Il fut un temps, très ancien et lointain pour les plus jeunes d’entre nous, où l’on allait à la station service comme on allait à une cérémonie, à un rendez vous. On allait faire le plein sans trop se poser de question, on demandait du super, on faisait faire le pare brise, parfois le pompiste proposait, toujours, d’un air malicieux  » j’vous fais les niveaux, j’regarde vos pressions de pneumatiques ! … surtout quand on était en province, en secteur rural ou dans une ville moyenne .

Pas question à l’époque de se salir les mains, le pompiste arrivait en cotte de travail à la couleur du pétrolier, prenait le temps de vous parler de la pluie ou du beau temps, de vous complimenter sur le bel état de votre Versailles, de votre nouvelle Chrysler 180 ou sur le beau skaï marron de votre R16 TS.

J’ai même souvenir d’un rituel quasi hebdomaire lorsque nous accompagnions mon père à la station avec le secret espoir de rapporter un gadget publicitaire, un point du pétrolier qui permettait au bout de 70 points d’avoir un livre de Tintin ou un mini tigre en peluche. Je me souviens encore de mots comme  » Alors petit on va faire un tour dans la voiture de papa ou t’en as une belle auto ». Un temps où la station service portait encore bien son nom et où la notion de rencontre, d’échange et de service existaient encore. D’ailleurs depuis les années 30 les pétroliers avaient fait du service aux conducteurs une vraie priorité, un vrai plus. D’ailleurs n’allait t-on pas plus chez Total, chez Avia, Fina, Elf ou Esso en fonction d’un service attendu. Je me souviens que mon père avait une habitude lorsque nous rentrions de Bourgogne vers Lyon d’une station du coté de Chalon sur Saône qui était ouverte tard le dimanche soir où l’on était bien accueilli et où ma mère savait qu’elle trouverait le sachet de Kréma salvateur qui était l’élément indispensable pour la tranquillité du voyage !

C’était un temps où les compteurs des pompes à essence faisaient un petit cliqueti caractéristique avec un gros « glong » quand le fameux pompiste reposait le pistolet. Un temps hélas aujourd’hui révolu qui a laissé la place au cérémonial du  » Choisissez votre carburant… inserez votre carte…tapez votre code. Vous pouvez retirer votre carte et vous servir en SP95 ! »  avec une voix de synthèse digne d’un ordinateur de bord de R25 GTX !

 Aujourd’hui nous courons vers le plus rapide, le moins cher et peut être même vers le plus déshumanisé tant on évite d’aborder le caissier dans son Algeco vitré ou le client de l’automate d’à coté ! Et dire que la voiture devait nous permettre de nous rencontrer, d’échanger mais c’est encore une belle utopie qui est tombée en désuétude et qui limite les échanges au fait de »zieuter » la voiture de l’autre pour voir si elle est plus belle, plus hype, si elle est plus récente ou si les roues sont plus grosses ! Triste évolution quand on a connu le monde de l’automobile d’il y a quelques dizaines d’années qui, finalement, était très humain et très sympa.

C’était aussi une époque où l’on affichait avec un autocollant sur la lunette arrière, comme sur les préconisations constructeurs, le nom du pétrolier partenaire du constructeur. Ainsi il y avait des citroënistes qui ne s’arrêtaient que chez Total, des amateurs de Renault qui ne fait une halte essence que chez Elf  ou des alfistes et des fiastistes qui ne juraient que par Agip, d’ailleurs les pétroliers s’étaient fait une spécialité d’offrir contre un plein la fameuse carte routière de France parsemée de petits points de couleur matérialisant les non moins fameuses stations services de son réseau. Ces dernières cartes prenaient d’ailleurs toujours la direction de la boite à gant entre la peau de chamois et la boite d’ampoules jaunes et finalement on les oubliaient !

 Pour découvrir la manière dont on vantait le service, voici une publicité Esso qui vante la qualité de l’accueil dans les stations du pétroliers.

Une époque certes dépassée mais un accueil, un service et des stations qui rythmaient les voyages et participaient à leur charme.

Et la fameuse goutte d’huile Esso en porte clef, nous devons être beaucoup à en avoir eu une ou à en avoir desiré une, pour une simple question de standing … dans la cour de récré !

Via Fiveprime, Esso, Youtube.