marcopolo19L’histoire commence comme dans les plus beaux livres du genre « Comment être un winner ». Prendre un Marco Polo me trottait dans la tête depuis un certain temps, sans dépasser le stade du fantasme. Et puis une opportunité s’est présentée. Et une opportunité, comme doivent certainement l’expliquer ces merveilleux ouvrages, ça se prend. Bam, me voilà en possession d’un camping-car pendant 5 jours. Question subsidiaire : qu’est-ce que je vais bien pouvoir en faire ?

Mettons-nous d’accord tout de suite : je suis totalement étranger au concept de camping. Pour moi, un camping-car ressemble, dans le meilleur des cas, à un Fiat Ducato qui aurait forniqué avec un Algeco, sans oublier la vision d’horreur que représente le cube en plastique marronnasse plus ou moins basé sur un J5. Eurk, très peu pour moi. C’est donc avec soulagement que je prends les clés du Marco Polo, extérieurement très proche d’un Classe V sur lequel il est basé. Tout juste pourra-t-on remarquer un toit un peu plus haut que ceux des VTC noirs qui pullulent dans la nuit parisienne. A l’arrière, un petit autocollant « Westfalia » pourra aussi mettre le quidam sur la voie. Et, sur mon modèle d’essai, la présence d’un store sur le flanc droit achèvera de convaincre la plèbe qu’il ne s’agit pas d’un transportoir à jeunes déchirés vers le Wanderlust.

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Mis à part ces quelques détails…c’est un Classe V. J’entends par là le van à mon goût le plus réussi du segment, avec une belle intégration des codes Mercedes : la calandre, les optiques, les bas de caisse, même la signature lumineuse rappelle sans faute les berlines de la marque. Messieurs les designers, vous êtes des pros : me faire aimer un utilitaire, il fallait quand même le faire. J’ai d’ailleurs l’impression que le Classe V a lancé une sorte de renaissance de la catégorie, et les centres de style semblent enfin vouloir faire quelques efforts pour rattacher ces gros engins au reste de la gamme : les derniers utilitaires PSA semblent confirmer cette tendance et c’est tant mieux.

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Grimpons -littéralement- à bord pour découvrir une planche de bord dans la continuité de l’extérieur, avec un réel effort de transférer le maximum de codes et de repères depuis les productions « classiques » de la marque. En termes des formes et des couleurs, les similitudes sont justes bluffantes. Même le volant me semble directement repris d’une Classe A ! Et la finition suit aussi. Alors il ne faut pas trop appuyer sur le placage noir laqué sous peine d’un grincement sinistre. Mais pour le reste, c’est bien plus qu’acceptable, que ce soit en termes de matériaux ou d’assemblages.

Et en terme de techno, toujours pareil : le Marco Polo reprend un nombre impressionnant d’éléments vus sur le reste des modèles. Je pense notamment au grand écran Comand, avec sa taille respectable de 8,4 pouces et qui contrôle à peu près tout…sauf la climatisation, qui a le bon goût de rester immédiatement accessible avec toute une rangée de boutons (au toucher divin). En termes de commandes de l’écran, toujours la même chose : malheureusement non tactile et contrôlable avec la grosse molette en bas de la planche de bord. Dommage, je ne trouve pas cette solution la plus ergonomique qui soit. Mais bon, on va s’en contenter ! D’autant plus que les menus bien foutus vous permettront de trouver ce que vous voulez sans difficulté.

Mais c’est à l’arrière que les choses deviennent plus intéressantes. Déjà, en découvrant le plancher imitation teck, on se dit que le Marco Polo nous cache des choses. Et puis on se rend compte que l’armada des sièges arrière (jusqu’à six selon la configuration) laisse place à une modeste banquette 2 places et à…une cuisine. Si, si, en soulevant les plaques de verre, c’est bien un évier, des plaques de cuisson et un mini-frigo (enfin, une grosse glacière) qui apparaissent. Et le jeu de cache-cache ne fait que commencer. Hop, une table apparaît en coulissant. Paf, plein de rangements se découvrent d’une pichenette. Il y a même une (toute) petite armoire. Emporter vos fringues préférées, votre régiment de casseroles et votre bibliothèque entière n’aura jamais été aussi simple. Quant à la banquette, les coussins de maintien latéraux peuvent se dégonfler, ce qui la transforme en un confortable lit une fois le dossier mis à plat…et le Marco Polo en garde encore sous le coude.

Allez hop, il est temps de prendre le large. Une fois les valises mises dans le coffre et Ancelin sur le siège passager, une question vient à l’esprit : « tiens, mais on va où en fait ? ». Mon copilote me propose le Ballon des Vosges, histoire de s’aérer les globules. J’accepte avec joie : c’est une région qui m’est tout à fait inconnue, et partir quelques jours en simili-classe verte ne me déplaît pas. Mais avant de partir explorer ces vastes régions hostiles, il faut d’abord se frayer un chemin hors de la région parisienne. Un exercice auquel je suis loin d’être rompu à bord d’un engin si imposant. Good news ! Avec son moteur souple et son Stop&Start bien foutu, le Marco Polo se conduit comme une C1 -de 5,14 m de long et 1,93 de large, ceci dit. C’est presque trop facile, d’ailleurs : la direction, à basse vitesse, donne l’impression de tourner dans du beurre, tandis que la course de la pédale de frein, démesurément longue, me causera quelques frayeurs du début à la fin du prêt. Si vous devez vous coltiner un créneau, la caméra de recul vous sera quasi-vitale, sachant qu’un système de vision 360° est également disponible. Tant qu’on est sur la partie créneau, attention dans les parkings souterrains, avec une hauteur de 1,98m…

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Ouf ! Paris est derrière nous. Sur l’autoroute, une fois le régulateur enclenché (au nom délicieusement suranné : Tempomat, bienvenue dans les américaines des 60’s), un mot résume l’expérience : relaxou. Confortablement perchés dans nos fauteuils en cuir, nous profitons d’un silence quasi-monacal, de suspensions parfaitement calibrées et d’une sono de bonne qualité. De quoi abattre plusieurs heures de route sans même y penser. C’est d’ailleurs cette propension à bouffer des kilomètres sans ressentir la moindre fatigue qui me bluffera le plus durant cet essai. Et oubliez le cliché du camping-car se traînant péniblement à 80 km/h sur la voie de droite : le 4 cylindres diesel de 190 ch de notre modèle d’essai relance les presque 2,5 tonnes de l’engin avec une vigueur surprenante. Il y a même un sélecteur de mode de conduite ! En mode « Dynamic », un passage sur les autobahnen allemandes nous gratifiera d’un solide 208 km/h compteur.

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Mais nous voilà arrivés frais et dispos au charmant village de Longemer-Xonrupt (mot compte triple) et son non moins charmant camping. Amis discrets, passez votre chemin : le Marco Polo n’y a pas manqué de dévisser quelques têtes sur notre passage. Et que dire de celles de nos voisins lorsque nous nous sommes installés : d’un appui sur un bouton, le toit se soulève électriquement, permettant une hauteur sous plafond de 2,35 m. Puis c’est au tour du store latéral de se déplier (à la main, cette fois), tandis qu’apparaît une table et deux chaises du coffre du Mercedes -option à 433 €, ne rêvez pas. Le temps est bon, le ciel est bleu, la bière est fraîche : on n’est pas bien ?

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Passé ce moment d’allégresse, viennent à l’esprit quelques besoins un peu plus terre-à-terre : manger, se laver, se soulager. Pour la première tâche, a priori pas de problème grâce aux plaques de cuisson présentes à bord…sauf que notre Marco Polo n’était pas livré avec une bonbonne de gaz. Heureusement que le prévoyant Ancelin -et bien plus rompu que moi à l’exercice du camping- avait tout prévu en amenant un réchaud d’appoint. Pour les deux autres, c’est un peu plus compliqué puisque, au contraire des « vrais » camping-cars, le Marco Polo ne possède ni douche ni sanitaires -en même temps, difficile de caser ça dans un Classe V. Il faudra donc effectuer la walk of shame en traversant le camping, tentant de dissimuler tant bien que mal le rouleau de papier toilettes sous son hoodie.

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Nos ablutions sont faites, celles des assiettes également : il est temps de penser au dodo. Deux solutions s’offrent à nous : ou bien la couchette du haut, ou bien la banquette dépliée en bas. Devant l’énigme que représente l’accès à l’étage supérieur (grimper sur les beaux fauteuils en cuir, au risque de les abîmer ? Vous n’y pensez pas), nous nous réfugiâmes sur l’option de la banquette. S’ensuit un problème cocasse : et nos bagages, on les met où ? Car la banquette, une fois mise à plat, forme une continuité avec la séparation rigide du coffre, sur laquelle nous avions posé nos affaires. Les mettre sous cette séparation est impossible, puisque le set de table et de chaises occupe déjà l’espace. On se voit donc obligé de tout trimballer et de tout mettre en vrac entre la banquette et les sièges avant -et de tout retransvaser le lendemain matin. Bof. Ah, et petit tip : si vous souhaitez passer une bonne nuit, dormez dans le sens de la marche, la tête sur la banquette et les pieds dans le coffre. Conseil d’ami. Et n’oubliez pas de brancher la bête ! En l’absence de câble, le simple fait de maintenir le mini-frigo à température aura bouffé les 2/3 de la batterie pendant la nuit.

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Après une nuit (plus ou moins) reposante et un petit dej rapidement avalé, nous reprenons la route pour un petit pèlerinage : direction Stuttgart ! L’occasion de confirmer à quel point le Marco Polo est imperturbable sur autoroute, même en cruising à 170 km/h (on est en Allemagne on a le droit). Seuls quelques grincements provenant du mécanisme du toit apparaîtront de temps à autre. Mais nous voilà arrivés à la Mecque ! Et en tout honnêteté, vous en avez pour votre argent. De la première Benz Patent Motorwagen à trois roues à la dernière AMG GT en passant par nombre de modèles expérimentaux, plus de 125 ans d’histoire s’exposent sous vos yeux ébahis. Chaque modèle est d’une qualité de présentation ou de restauration exceptionnelle. Notre coup de cœur ? Assurément le Marco Polo gris présent à un des étages dédiés aux véhicules utilitaires. Bon ok, je ne suis pas crédible pour le coup… Puis viendra le tour du musée Porsche, loin d’être aussi fourni, mais dans lequel nous pouvons nous targuer d’être probablement les seuls à avoir pu préparer et déguster une salade tomate/mozza dans ses parkings.

Avant de repartir, nous nous aventurons le lendemain dans les Vosges profondes, à la découverte de quelques somptueux lacs nichés dans les reliefs. Encore une bonne nouvelle de la part du Mercedes : les lacets ne lui font pas peur. Et le moteur continue de me bluffer, reprenant gaillardement pour attaquer sans aucune hésitation les cols du secteur. Le Marco Polo renferme en outre un petit secret : c’est une propulsion ! Ce qui lui assure donc un comportement sain, sans sous-virage….ce qui n’empêche pas la copieuse prise de roulis de vous remettre les idées au clair. Inutile de se la jouer Tony Hawk : c’est un utilitaire, ne l’oublions pas.

Mais voilà déjà le moment de le rendre. Et force est de constater que je n’arrive pas à me fixer totalement sur ce Marco Polo. D’un côté, c’est probablement la meilleure bête à voyager qui m’ait été donné d’essayer, doublé d’une polyvalence juste époustouflante. Mais c’est dur de devoir parler d’un truc pour lequel on n’est pas, et on ne sera très probablement jamais client. J’ai pu découvrir les joies du camping, et je dois avouer n’avoir que très très peu d’atomes crochus avec cet environnement [ouh, huez ce petit naze qui préfère le plan-plan d’une chambre d’hôtel]. Si encore on pouvait partir totalement à l’inconnu à son bord, j’aurais pas dit. Mais l’absence de douche et -surtout- de WC occasionne une sorte de fil à la patte qui le ramènera invariablement sur un emplacement de camping. Sans compter qu’il faut quand même pouvoir s’offrir un jouet pareil, puisque le Marco Polo commence à 56 400 €, et que notre modèle dépassait les 85 000…pour un véhicule qui restera quand même un sacré paquet de temps inutilisé. Mine de rien, 85 000 €, ça fait beaucoup de jolis séjours. Donc voilà, si vous êtes à la recherche d’un tel engin, signez les yeux fermés, le Marco Polo vous enchantera. Pour les autres… Les agences de voyage pourront à coup sûr vous proposer des vacances à votre goût.

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Un grand merci à Mercedes-Benz France pour ce prêt original et à Ancelin, copilote de talent.

Crédits Photos : Jean-Baptiste Passieux, Ancelin Schoenhentz