait au même que d’avoir une voiture non-conforme, ou couper le circuit en deux pour tricher. Et puis si je gagne en trichant, je ne serais pas content de moi, je suis quelqu’un qui a trop de valeurs de respect, je ne pourrais pas ».

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La presse est la première à ouvrir la boîte à Pandore lors d’un contrôle positif. Serions-nous dans le concept, bien ou pas, bon ou mauvais, l’important est que le papier soit lu ? Que le nombre de VU explose afin d’assurer les futurs contrats Pub avec les sponsors ? Serais-je à nouveau piquante en invoquant les besoins de buzz de la presse qui pousserait cette attitude anti-sportive ? Laurent Laskowki a une opinion déjà faite à ce sujet malgré sa jeune expérience « On se laisse entendre que pour faire le tour de France sans produits dopants, il faudrait 6 mois… Il n’y a plus de rêve pour le téléspectateur, ce serait long et ennuyant. Actuellement en 1 mois, nous voyons toutes les étapes importantes traversées par les cyclistes … Alors oui, peut être que nous pourrions penser que les besoins médiatiques sont un des acteurs premiers à la compétition « médicalement assisté » ! Et encore une fois cela est triste de perdre les valeurs et la qualité d’un sport au delà ce que cela rapporte financièrement.  » Les produits dopants sont sources de méfiances et de désamour du sport pour le lambda qui suit chaque Grand Prix, plus tard, espérons que je pourrais écrire « chaque rallye », n’est pas là le sujet. Par médias, j’entends en arrière boutique la pub, le taux de retour, la notoriété, l’impact prospect, augmentation des ventes et ainsi de suite… Tout comme le sportif, les rédactions éditoriales sportives ne seraient-elles pas elles aussi prises au piège du « mac » financier que sont les sponsors ? À cela, notre pilote WRC rétorque «  Je pense que  » l’homme sportif  » s’interdit ce genre de produit! Ce sont les personnes qui payent qui veulent investir et gagner ». Devrions-nous entendre par là que le sportif perd en quelque sorte son âme, l’essence de sa passion, une forme d’aliénation au profit des actionnaires « oui, car je pense qu’ils ne donnent pas le choix aux sportifs, tu te dopes, tu gagnes ou DEHORS !. C’est comme ça que je le perçois (il continue) J’ai entendu des histoires de sportifs qui ont arrêté le sport alors qu’ils étaient promis à un très bel avenir, il faut être fort dans la tête, et respecter ses valeurs. Pardons, ils ont tout arrêté, on voulait qu’ils se dopent. »

Les industriels pharmacologiques, la recherche médicale n’en sont pas de reste. La presse, la société déplore ces agissements et pourtant que fait un étudiant pendant les examens ? Il se Dope, et oui. Que nous ne soyons aucunement étonnés de lire cela. En étalant noir sur blanc tous les médicaments et leurs effets « désirés », il est certain que des citoyens honnêtes iront se fournir d’une façon ou d’une autre. A qui profite le crime? quel est le vrai fauteur ? Le sportif, le médecin, le coach, le sponsor, la presse ou les pharmacologies ? « Les produits dopants sont créés par des chercheurs, biologistes, chimistes, etc. Eux seront capables de réaliser des produits toujours plus fous, plus efficaces… Mais à ce moment-là, créons la compétition du meilleur produit ! En tout cas, les corps seront toujours plus meurtris » Finalement, je me demande si nos sportifs ne sont pas tout simplement des cobayes.

Les détracteurs du Sport auto ou les anti-autos vont se jeter sur le papier et déverser toutes leurs haines en démontant cette passion. Soyons sérieux une minute, le dopage est un moyen de créer l’espace d’un moment plus ou moins long une hyperactivité cellulaire ou une concentration extrême. Tout comme des médicaments ordinaires, l’effet secondaire existe et peut en devenir plus dangereux pour la pratique de ce sport. Le pilotage nécessite une concentration extrême, connaissez-vous le second effet des Amphétamines ? Elles créent ce que l’on appelle le Fighting Spirit, c’est à dire l’euphorie. Imaginez-vous un moment Alonso chanter à Tue-tête Someone Like You en plein GP ? Ou Loeb chanter Albatros pendant le Pikes Peak ? Les autres produits comme les analgésiques sont excellents contre la douleur, mais « atomisent » les réactions. L’entraînement physique a une part importante dans la préparation tout comme le psychologique. Laurent m’explique « Je n’ai jamais été confronté à cela (proposition malhonnête), mon coach sportif Nicolas Bernardi (Directeur Sportif Rallye Jeunes FFSA) nous en aurait parlé, pour nous dire de prendre garde. Aujourd’hui, j’ai une formation énorme pour ma concentration, pour mon équilibre des exercices de mémorisation très complexes, nous travaillons la mémoire instantanée  » ajoute « un petit exemple d’entrainement de concentration : nous sommes en équilibre total sur un ballon de gym, et pendant cet exercice déjà difficile nous devons retenir des codes de couleurs qui défilent devant nous puis nous devons les retranscrire mais il y en existe d’autre, nous travaillons la sophrologie et la respiration ».

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À l’instar du tennis, du foot et d’autres, comme le souligné Alain Prost, le sport automobile est une pratique dangereuse, les pilotes mettent leurs vies en péril. Nul besoin de faire la liste tant ceux qui ont laissé la vie dans leurs voitures sont connus et nombreux. Le sport automobile est avant tout un « art » mécanique, une perfection de technologie que nous retrouvons quelques années plus tard et mise aux normes pour la voiture de monsieur tout le monde. Nous conviendrons aisément du fait que ce sport est une affaire d’équipe entre la machine et l’homme. Pour comparer avec le tennis, que je connais, le taux de réussite est à 85 % due à la technique et l’endurance du tennisman, tandis que le sport auto n’est qu’à 50%. Il est bien différent de faire un revers à une main avec une raquette de quelques centaines de grammes que de maîtriser un moteur de centaines de chevaux. L’erreur peut en être fatale. Nous avons rarement entendu parler de décès sur un court d’un tennisman. Laurent a eu une réflexion qui me paraît tomber sous le sens, peut-être bon de faire un rappel, je lui laisse la parole « en sport auto avant d’aller se doper pour la concentration, il faut apprendre à piloter. Apprendre à gérer des arrêts au stand en équipe ( pour le circuit), gérer l’usure des pneus. Enfin voilà, avant d’aller se doper en auto, il aurait fallu être irréprochable sur trop de points…Qu’ils (les Juges, Rois et Papes) nous suivent avant et pendant un rallye, qu’ils viennent suivre mes séances d’entrainements derrière un volant, séance de sport classique! Et puis mon avis perso… Avant de se doper, il faudrait commencer par BIEN MANGER, la naturopathie par exemple, la société veut que nous mangions mal… « 

Lors de cette interview la discussion a dévié sur l’impact de la société sur les sports et le doping à outrance, l’analyse du pilote est intéressante, encore faut-il être ouvert d’esprit pour être sain de corps  » Le meilleur exemple, c’est le gorille,  le plus proche animal de l’homme, il ne mange que des insectes et des graines… Et pourtant c’est un monstre de puissance! Nous mangeons beaucoup trop qui ne contiennent que trop peu de nutriment. Pour demander le meilleur à ton corps, donne lui le meilleur. J’ai un coach nutritif, un ancien pilote de F1″.

Pour finir, le dopage existe bel et bien, faut-il le reconnaitre à bon escient et savoir en tirer le meilleur, je parle de l’hygiène de vie « mais aussi le positif accumulé, il faut être positif… C’est un réel entraînement, si on habitue le cerveau à être négatif, on créé du négatif, si on se force tous les jours à être positif… Il ne saura faire que ça ». Le dopage est une gangrène dans le sport en général, Laurent le compare à l’alcool dans le quotidien « je pense que (le dopage) c’est comme l’alcool au volant, la vitesse sur la route… C’est une longue rééducation à faire ». Il est évident que tous les pilotes ne sont pas de la veine de Laurent. Tout de même, le fait que l’on entende moins parler de doping dans le sport automobile, même si les pilotes de F1 réclament plus de contrôles, ne serait-ce pas simplement le fait que le doping n’est pas (déjà) monnaie courante ?

Merci à Laurent Laskowski pour sa franchise, sa simplicité et de s’être « plié » au « jeu » délicat de l’interview. Nous aurons grand plaisir à suivre l’évolution du prometteur futur n°1 du WRC !

Crédit Photo: Rallye Jeune FFSA / FranceInfo