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S’il y a un SUV que j’attendais avec impatience, c’est bien le F-Pace de chez Jaguar. Racé, agressif, imposant, il a toutes les cartes en main pour s’imposer sur le marché très concurrentiel des SUV premiums. Première tentative de Jaguar sur ce segment, sera-t-elle concluante ?

Sur le papier, toutes les conditions sont réunies pour faire du dernier F-Pace un best-seller : bénéficiant (théoriquement) de l’expérience et du savoir-faire de Land Rover, d’un coup de crayon d’un maître en la matière, de motorisations plutôt démonstratives (vive la F-Type) et d’une conjoncture favorable, on pense bien évidemment au premier abord que l’affaire est pliée d’avance. Il pourrait même détrôner la référence en matière de sex-appeal : le Range Rover Evoque. Que d’enthousiasme !
Mais n’allons pas trop vite en besogne voulez-vous ? Explorons tout d’abord le panel de motorisations et finitions disponibles sur ce nouveau venu. Le ticket d’entrée est représenté par le 4 cylindres diesel 2.0 L maison développant 180 ch couplé à une transmission manuelle et seulement 2 roues motrices. Vous pouvez bien évidemment opter pour une transmission intégrale et une boite automatique ZF 8 rapports. L’offre Diesel est complétée par le V6 3.0 L de 300 ch équipant également les berlines de la gamme (voir l’essai  de la XF ici) tandis que l’offre essence se décompose en deux déclinaisons de l’autre V6 3.0 L de la gamme, de 340 et 380 ch, tous deux disponibles uniquement en transmission intégrale et boite automatique.

À première vue, on regrette d’ores et déjà l’absence d’un 4 cylindres essence qui aurait pu constituer un palier intermédiaire pour les acheteurs non férus de puissance et ainsi mieux correspondre à la conjoncture actuelle (en France en tout cas) qui vise à éradiquer définitivement le Diesel de nos villes. Sachant que la majorité des propriétaires de SUV se déplacent souvent en ville, ce choix n’aurait pas été déplacé, au contraire.

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Du côté des finitions, le choix est plutôt large allant de « Pure » (niveau qui comprend…..heuuuu, des roues et un volant ?) à Portfolio en passant par des niveaux intermédiaires tels que Prestige (privilégiant l’équipement) ou R-Sport, comme notre modèle d’essai. Les V6 essence disposent quant à eux de leur propre et unique finition « S ». Avec le F-Pace, il y en a donc pour tous les goûts et (presque) tous les budgets. Tout comme Range Rover avec l’Evoque, Jaguar entend ratisser large en proposant un prix d’appel autour de 44 000 € pour atteindre largement plus de 100 000 € pour un modèle doté du V6 de 380 ch et de quelques options bien choisies.

Intéressons-nous plus particulièrement à notre modèle. Il s’agit d’un F-Pace 20d AWD R-Sport. Il est donc doté du 4 cylindres Diesel 2.0 L 180 ch couplé à une boite automatique ZF 8 rapports et à une transmission intégrale. Presque 1,8 tonnes pour seulement 180 ch, il y a de quoi s’inquiéter, malgré le couple de 430 Nm et des données constructeurs plutôt élogieuses pour l’engin : 8.7 secondes au 0 à 100 km/h et une vitesse de pointe de 208 km/h (bien entendu, je n’ai pas pu vérifier cette dernière donnée). Ne serait-ce donc pas que de la gueule ? Il faut dire qu’avec un tel look, lorsque vous voyez arriver pareille bête dans votre rétroviseur, l’idée est en général de vous écarter rapidement (la signature LED des feux diurnes y est également pour quelque chose, elle confère au F-Pace une réelle prestance) : autant avoir de la reprise. Et de la reprise, il en a, c’est indéniable. Un Paris-Deauville par l’autoroute est d’ailleurs le test rêvé pour ce genre de voiture pour plusieurs raisons :

1/Il s’agira indéniablement du terrain sur lequel il sera le plus utilisé et le plus à l’aise. Quoi de mieux que de squatter la file de gauche en collant les traînards avec clignotant à gauche et appels de phares à foison ?

2/L’occasion également de nous rendre compte de la réaction des badauds à la vue de ce nouvel arrivant sur le segment des SUV premiums.

3/La destination correspond parfaitement à la philosophie et au look de l’auto : clinquant, large, insolent et qui renfermera à n’en point douter une clientèle snob pour laquelle l’apparence compte plus que tout.

« – Chérie, que dirais-tu d’aller à Deauville ce week-end ?
– Oh mais quelle merveilleuse idée très cher, je vais pouvoir enfin essayer ma robe d’été et mon nouveau chapeau. Penses-tu que je doive prendre ma rivière de diamants ?
– C’est inévitable, je réserve au Normandy pour le lunch, nous y laisserons la Jaaaaaaag et irons faire quelques emplettes. »

Voilà comment j’imagine la plupart des futurs acquéreurs du SUV anglais. Bon d’accord, on tombe carrément dans le préjugé.

En ce qui concerne les réactions des autres usagers, nul doute, c’est un véritable succès ! La teinte Italian Racing Red n’y est sûrement pas pour rien. Chaque voiture dépassée nous gratifie d’un regard appuyé de la part de ses occupants. Mais pas un seul regard de sympathie, plutôt un regard envieux voire méchant. Il faut dire qu’un jeune à lunettes de soleil au volant d’un SUV hors de prix et tape-à-l’œil en France a rarement une bonne image auprès de la population.

« – Drogue ? Non pas la carrure. Fils à Papa ? Sûrement ! Il va sûrement à Deauville pour se faire mousser le petit con. »

C’est quasiment ça messieurs-dame !
Les jeunes, les moins jeunes, les hommes, les femmes, les enfants, à pieds, en voiture, au feu rouge etc etc…. Tous le regardent, amateurs de discrétion, fuyez !!!
Bien évidemment, c’est par l’autoroute que je me rends dans la ville snobinarde normande, et arrive inévitablement la première barrière de péage.

Télépéage en place (indispensable si vous ne voulez pas avoir l’air de « vrais faux riches »), le but du jeu est cette fois d’expérimenter la reprise de la bête. Sélecteur sur « S » (pour Sport), mode Dynamique enclenché (les modes de conduite sont les mêmes que sur la XF et le reste de la gamme), la barrière se lève tandis que le F-Pace donne tout ce qu’il peut dans un hurlement de 4 cylindres Diesel plutôt désagréable à l’oreille pour tout amateur de noblesse mécanique. Plus de bruit qu’autre chose d’ailleurs, ne vous attendez pas à souffler tous les autres usagers à l’accélération, malgré les 8.7 secondes annoncées à l’exercice du 0 à 100 km/h.

Non vraiment, il convient bien mieux d’enclencher le mode « Eco » et le régulateur de vitesse quelques km/h au-dessus du flot de circulation et profiter ainsi du confort plutôt correct des sièges et du système stéréo optionnel Meridian, déjà rencontré dans l’Evoque (essai à lire et relire ici) et la XF plus récemment. Je l’avais trouvé médiocre dans l’Evoque, agréable dans la XF et de nouveau moins bon dans ce F-Pace. Il s’agit pourtant rigoureusement du même système, à croire que le gabarit de l’auto joue vraiment sur la qualité de perception du son émis par les 380 W du système.

Cette fois-ci, malgré les différentes tentatives de réglages des basses, graves et aigus, c’est un son comme étouffé qui me parvient à l’oreille et une fois de plus, pour une voiture de ce prix, je ne suis pas satisfait. L’ensemble Multimédia est en revanche presque à la hauteur de mes attentes. Malgré une certaine lenteur, le pack InControl Touch Pro (facturé 2 625 €, en plus des 1 060€ du pack InControl Connect Pro) nous gratifie d’une présentation claire et épurée, plutôt agréable à l’œil, presque reposante avec un choix d’utilisation de couleurs froides, tout à fait adaptées à une utilisation nocturne. L’écran central est couplé à un tableau de bord virtuel, qui affiche seulement la zone de vitesse à laquelle vous vous trouvez : par exemple, en roulant à 50 km/h, vous ne verrez que les graduations entre 40 et 60 km/h. La personnalisation est de mise, et vous pouvez à loisir afficher votre vitesse en chiffres au centre de l’écran, un rappel GPS bienvenu sur la gauche et deux trois autres données intéressantes. Malgré quelques subtilités, le système de navigation reste intuitif et prévient pile lorsque vous en avez besoin des prochaines indications à suivre. Il y a du progrès chez JLR, indéniablement. À tel point que nos confrères d’autoexpress.co.uk le classent en 4ème position des meilleurs systèmes d’infotainment automobiles.

Du reste, les équipements classiques d’alerte de franchissement de ligne et de surveillance d’angle mort vous garantissent un sentiment de sécurité optimal (impression renforcée par le gabarit du véhicule et la position de conduite bien plus haute que la moyenne). On regrette néanmoins l’absence de l’affichage tête haute, incontournable selon moi sur ce type de véhicule et à ce niveau de gamme (il reste disponible en option bien évidemment).

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Habitable, oui, mais pas à outrance : les passagers arrières auraient mérité un peu plus d’espace aux jambes. Cet espace, on le retrouve au niveau du coffre, plus que généreux pour sa catégorie. 650 L, c’est presque une fois et demi la taille de celui de l’Evoque pour une longueur de caisse pourtant loin d’être démesurée. Habitable, coffre généreux, toit panoramique (mais pas ouvrant, quel dommage…), il fait bon voyager à bord de ce F-Pace qui constituera une vraie fausse concurrence au Discovery Sport, quelques milliers d’euros moins cher à équipement équivalent, mais à utilisation quelque peu différente également. La finition reste plutôt flatteuse, avec du cuir à profusion jusque sur les contre-portes et une présentation soignée. Il reste en revanche quelques assemblages à revoir malgré un effort notable effectué depuis les versions de pré-série. Jusque-là, rien ne le différencie particulièrement d’une grande routière qui fera même mieux sur autoroute.

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Plus qu’un vrai tout terrain, le F-Pace se veut être un SUV dynamique dont la commercialisation a même été retardée en raison de l’apparition du commercialement dangereux Porsche Macan. Bien que ne disposant pas de la motorisation adéquate, je ne résiste pas à l’envie de pousser un peu mon pachyderme dans ses retranchements sur petites routes. 10 minutes après, j’ai remis en place le mode « Eco ». Comportement pataud, prise de roulis importante, amortissement très (trop) souple, maintien des sièges inexistant et surtout hurlement du 4 cylindres Diesel à en faire saigner vos oreilles, le tout pour une hausse de consommation conséquente inutile et ne distillant donc aucun plaisir, la petite échappée tourne vite court. Décidément, pas très enchanteur dans cette mécanique… J’espère qu’un travail a été fait sur la version V6 ne serait-ce qu’au niveau du châssis et des suspensions. Enfin, n’espérez pas non plus grimper aux arbres.
En effet, et c’est pour moi la plus grosse erreur de Jaguar, le F-Pace ne repose pas sur une base de SUV existante (ils auraient pu piocher chez Land Rover pourtant) mais sur celle d’une berline (commune à la XE et XF), pour le côté dynamique qu’ils disaient… Seulement, le côté dynamique reste totalement absent et malgré la présence d’un système Adaptive Dynamics (hérité tout de même de Land Rover) qui gère automatiquement la motricité, il ne faudra pas espérer plus que des petits chemins boueux/neigeux/caillouteux dans vos petites virées « nature ». Pas un seul élément plastique pour sauver votre belle carrosserie. De toutes manières, les belles jantes 20 pouces vous remercieront volontiers de votre retenue quant à vos échappées.

En résumé, le F-Pace dans cette version R-Sport 20d AWD bénéficie d’un look tapageur sans équivoque et faisant à n’en point douter l’unanimité mais pêche par ses qualités routières et dynamiques en deçà des attentes du consommateur moyen de SUV premiums et de capacités de franchissement inexistantes alors que la technologie nécessaire se trouvait à la porte d’à côté.
Le choix d’une plateforme de berline a sûrement été effectué pour essayer de conserver l’esprit « Jaguar » qui doit pour la première fois faire face au marché tant concurrentiel que celui des SUV Premium. Les acheteurs potentiels ne sont pourtant pas principalement des amateurs de berline mais bien de SUV, donc autant pour faire ce peu, le choix de la plateforme commune Evoque/Discovery Sport aurait constitué un choix naturel et logique. Bien-sûr, la présence d’un choix de motorisations à vocation sportives tels que les V6 essence (voire plus dans les années à venir) complique la chose et nous redirige vers le choix initial : une plateforme de berline.
Affiché à 78 350 € (dont 19 000 € d’options) pour notre exemplaire, il manque clairement bien des choses au F-Pace pour venir inquiéter le Macan S Diesel qui, à prix presque équivalent propose un V6 de 258 ch, un comportement routier exemplaire, une qualité de fabrication et de finition quasi irréprochable et un équipement plus ou moins similaire.
Il vous reste le choix du look pour vous différencier de la horde de SUV germaniques Grau Metallic, sur ce point-là, le F-Pace reste à mon humble avis intouchable !

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Mes remerciements à Jaguar/Land Rover pour l’aimable prêt et à Éric Dagnon pour sa confiance habituelle.

Crédits Photos : Ancelin Schoenhentz