C’est le conducteur lambda qui teste une grosse voiture ou la grosse voiture qui teste le conducteur lambda ? Comme on sentait que vous n’osiez pas poser la question, on s’est empressé d’y répondre.

Ami lecteur, tu connais probablement le nom de Ben, qui photographie la plupart de mes essais. Et bien Ben est allée chatouiller une AMG de 510 chevaux sur un circuit de F1. Cet article lui laisse donc la parole…

Qui suis-je ? Où vais-je ? Dois-je rentrer en 3 dans le virage 1 et risquer de me prendre un mur, ou faire le poulet et repasser la 2 ? En même temps, j’ai pris l’assurance, alors autant tester les airbags ! La vie est parsemée de questions métaphysiques, existentielles, parfois difficiles, qui amènent hommes et femmes à chercher au plus profond d’eux même les réponses qui leur permettront d’avancer, de devenir meilleur, de devenir un sage, quelqu’un que l’on respecte parce qu’il sait, parce qu’il a vu la lumière.

Moi par exemple je me demandais ce que j’étais capable de faire d’une voiture de plus de 500 ch sur un circuit de F1. C’est pas de la question métaphysique ça ?? Voyez vous, je ne suis pas Chris Harris (dont je salue l’enthousiasme et le coup de volant en passant) ni même Gabriel Lecouvreur (dont je salue la conduite sobre mais efficace, universitaire et didactique au passage) et du coup,  comme tout le monde je me prends à rêver de faire des travers au volant de grosses voitures très très chères sur des circuits privatisés. Je ne revendique qu’un coup de volant modeste, peut-être à peine plus expérimenté que la moyenne. Cela étant, les plus assidus d’entre vous se souviendront de ce stage à fond et en travers en Subaru à l’été 2015. Donc au delà de cela et d’un tour de Nürburgring je ne suis pas ce que l’on appelle un pilote.

Par contre, en amateur de la chose mécanique, les voitures (et les motos) me font rêver. Certaines plus que d’autres. Certains moteurs plus que d’autres. Certains chiffres plus que d’autres. Alors quand Mercedes m’a proposé de venir me chercher en jet privé pour aller essayer leur AMG GTS sur le circuit de Yas Marina, je n’ai pas hésité longtemps (ceci est totalement faux, j’ai tout payé de ma poche).

Géographie et mathématiques appliqués :

Yas est une île naturelle (je le précise car là bas il y a des îles artificielles) qui abrite un nombre important de centres de loisirs et ce à quelques kilomètres d’Abu Dhabi (UAE). On y trouve une marina que longe un circuit de Formule 1 (Yas Marina Circuit … suivez un peu !). On y trouve aussi plein de lieux qui finissent en World (pour vous montrer que c’est grand et que c’est un parc à thème) : Ferrari World, Water World, etc… un Ikea et une des dernières représentations de la culture millénaire du coin : le Mall (qui avec le gratte-ciel traditionnel représente la base architecturale des Emirats Arabes Unis). Evidemment, quand j’ai demandé si c’était parce que les gratte-ciels étaient trop difficiles à transporter à dos de dromadaires qu’ils s’étaient sédentarisés, ça n’a fait rire que moi … Bref. Pour parfaire le tableau, le local de l’étape (l’ami cher chez qui nous séjournons) nous amène sur le circuit au volant de sa Twingo locale : un 911 Carrera 4S de 2006. Le trajet permet de commencer à construire l’ambiance de l’expérience. Pour la petite histoire je conduirais cette voiture quelques jours plus tard et comprendrais enfin pourquoi tout le monde parle autant des Porsche. C’est donc au doux son du Flat 6 qui nous arrivons dans l’enceinte de Yas Marina Circuit.

Depuis sa construction en 2009, le circuit accueille de nombreuses courses (Formule 1, GP2 Asia Series, V8 Supercars etc…) sur différentes configurations. Le circuit développe au maximum 5,554 km mais ce jour là nous ne nous servirons que des 3 139 m du tracé nord avec la longue ligne droite coupée par une chicane. Je comprends pour la chicane mais ne peux m’empêcher d’être déçu de ne pas avoir l’opportunité d’atteindre les 310 km/h promis par ma compagne motorisée du jour.

Outre le Drag Race, le Drift et autres joyeusetés disponibles dans l’enceinte du circuit, le Yas Driving Experience propose 4 types de voitures sur le circuit F1 :  AMG GTS (sur laquelle nous reviendrons), Jaguar F-Type S (V6 3.0 l de 380 ch), Aston Martin GT4 coursifiée (V8 atmo, 4,7 l de 420 ch) et une Formule 3000.

Pour moi ce sera donc l’envoûtante GTS. Cubant 3982 cc, le V8 biturbo sort la bagatelle de 510 ch à 5250 tr/min et 650 Nm à 1750 tr/min. Avec des chiffres comme ça on s’attend à une odeur de gomme brûlée et à des dessins de colonne vertébrale incrustés dans le dossier du baquet. Je mets quiconque au défi de passer un coup de lingette sur la planche de bord lors d’un 0 à 100 avalé en 3,8s.

La voiture impose cependant un gabarit d’athlète pluridisciplinaire. 4,55 m de long sur 1,939 m de large et 1,288 m de haut. On est presque au centimètre près sur les dimensions d’une Porsche GT3. Ce qui fait la différence et au delà même la spécificité de la GTS c’est l’interminable capot qui abrite le V8. Ce dernier, placé à l’arrière du capot avant (donc presque au milieu ) se voit aidé de deux turbos placés au cœur du V. Il s’agit d’un des rares modèles conçus et développés par AMG de bout en bout, on peut donc leur faire confiance. Le poids est réparti à 47% devant et 53 à l’arrière pour aider à passer la puissance au sol. L’intérieur est au niveau : c’est beau, propre, pratique et gratifiant et les matériaux nobles sont à profusion. Mon épouse, éternel témoin de mes bêtises motorisées, s’étonne d’autant de confort dans une voiture de sport. Ce n’est justement pas une voiture de sport, c’est une GT avec laquelle on se voit bien aller déjeuner chez les beaux parents le dimanche midi (les miens habitent à 3000 km de chez moi alors autant vous dire que j’aime que ma voiture soit confortable pour faire l’aller retour le Dimanche).

Luxe, calme et palettes au volant :

La ligne droite des stands sera notre camp de base. La hauteur des tribunes rappelle que nous ne sommes pas à La Ferté Gaucher mais bien sur un circuit qui a accueilli le dénouement du dernier championnat du monde de Formule 1.

Nous sommes accueillis dans un stand. L’équipe nous fait remplir quelques papiers. Détail amusant : pour 50 € de plus je prends l’assurance magique qui m’autorise à détruire la GTS sans débourser un euro de plus. C’est bien les assurances. Un tour du lieu permet de voir l’ensemble du parc dont le Yas Driving Experience Center dispose. L’ambiance paddock est agréable, avec la peinture anti-feu au sol, quelques voitures de sport remisées, et le passage de quelques pilotes en tenue permet de sentir toute l’authenticité du lieu. Ces pilotes vont emmener des passagers dans une sorte de Formule 3000 à deux places …. Les inconscients … La voiture vire à plat et colle 2 tours à la moindre GT qui tente de la suivre. Les passagers accrochés aux tubulures avec l’énergie du désespoir n’auront pas ma sympathie : fallait pas y aller, ça vous apprendra !

Sur la ligne des stands sont alignées les voitures que nous prendrons. La déco des Jaguar et des AMG est assez sympa. Je prends le temps de me délecter de cet alignement millimétré de GT. C’est beau. Vu du muret, la face avant de la GTS impressionne. Elle semble vous fixer et attendre tranquillement de vous happer !

Le briefing se fera dans un des salons privés qui longe l’arrière du paddock. Ces salons sont réservés lors des courses par des personnes ou des entreprises fortunées qui y invitent leurs propres clients et amis fortunés et qui peuvent même venir en bateau (la marina ça sert à ça aussi).

On nous y présente les voitures (avec les specs), le circuit, les signes que l’instructeur utilisera pour vous donner des consignes etc… Ensuite, on vous dit que vous êtes là pour vous faire plaisir et que normalement vous devriez pouvoir y arriver sans taper un mur. Le groupe que nous sommes sera réparti en deux sessions pour ne pas qu’il y ait trop de monde sur la piste (c’est-à-dire 4 voitures à chaque fois … y’a la place). Je serai dans le groupe 2 avec l’ami avec qui j’ai réservé cette expérience.

Nous allons regarder le groupe 1 nous chauffer les pneus depuis les tribunes. Un tour de reco et ça commence à accélérer. Le type en Jaguar commence à envoyer du bois, celui en GT4 est à la cave. En même temps l’Aston doit être impressionnante, elle fait un barouf pas possible, elle doit être rigide comme une mère supérieure et tout dedans doit respirer la brutalité. Le gars en GTS va bon train. Le gauche en bout de ligne droite nous offre un point de vue sympa sur les distances de freinage, la trajectoire et pour les plus téméraires les quelques glisses à la reprise des gaz. Le pilote de la Jaguar se fait visiblement plaisir. L’instructeur en chef nous confirmera que c’est elle qui a le châssis le plus joueur même si elle a moins de canassons.

Allez, fin de la récré les gars, ramenez les voitures aux grandes personnes et laissez faire les pros !

Banzaï !!!!

Retour dans le stand. Cagoule, casque et … arrivée de mon instructeur.

Dominico est bronzé, italien, il parle mieux anglais que français, il roule les « R » et il a 3 bandes (vert blanc rouge) sur son casque.

Il m’aide à m’installer. C’est pas trop compliqué en même temps. Le type que j’ai vu essayer de rentrer dans la GT4 semblait peiner. Il faut enlever le volant, contourner les arceaux etc… rien de tout ça dans la GTS, c’est une GT, c’est confortable, il n’y a qu’une ceinture de sécurité normale et plein de boutons pour gérer la position du siège et du volant. Les palettes sont solidaires du volant et ça c’est bien (comme ça on le lâche pas le volant). Dominico me le confirme, vu les virages, on garde les mains à 9H15, pas besoin de croiser.

On y est … enfin …

Pied sur le frein, un coup sur le bouton Start.

Le V8 démarre assez discrètement. Dominico appuie sur le bouton qui libère les vocalises du moteur. Quelques coups sur la pédale de droite et je m’émeus. Ça chante bon, ça vibre, ça vous agrippe les tripes en vous promettant de les balader gentiment pendant 20 minutes.

Sur le GO de Dominico, nous avançons pour nous aligner sur la sortie des stands. Devant nous un Marshall nous fait signe de nous arrêter. Je prends le temps de regarder l’entrée du tunnel qui mène au circuit (par là où passent les pilotes de F1).

Nous avançons enfin et nous engageons dans le tunnel. L’interminable capot de l’AMG vire gentiment sous mes yeux. Dominico me l’a dit : premier tour pas au dessus de 120 km/h.

A ce sujet je dois vous narrer une chose : les routes des Emirats Arabes Unis sont limitées, pour les plus rapides, à 120 km/h. Les radars flashent à 140 (et en général à 20 km/h de plus que ce que les panneaux indiquent) et il y en a partout. Afin de faire en sorte que la règle soit respectée, toutes les voitures livrées aux Emirats disposent d’un système d’alerte qui bipe à 120 et indique au conducteur par un message visible et lisible (au tableau de bord) qu’il est en infraction.

La GTS a été livrée selon ce même principe. Du coup, à 120 elle bipe … Sur un circuit de F1 … Voilà voilà.

Nous arrivons sur le circuit entre les virages 2 et 3. La voiture étant chaude, je fais ce premier tour en faisant gentiment chanter le moteur et en restant sous les 120 km/h. Chicanes, double gauche, ligne droite, chicane, double gauche, droite et ligne droite des stands. Sur ce premier tour la cohérence de la conception de la GTS me saute au visage. La réponse à la pédale est super naturelle et totalement dosable, le train avant se montre réactif et bien ancré dans le sol, le châssis remonte des informations claires (ni trop peu ni trop, ni filtrées ni trop directes). La voiture prend assez peu de roulis mais reste confortable (vous me direz, il y avait assez peu de ralentisseurs sur la piste pour en juger).

Fin du round d’observation : on attaque le virage numéro 1. A chaque virage, 4 plots montrent le point de freinage, le point de déclenchement de virage, le point de corde et le point de sortie. Dominico me l’a dit, il faut aller lécher le point de corde. Les traj ça me connait. De plus le circuit est assez moderne et assez vaste pour donner une impression de sécurité. Les dégagements sont larges et souvent la vue s’y perd, à part quand on tombe sur une des nombreuses tribunes. Elles sont impressionnantes et peuplent les endroits les plus rapides de la piste. Les vitesses montent en une fraction de seconde (que l’on serait tenté de trouver un peu longue comparé à d’autres boîtes mais cela ne pénalise l’expérience en rien et ce serait chipoter) à chaque pression du bout des doigts sur la palette de droite. Au freinage, le V8 accompagne les rétrogradages de ses vocalises dès que l’on titille la palette de gauche. On est dans le sensoriel, dans le sensuel, dans le sublime, dans ce subtil mélange de performances et de confort, de franches poussées et douceur de commandes, de tranquillité mêlée à des rugissements de V8. On est loin de la Subaru déshabillée qui faisait résonner le moindre impact de gravier dans toute sa carcasse. Vous je sais pas, mais moi j’aime bien le luxe dans la performance.

Fin de ligne droite. Dominico serre le poing pour m’indiquer qu’il faut freiner. J’attaque le frein qui répond avec mordant et puissance. Je soulage le frein, cale la voiture sur l’angle et reprend l’accélération. Impériale ! La GTS est calée dans le virage. Elle est stable, motrice bien et me dit que clairement on a de la marge. Même sentiment au virage 2 que je passe à une vitesse raisonnable qui me permet d’enquiller le long virage 3 en maintenant la chaussure (comme disent les copilotes de rallye en championnat régional). Double gauche serré pour prendre la ligne droite et pied dedans ! Les 510 ch s’ébrouent, le signal que nous avons dépassé les 120 km/h retentit (ridiculement). Freinage pour la chicane, on prend le pif et on maintient les gaz pour passer le paf (la transition entre les deux virages permet de mesurer la qualité de la suspension qui gère la transition avec précision et sans effet de pompage) et écraser l’accélérateur dans la ligne droite. Dominico continue de me mimer les gestes à faire sans me mettre la pression. Freinage, double gauche, droite et dans la ligne droite des stands de nouveau. J’ai à peine le temps de voir si mon épouse me regarde.

Retour au virage numéro 1. Bon allez, maintenant ça suffit : je freine un peu plus tard, jette la voiture sur le cône du point de corde et reprend vigoureusement l’accélération ! Ô bonheur ! L’arrière dérive légèrement, je contre-braque progressivement, maintiens l’angle finement et finis mon virage en souriant. Du coup je mets naturellement de plus en plus la GTS en contrainte. Elle encaisse, se cale, ronronne, s’amuse, me le dit à haute voix. Les tours défilent au rythme du clic des palettes et des hurlements de V8. Moi je vous le dis, ça va sentir la gomme chaude cette histoire. Que Ken Block et Chris Harris aillent se rhabiller, j’arrive. Pendant que Jeremy klaxonne et que Dominique chipote, moi je glisse !! J’exulte, je souris au public imaginaire, j’ai la banane et en ai glissé la peau sous les pneus de cette merveilleuse GT teutonne à la testostérone !

Dominico reçoit un SMS et prends son téléphone en main. Il met un doigt sur le bouton de l’ESP (toujours déconnecté) et me fais signe de tartiner tout ce que je peux pendant qu’il répond à l’une de ses maîtresses. Alors je tartine. Je commence à bien sentir la voiture, à bien me sentir.

Le virage 3 et le paf de la chicane se gèrent en maintenant l’appui à l’accélérateur, au bord de la glisse, la GTS aime être mise en contrainte et motrice diablement bien. Les 3 bouts droits permettent de respirer un peu car les freinages commencent à devenir physiques. Pas de faiblesse dans le circuit de freinage au fil des tours, elle a le cuir dur mon allemande. Je crois que je suis en train de sortir de ma zone de confort : ça devient physique, ça demande de plus en plus de concentration, les sourcils se froncent, l’oeil se fait perçant, le regard lointain, et tout à bord participe à la concentration et à la performance. Et ce n’est pas Dominico qui va me contredire puisque lui répond toujours à des messages sur son téléphone et qu’il n’a rien remarqué de l’enjeu qui se dessine devant nous.

En effet je remonte sur l’Aston Martin. Un lièvre motive toujours à freiner un peu plus tard, passer un peu plus vite, remettre plus de gaz etc… Alors je me dis que si je pouvais accrocher une Aston à mon tableau de chasse, ce serait pas mal. D’autant que l’AMG me fait bien sentir que je peux lui en demander plus. Les vocalises sont passées, elle veut donc chanter à présent. Un peu plus à chaque virage.

Je n’ai rien contre les anglais mais aller en remettre une louche sur le dos de la perfide Albion n’est pas pour me déplaire. Une Aston c’est beau certes mais quand c’est conduit par un agent secret en smoking avec une bombasse à ses côtés, pas par un néerlandais en short accompagné d’un pilote en tenue. Arrive le virage numéro 1 que je décide de prendre de manière un peu plus dynamique. Je freine tard, jette la voiture à la corde comme un mort de faim et reprends les gaz comme un porc (interdit dans ce pays pourtant, vous dire si je ne fais plus attention). La glisse ne se fait pas attendre mais elle est bien plus prononcée qu’aux tours précédents. Tout va plus (trop) vite. La voiture me déborde, mes réflexes ne sont pas au niveau ! Je me prends un gros coup de raquette, nouveau contre-braquage, j’ai du mal à tenir la voiture, Dominico lève la tête, appuie sur le bouton de l’ESP, tout ralentit, se stabilise et la voiture m’aide à reprendre le contrôle de la situation. Mon cœur bat la chamade, le sourire a quitté mon visage, oui je crois que j’ai eu un peu peur et que j’ai vu les murs devenir trop proches à mon goût (pour de vrai on en était encore très loin). On repart. Dominico éteint l’ESP et me dit « This is very good learning ! » en levant le pouce et se remet à écrire à je ne sais qui sur les réseaux sociaux.

La GT4 s’est éloignée et la rattraper semble illusoire maintenant, c’est en effet le dernier tour. Je finis ce dernier assez doucement le temps de me remettre de mes émotions et rentre dans le paddock. Dominico me dit que c’était top, tape dans ma main, me dit « Ciao » et file à la cantine car déjeuner tard serait une offense aux valeurs de son pays. Pour ma part, je descends, retire casque et cagoule et laisse apparaître une banane qui ne me quittera qu’à la nuit tombée. J’ai trouvé ce que j’étais venu chercher : punaise j’ai fait glisser une caisse de 510 ch (et de 133 000 € mais c’est un détail) avec un rail comme tout échappatoire.

Marina, Débrief et grillades.

A toute activité j’assortis une étape plus qu’importante : le débrief. Pour que ce dernier soit recevable il doit avoir lieu en présence d’une bonne bière (grande de préférence, Gabriel vous le confirmera). Je regarde, depuis la terrasse d’un restaurant, les stands, un bout du tracé et j’écoute passer les GT4.

Je digère mon expérience au volant de la GTS et creuse mon appétit.

Il n’y a rien à jeter dans ce run de 20 minutes. La voiture a tout pour faire plaisir à son pilote, du sol au plafond, du moteur aux sièges, du bruit au confort. Elle justifie donc son prix, son placement et son statut de GT premium. Contrairement à beaucoup de stages GT en France où on bride les stagiaires (pas trop vite, pas trop fort, attention au régime moteur, holala c’est très tiède etc…), à Yas on est partis directement sans les aides vivre un vrai truc. On vous pousse à y aller, à aller chercher les limites, à vivre tout ce que la voiture peut offrir. Le circuit offre une vraie opportunité de tester de ce type de véhicule à fond et sans se faire mal.

Par contre, en termes de limites, je n’ai pas trouvé celles de la GTS mais la GTS a bien trouvé les miennes. Si on reste conscient du fait que la voiture n’est pas aussi exclusive et pointue qu’une réelle sportive, la GTS m’a clairement fait comprendre le gap qui me sépare d’un pilote. c’est là où Dominico avait raison : c’était du bon apprentissage ! Il m’a dit que j’avais bien réagit mais trop tard. En résumé ma théorie est bonne mais la pratique ne suit pas encore. Je n’ai pas encore toutes les clés pour décoder le comportement de la voiture et anticiper les choses. L’expérience ne peut donc que me motiver à recommencer et affûter mes sens et mes réflexes. Ce n’est que par la répétition et l’entrainement que j’y arriverai.

Plus simplement on ne conduit pas de la même manière  une traction de 150 ch sur la route qu’une propulsion de 510 sur circuit. Oui je sais, est-ce que ça valait un aller-retour à Yas Marina plus la loc d’une GTS ? Bah oui, franchement, trois fois oui !

Qui parmi vous a eu l’occasion de tester une telle voiture avec autant de liberté ? Tout dans l’expérience vous pousse à profiter à 200% du moment. Marcher dans le paddock, monter dans les tribunes pour finir par mettre pied dedans sans aucune sorte de retenue dans une vraie voiture qui pousse. Vous vous doutez bien que les emiratis, consommateurs de voitures à gros moteurs, ne se déplacent pas pour essayer des voitures sans avoir le droit d’en tirer tout ce qu’il peuvent. C’est une culture, une manière de vivre et de consommer justement. Quelques règles simples à suivre (ne pas doubler hors ligne droite, suivre les recommandations de l’instructeur) et le reste c’est open bar !

J’en suis ressorti riche d’une expérience réelle menée jusqu’au bout et sans réserve. 430 € c’est un prix (380 € de GTS plus 50€ d’assurance open bar) mais c’est le prix de la sagesse.

La prochaine fois ? Je crois que je prendrais la Jaguar et que j’essaierai de faire de vrais longs travers … ou alors je tenterai le Drag Race en Camaro. Je sais pas. Je verrais sur place si je vois la lumière !

Texte & photos : Benoît Meulin (www.bluedoorprod.fr) & DR.