Kia veut monter en gamme et cette Optima GT constitue l’un des jalons de cette stratégie. Et on ne peut pas la résumer qu’à ces deux chiffres : 245 chevaux (ohhh !) et 10 000 € de malus (ahhhh…).

Brooo, brooo… fait ce grand break stylé dès que j’accélère gentiment en quittant le parc presse Kia ! Mais c’est quoi ce truc ? Tout comme mon collègue l’excellentissime Régis, qui se découvre une passion dévorante pour les breaks performants (retrouvez ses essais de Volvo V60 Polestar, de VW Golf R et de Renault Megane Estate GT), je réalise que cette grande coréenne a de la voix et de la personnalité. Et les masque sous des atours respectables d’auto familiale !

OK, elle est un peu artificielle, cette personnalité : la sono Harman Kardon de l’habitacle « fabrique » une sonorité mécanique bien particulière, à cheval entre les borborygmes d’une Subaru WRX STI (pas d’origine, elles sont quasiment atones désormais, mais de celles qui à l’époque avaient la grosse sortie d’échappement William Saurin), et les grondements sourds d’une Audi SQ5, dont le V6 Diesel sonne parfois comme un V8, ce qui en fait probablement l’un des Diesel les plus expressifs du marché. Evidemment, tout cela est inaudible de l’extérieur (d’ailleurs, l’injection directe provoque quelques claquements presque typés Diesel au ralenti) et si cela vous importune, une pression sur le mode « éco » et l’Optima redevient silencieuse. En tous cas, moi j’aime bien, au quotidien cela donne une ambiance plutôt agréable…

Beau morceau, que cette Optima SW. Belles dimensions, aussi : 4885 mm de long, 1860 de large et 1470 mm de haut. Bref : longue et presque racée, en tous points dans la ligue d’une Renault Talisman Estate TCe 200, essayée pour vous cet été sur le blog. Le look est évidemment subjectif, mais avec les roues de 18 pouces de cette version GT et des pneus en 235/45, elle a une certaine allure, avec sa double sortie d’échappement et son diffuseur. Et cela se confirme à l’intérieur, avec un équipement complet, des assemblages de qualité, peu de détails sujets à la critique (cette version performante pourrait avoir un tableau de bord ou des compteurs un peu plus typé sport que la même en 1.7 CRDi). On l’avait déjà découvert, quasiment à l’identique, dans l’Optima Hybride Rechargeable. Placages d’alu, tableau de bord recouvert de cuir, excellents sièges avec surpiqûres de fil rouge : ça le fait carrément, et le prix de 42 990 € ne paraît pas injustifié au vu des prestations et de l’équipement.

Equipement qui est archi complet : volant chauffant, sièges avant et arrière chauffants, toit ouvrant, climatisation bizone, hayon électrique, caméra pilotée, amortissement piloté, aide au parking active, sans oublier un arsenal sécuritaire avec régulateur adaptatif et assistance au freinage d’urgence. En fait tout est compris, seule la peinture métallisée (640 €) ou nacrée (740 €) est en sus.

En tous cas, profitez bien de ce que vous avez présentement sous les yeux, car cette Kia, vous ne la verrez pas tous les jours, hey non ! En version 1.7 CDRi 141 chevaux, peut-être, mais le 2.0 T-GDI, moins : car la version essence prend direct 10 000 € de malus, à cause de ses 191 grammes de CO2, et de sa consommation officielle mixte de 8,2 l/100. Ou comment tuer la carrière d’une auto ! En tous cas si vous aimez son look, le break Optima SW en 1.7 CRDi et BVM6 commence à 33 990 €.

Une pure routière, cependant…

Il n’empêche que les Coréens ont de l’ambition et la présentation récente de la Stinger en atteste. Kia déroule sa stratégie et certains pas ont une portée plus symbolique qu’autre chose. C’est le cas en France, notre bien aimé pays autophobe et malussophile, qui donc, a plombé notre Optima.

Le 2.0 T-GDI prend 10 000 € de malus !

Et c’est dommage, pour deux raisons. La première, c’est qu’elle n’est pas un gouffre non plus, puisqu’à l’issue d’un essai fortement kilométré et qui m’a mené sur les bords de la Méditerranée, parfois avec une certaine célérité, ma conso réelle a toujours oscillé entre 9,4 et 10,5 l/100. Pas de quoi crier au scandale, pour une auto qui tape le 232 km/h en pointe et abat le 0 à 100 en 7,6 secondes, et avec laquelle nous ne sommes pas trop fait prier pour en exploiter les ressources.

La seconde raison, c’est parce que l’Optima SW GT a carrément fait le boulot, et même avec les honneurs. Déjà, le niveau de confort des sièges est remarquable, l’espace intérieur est gigantesque et le coffre permet de partir en mission sans trop se poser de questions, avec 552 litres en configuration 5 places.

 

Ensuite, le moteur. On sait que la puissance affichée sur la fiche technique ne fait pas tout, mais que la disponibilité réelle et l’accord avec la transmission font toute la différence. Ainsi, alors que le TCe 200 de Renault est un peu décevant, le 2.0 T-GDI coréen donne toute satisfaction : et ce même sans sélectionner le mode « sport » qui change un peu l’affichage au tableau de bord et qui rend la réponse à l’accélérateur presque trop brutale. Car même en mode normal, les 353 Nm de couple sont déjà dispo de 1350 tr/mn (et jusque 4000 tr/mn), tandis que les 245 chevaux ne rechignent pas à s’exprimer jusque 6000 tr/mn sans s’essouffler. Résultat : un moteur plein partout, toujours présent au quotidien, et qui se laisse bousculer de temps en temps, lorsque l’on veut jouer un peu.

Et ce, d’autant que la boite auto à 6 rapports ne fait pas vraiment regretter de ne pas disposer d’une double embrayage. Douce et réactive à la fois, elle ne rechigne pas à la conduite sportive et rentre rapidement les rapports quand on joue avec les palettes.

Bref, ce grand break est performant, presque trop pour notre bon vieux réseau routier français.

Quel dommage !

Oui, quel dommage que nous devions obéir à des limitations de vitesse. Les français sont des veaux, disait le Général. Car à 130 km/h, en Drive à 2400 tr/mn, on s’emmerde copieusement. Heureusement, la sono Harman Kardon est tout à fait correcte. Du coup, on pourrait être tenté d’aller rouler en Allemagne. 3000 tr/mn, 160 km/h, il ne se passe toujours pas grand-chose. La Kia Optima SW GT dépasse le trafic d’un simple effleurement d’orteil sur l’accélérateur. 180, 200 km/h. La stabilité est imperturbable, et surtout l’aéro semble bonne puisque rouler plus vite ne semble pas faire consommer beaucoup plus. Dommage qu’à partir de 160 km/h, quelques bruits de vent proviennent des joints de portière. Il n’empêche que cette Optima GT SW est taillée pour les grands espaces.

L’autoroute rapide ayant ses limites (légales), emmenons notre GT sur le réseau secondaire. Là, elle ne peut pas faire jeu égal avec le magique système 4Control de la Talisman Estate, mais elle n’a pas démérité pour autant, grâce à un train avant précis (les 1680 kilos ne vous poussent pas trop en dehors de la trajectoire), avec peu de roulis et des amortisseurs à gaz qui contiennent les effets de pompage sur les bosses, ainsi qu’avec un freinage efficace (les disques gagnent 30 mm à l’avant comme à l’arrière par rapport à une Diesel de base).

Alors oui, cela fait beaucoup de compliments pour une Kia, et l’on sait d’expérience que les marques coréennes suscitent souvent des commentaires mitigés à la suite des articles. Il n’empêche : certes, en France, cette Kia est anachronique. Mais elle est bougrement bien conçue, efficace et plutôt agréable à mener…

Merci à Kia pour ce prêt lourdement kilométré !

Photos : Gabriel Lecouvreur