La dernière fois que j’ai conduit une Ford, ça devait être une placide Focus diesel de location. Rien de fascinant vous me direz. Mais j’avais néanmoins remarqué du sérieux dans la tenue de route, et même une certaine vivacité. Alors imaginez ce que cela peut donner si Ford met à notre disposition ses plus beaux jouets pour une journée « circuit » à Dreux.

Départ de la maison à 8h. Mon chauffeur m’attend en bas de chez moi, pile à l’heure. Histoire de vivre au mieux cette journée, nous faisons le déplacement à deux : Ugo, notre photographe hautement talentueux et professionnel, se chargera de faire les prises de vue tandis que je me réserve le pilotage la conduite. C’est que la journée promet d’être chargée : séance piste, séance franchissement et séance rallye cross. Cette dernière activité est plutôt inédite et je l’attends avec impatience. Je termine ma nuit tranquillement dans la berline hybride d’Ugo, que vous retrouverez bientôt à l’essai sur nos pages (oh lala, ce teaser…)

Nous arrivons au Circuit de l’Ouest Parisien à Dreux et ELLE est là. Toute de jaune vêtue, elle nous attend, l’air menaçant et prête à bondir sur les pauvres hères que nous sommes. « ELLE », c’est un peu la vedette du jour : la Mustang Shelby GT350 R. Une bête de circuit toute jaune et noire, teigneuse comme un frelon, même si c’est bien le Cobra de Shelby qui prend ses aises sur la calandre. A côté d’elle, les autres voitures mises à notre disposition pour la journée ont l’air bien sages et raisonnables, alors qu’il y a quand même des Mustang V8 ou des Focus RS !

Petit briefing d’accueil où on nous explique que Ford n’est pas un constructeur généraliste tout à fait comme les autres. Outre une gamme « Performance » joliment garnie, Ford se targue d’avoir obtenu le plus de titre de « sportive de l’année », à égalité avec Renault. Ce n’est pas forcément la première chose qui vient à l’esprit quand on parle de la marque, et c’est pas mal de le rappeler. Bon, allez, terminé de bavarder, les pilotes piaffent d’impatience et veulent en découdre avec leurs montures. Les montures justement. La journée sera décomposée en deux types d’activité : piste avec les Mustang ou Focus RS, et « franchissement » et rallye cross avec les SUV de la gamme (Kuga, Edge et Ranger) et la Fiesta ST200. Quant à la Ford GT… Bah non, ce ne sera pas pour aujourd’hui. La larme à l’oeil, je commence par la piste et par la Focus RS.

La piste de Dreux est une découverte pour moi. Pas très longue, avec assez peu de portions de ligne droite, elle présente pourtant un grand nombre de virages très techniques dont notamment un redoutable double gauche pas évident à prendre. Je m’installe dans la Focus RS (dont vous pouvez retrouver l’essai ici). Position de conduite idéale et, ô joie, ô bonheur, la boîte est manuelle. Ford a d’ailleurs bien fait les choses : toutes les voitures du jour (hors les SUV) sont en boîte manuelle. Départ en douceur pour les premiers tours de roue, histoire de bien reconnaître la piste. Il faut savoir rester humble et ne pas pousser trop fort au début. Avec les tours, vient l’assurance. Je négocie les points de corde de plus en plus serrés (en tous cas j’essaye !), je mémorise les points de freinage et les quelques changements de rapport. Le 4 cylindres de 350 ch et suffisamment coupleux pour pour ne pas avoir à trop manipuler le levier. La Focus accroche très fort l’asphalte, l’échappement crépite, les rapports passent vite, c’est un vrai plaisir de la bousculer. Et comme d’habitude, une fois que les marques sont prises et qu’on s’amuse vraiment, il est déjà temps de changer de voiture.

Direction la Mustang V8, déjà essayée plusieurs fois ici dans toutes les versions possibles. Je passe d’une compacte teigneuse qui colle au bitume à un gros coupé au V8 glougloutant. Le couple du moulin et les facultés de relance sont impressionnantes. A moins de vouloir chercher le chrono, je pourrais tout faire sur le même rapport de boîte. Mais ce n’est pas le but. Ici aussi, il faut tirer les trajectoires et optimiser les passages en courbe. Exercice moins évident car la Mustang est moins agile, plus pataude, plus lourde. C’est un gros coupé grand tourisme, pas une petite pistarde. Rapide et puissante, mais pas vraiment à son aise dans les virolos.

Derniers ébats sur l’asphalte avec le baptême en Shelby. Si sur le papier c’est une Mustang, dans les faits c’est tout à fait autre chose. Après le passage dans les ateliers du préparateur elle gagne plus de 100 ch (soit 533 au total) en changeant son V8 par un bloc de 5,2 litres équipé d’un vilebrequin plat. Cette technologie pas très courante (qu’on retrouve essentiellement chez Ferrari) permet au moteur de monter plus haut dans les tours : la zone rouge pointe à 8 250 trs/min ! Et ce bruit… Aaaah, ce bruit… Vous pourrez heureusement en profiter dans la vidéo en cette fin d’article. Au volant, un as : Frédéric Gabillon, pilote de Nascar, un vrai, un pro, un tatoué (quoique, je ne suis pas allé vérifier). Il connaît très bien son affaire et sait pousser la Shelby pour en faire la démo. Et encore, il devait être très loin des limites de la voiture et des siennes !

Que vous dire sur ce baptême ? Que ça pousse fort, que l’adhérence et le grip sont d’une autre galaxie, que le freinage avec étriers Brembo peut vous envoyer dans le pare-brise au moindre frôlement ? Oui, oui, et encore oui. La Mustang se transforme en pistarde digne d’aller taquiner de la 911 GT3 RS ou de la M4. L’horizon penche méchamment dans les virages mais elle reste collée au sol. Je me croirais dans le Titanic qui sombre mais non, on repart à fond de balle en sortie de courbe. C’est tout bonnement extraordinaire. Une transformation magistrale pour le gros coupé. Vous en voulez une ? Ça va être compliqué. La GT350 (version normale ou R) n’est pas importée officiellement en France et n’est pas homologuée . Et si certains garages indépendants arrivent à en homologuer quelques exemplaires au compte goutte, le prix de revient de la bête est de nature à décourager les plus enthousiastes : comptez près de 3 fois le tarif d’une Mustang V8 !

Le circuit de Dreux, c’est deux salles, deux ambiances. Après une rapide collation, on passe à l’activité « franchissement ». Le temps est beau et sec, le terrain aussi. Du coup, la piste manque cruellement de flaques d’eau et de boue qui auraient pu rendre l’exercice plus intéressant et plus salissant. Tant pis, on y va quand même. Les modèles de la gamme Ford vont se succéder crescendo après un petit tour de reconnaissance en passager.

Je démarre avec le Kuga en version 4X4 TDCi 180. Un bon gros SUV familial comme il y en a tant sur le marché. Et pourtant, sur un parcours pas forcément très complexe, il s’est avéré très habile. Assez léger, très suffisamment motorisé et volontaire, il va grimper les côtes avec enthousiasme et se dandiner paisiblement sur chemin accidenté. Une vraie bonne surprise. Cela reste un SUV, mais avec de réelles capacités tout chemin. Je passe sur le modèle d’au dessus : le Edge. Gros SUV à l’américaine, il s’avère assez encombrant, mais très confortable. Ses capacités tout chemin sont bonnes elles aussi, bien que son poids et son gabarit ne jouent pas en sa faveur. Il dispose néanmoins d’une arme secrète bien pratique pour les descentes escarpées : une caméra avant !

Et on termine avec le seul vrai franchisseur du lot : le Ranger. La future monture à tout faire de l’Armée de Terre est équipée de l’arsenal complet du baroudeur : rapports courts, blocage de différentiel, garde au sol ultra confortable, etc… De quoi se prendre pour les fadas du défunt Camel Trophy. Eh bien allez le croire ou non, mais c’est bien avec lui que je suis resté en rade en milieu de pente ! Il faut dire que s’arrêter en plein milieu pour une séance photo pour Kwamé de Planète GT, c’était pas forcément une bonne idée ! Bon allez, on repart en marche arrière au bas de la pente et on réattaque pour passer sans problème. Le Ranger a droit à quelques écarts de parcours par rapport aux SUV pour mettre en valeur ses capacités. Il passe facilement partout, c’est assez bluffant. Mais encore une fois, cela aurait sans doute été bien plus amusant dans la boue !

Dernier atelier du jour : le rallye en Fiesta ST200. Même si ce modèle est appelé à être remplacé prochainement par la nouvelle Fiesta ST (3 cylindres, 1,5 l pour 200 ch), il y a encore très largement de quoi s’amuser avec (relire notre essai ici). Le rallye cross, c’est quoi ? Un mélange de piste en asphalte, en plutôt mauvais état, et de portions en terre/sable/petits cailloux et autres saloperies. Et c’est surtout super jouissif de conduire là dessus !!

La Fiesta est équipée de pneus Michelin spécifiques ayant une adhérence absolument dingue. Et pour autant, ça glisse sur les petits cailloux, des nuages de sable dantesques se forment dans le sillage des voitures et je m’amuse comme un vieux fou. Le moteur est très souple : je peux rester sur le troisième rapport quasiment sur toute la piste et me concentrer sur les trajectoires, braquages, contre-braquages, etc… Comme d’habitude, je dois m’arrêter trop tôt. Mon instructeur me fait la joie d’un baptême de piste de rallye cross, tout à fond. Le temps de m’accrocher à toutes les poignées de la voiture, je me fais trimballer comme un sac de sable. Définitivement, le rallye cross a été l’activité la plus sympa de la journée !

Allez, il est hélas déjà temps de rentrer et de retrouver les embouteillages parisiens !

Mais avant, cliquez sur « Play » pour voir la vidéo de cet événement :

Je remercie infiniment Ford pour cette organisation au millimètre, ainsi que les instructeurs et toute la très sympathique équipe du circuit de Dreux.

Crédits photo/vidéo : Ugo Missana, Régis Krol