Sur le blog, s’il y a bien une voiture qui nous plait à tous, c’est sûrement la 595. Qui aurait parié qu’une bande d’essayeurs grincheux, amateurs de bières et de grosses bagnoles serait éprise du petit pot de lait fermenté de la firme de Turin ? Pas grand monde, tenant compte du fait qu’en France, la gamme Abarth 595/695 est à 80% destinée à une clientèle féminine, qu’est ce qui peut donc bien nous attirer chez cette bouillonnante mais craquante italienne ? Éléments de réponse avec l’essai de la nouvelle 595 Pista en version Cabriolet.

Si vous aimez la Fiat 500, que ce soit en version « civilisée » ici, ou bien version pimentée par Abarth, sans compter les différentes déclinaisons L, L Trekking, X, 595 Competizione695 Biposto et consoeurs toutes essayées sur votre blog favori, vous vous étiez sûrement dit que nous avions enfin fait le tour de la question. Pas si sûr ! Nous vous l’annoncions il y a quelques mois à l’approche du salon de Genève, Abarth revient avec deux nouvelles déclinaisons de sa bombinette avec la 595 Pista et la 695 XSR Yamaha Limited Edition. Vous ne vous y retrouvez plus ?
Sergent Ancelin à la rescousse.
La gamme Abarth débute avec la 595 « standard », forte de 145 ch. Vient ensuite la Turismo, qui développe 165 ch et destinée à une clientèle plus urbaine et connectée. Enfin, la Competizione de 180 ch, dont les freins Brembo et l’échappement à double-sortie de chaque côté du spoiler arrière trahit les ambitions de performance plus affirmées.
La Pista, s’intercale entre la version « standard » et la Turismo. Elle développe 160 ch, reprend l’échappement Monza de la Competizione (pour le bruit), dispose de détails esthétiques spécifiques (pour le style) et fait en revanche l’impasse sur les sièges cuir pour des sièges tissu (pour les économies).
Une gueule, un bruit à réveiller les morts, les équipements nécessaires à n’importe quel client normalement constitué et vous obtenez en apparence le parfait mélange Abarth. Le tout à partir de 21 100 € auxquels vous devrez rajouter 1000 € pour la BVA et 2000 € pour une version cabriolet à toit en toile comme sur notre modèle d’essai.
Cette énième déclinaison est avant tout destinée à une clientèle jeune (ça c’est Abarth qui le dit) en mal de reconnaissance, en pleine crise de la vingtaine et souhaitant en mettre plein la vue, que ce soit aux petites midinettes à la sortie de la boite de nuit ou à ses potes en arrivant à l’université (et tout ça, c’est moi qui le dis).

Car la 595 Pista n’est pas discrète, ça non, et ce malgré sa teinte Gris Pista qui pourrait d’un rapide coup d’oeil la faire passer pour une banale citadine adepte de la morne ambiance parisienne.
– Premier point, cet essai n’a pas été réalisé en région parisienne, mais dans l’Est de la France, à la poursuite des spéciales du rallye d’Alsace.
– Deuxième point, la 595 n’est pas une banale citadine comme nous allons le découvrir.

Tour du propriétaire

Je ne vais pas vous en faire un pavé. La 595 Pista reprend exactement les codes initiés par le restylage et s’il n’y avait pas la présence du petit logo Pista en dessous du sigle 595 à l’arrière, on penserait tout bonnement être en présence d’une 595 Competizione. Point de détails spécifiques si ce n’est les coques de rétroviseurs, la lame avant et les jantes peintes en noir. Pas de quoi en faire une affaire d’Etat.
Ainsi, pour un montant somme toute raisonnable, quasiment 1,5 x moins chère qu’une Competizione, la Pista crée l’illusion et surprendra tout le monde par un son rauque et tapageur, même en mode « normal ». Une vraie de caisse de jeunes kékés j’vous dis !

Le plumage sans le ramage ?

Extérieurement donc, l’illusion est parfaite.
Sous le capot, le 160 ch n’est qu’une version dégonflée du 165 ch de la Turismo, histoire de garder une certaine logique de gamme (si si !).
Du côté de l’habitacle, je ne voyais personnellement pas l’intérêt du cuir dans une Abarth, le tissu me convient donc parfaitement. Du reste, les seuls équipements que je demande sont climatisation automatique, GPS pas trop dégueulasse et pouvoir écouter la musique de mon iPhone tranquillement et facilement, ce à quoi Abarth répond à merveille en proposant en option le système Hifi Bose. Je ne suis pas un garçon compliqué, pour une voiture de ce type en tout cas. Jusque là, c’est donc un sans faute.

Appelle-moi pilote !

Bien évidemment, Abarth nous avait concocté un programme aux petits oignons. Quoi de mieux pour une bobinette de parcourir les spéciales officielles d’un rallye au calendrier WRC ? Par une belle journée à l’approche de l’été, avec 29°C et un toit ouvrant, je ne vois pas non…
Avant toute chose, je tiens à préciser qu’il s’agissait pour moi de ma première fois au volant d’une Abarth. Bien que quasiment toute l’équipe en ait déjà essayé une version voire même possédé un exemplaire pour l’un d’entre nous, la 595 Abarth revolerait jusqu’à maintenant pour moi de l’inconnu le plus total.  Habitué aux petites sportives nerveuses 2 places et propulsion, je redoutais même l’instant craignant alors de regretter la position de conduite « chaise » et le manque de grip du train avant entrainant des réactions alors tout à fait désagréables de la voiture.
On démarre depuis le centre ville de Strasbourg en direction du Sud Ouest de l’Alsace à la frontière des Vosges.
Les premiers kilomètres s’effectuent donc en ville. On repassera pour la discrétion. Casquette à l’envers, musique à fond, toutes fenêtres et toit ouverts, coups de gaz intempestifs pour faire trembler les murs de la capitale Alsacienne, je suis dans le personnage.
Malgré l’heure peu avancée de l’après-midi, des bouchons se forment à l’entrée de la voie rapide et je remarque les regards insistants des autres usagers. Cette voiture n’est donc définitivement pas discrète.
Après quelques kilomètres à 110 km/h et une pensée pour mon dos sur long parcours (merci les jantes 17″) ainsi que pour mes tympans (le toit entièrement ouvert au dessus de 100 km/h, c’était pas une bonne idée), nous rejoignons les réjouissances de ce séjour : plus de 40 km de spéciales à travers les forêts et la campagne alsacienne.


Mode « sport » engagé, la direction se raffermit et le bruit en sortie d’échappement se fait plus tapageur qu’il ne l’avait jamais été.
La position de conduite ne me convient pas au premier abord, j’ai l’impression que je vais être balancé d’un bout à l’autre de l’auto dès le premier virage. Mais c’est justement là que tout change, au premier virage.
J’écrase littéralement la pédale de frein roues droites en me plaçant à l’extérieur du virage, prêt à plonger au point de corde. TTC activé (pour Torque Traction Control, ou autrement dit un répartiteur de couple aux roues avant), le train arrière se met à gigoter méchamment, voire même dangereusement, il n’a qu’une envie : passer devant. Vite, on plonge. Quelle ne fut pas ma stupeur, la dernière traction dynamique conduite en date n’étant autre qu’une des références du milieu (entendez par là Clio 4 RS), en constatant que cette 595 Pista ne désirait qu’une chose : aller encore plus loin. Les sièges au premier abord très/trop simples de lignes confèrent un maintien tout à fait satisfaisant aux lombaires tandis que l’ensemble de la voiture colle à la route étonnement bien.
La pratique du « talon-pointe » n’a jamais été aussi aisée grâce à un pédalier plutôt bien pensé, le talon glisse tout naturellement sur la pédale de droite et nous permet de profiter des vocalises toujours plus enivrantes de l’échappement Monza. Et le rétrogradage vous arrivera bien plus souvent que vous ne le pensez. 160 ch, ok, je m’attendais à une poussée bien plus impressionnante au regard du poids de l’engin à vrai dire. Est-ce justement cette position de conduite « chaise » qui gomme les sensations ? On se surprend par ailleurs à freiner et ré-accélérer de plus en plus tard tant la 595 colle à la route et enroule les virages avec une facilité tout bonnement déconcertante. L’empattement court et les roues aux quatre coins y sont sûrement pour quelque chose, mais je n’ai à aucun moment eu à déplorer de sous-virage et ce malgré un malmenage en règles avec pour seul compagnon de route et lièvre une 124 Abarth : ça motive !

Je regrette toutefois deux choses : malgré son maniement aisé, le levier de vitesses manque de franchise au verrouillage de rapport au contraire de la 124 pour laquelle c’est un sans-faute. D’autre part, 5 à 6 minutes de conduite sportive auront suffit à nous faire profiter de 30 min de sifflement à chaque freinage, ça n’arrive qu’aux italiennes ou quoi ?!

Bien que la Pista vienne un peu chambouler selon moi l’esprit de la clientèle dans la compréhension de la gamme, elle constitue actuellement et sans aucun doute le meilleur choix 595 pour qui veut en avoir pour son argent. Connectée mais pas trop, puissante mais pas trop, chère mais pas trop, c’est bien cela que l’on retiendra de la 595 Pista : « mais pas trop ». Elle entre dans le cercle très fermée des voitures donc le seul mot qui nous vient à l’esprit est « cool ». Si c’est pas un argument de vente pour les jeunes ça ?!

 

Merci à FCA Group pour l’invitation et l’organisation au top.
Merci également à Jean-Michel Salmon pour sa bonne humeur tout au long de cet essai et son aide pour la réalisation des clichés.

 

Crédits Photos : Ancelin Schoenhentz