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Comme on l’aime beaucoup le magnifique Lexus RC, voici la 3ème version à l’essai sur le blog. Alors, il lui va bien, son 2.0 turbo de 245 chevaux ?

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Citation #1 : « Qui veut voyager loin ménage sa monture » disait Racine. Là pour le coup, c’est la monture qui me ménage. Sous les yeux embués d’envie des autres automobilistes, j’avance. La classe à Dallas. Putain, c’est fou ce que je suis devenu hyper beau, depuis une semaine.

Citation #2 : « Là bas tout n’est qu’ordre et beauté, luxe, calme et volupté ». A voir la ligne acérée de ce coupé je n’aurais jamais pensé citer Baudelaire. Et pourtant, dans un sublime écrin (le Morvan) dont le vert pâle précède encore les teintes automnales, la Lexus RC200t trouve sa place, le rouge de sa robe annonçant les couleurs d’octobre. Il faudrait être sacrément de mauvaise foi pour trouver que le véhicule est vilain et que l’écrin craint.

Oui, je sais ce que vous pensez. Enfin, peut-être. « Encore de la Lexus RC sur le blog ? ». C’est vrai qu’après la RC 300h (essayée ici par mon collègue Thomas, qui la trouvait belle, mais était un peu déçu par les performances), vint la RC F et son V8 de 477 ch, essayée par mon collègue Ancelin, et ce dernier est visiblement tombé sous le charme, il ne me restait donc, moi que cette voiture interpelle par sa plastique musculeuse, que le « petit » moteur essence, la 200t et son 2.0 turbo de 245 chevaux. Car en France, nous n’avons pas droit à la RC 300 ni à la 350, et leur V6 3.5 de respectivement 255 et 306 chevaux, deux modèles qui peuvent être livrés avec une transmission intégrale aux USA. Dommage, car après avoir essayé la 200t, une 350 AWD, ça me paraît, sur le papier, comme assez alléchant. Mais ceci est une autre histoire.

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Graou…

Car quoi que l’on trouve sous le capot, ce qui réunit la famille RC, c’est avant tout une ligne et un gabarit de félin. Oui, je sais, tout ça, c’est subjectif, n’empêche qu’aucun de mes deux collègues n’a ressenti des choses fondamentalement différentes même si le RC s’épanouit mieux dans certaines couleurs (le gris de la 300h, bof). Et j’assume ma subjectivité en considérant que la longueur du capot et l’équilibre parfait de l’habitacle et du coffre, cette couleur et ces traits fins et musculeux à la fois, font tourner les têtes et chavirer les cœurs. On peut rester longtemps, très longtemps, voir très très longtemps à contempler le soin apporté aux détails de cette ligne. Quand je retrouve un attroupement autour du coupé à mon retour sur un parking, je me rappelle cette réplique d’un fameux western : « Tu vois petit, le monde se divise en deux catégories, ceux qui ont les clés et ceux qui regardent… toi, tu regardes ». Et oui, aujourd’hui, c’est moi qui ai les clés. C’est vraiment fou ce que je suis devenu beau ces temps-ci.

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Si vous vous êtes déjà demandé ce que ça faisait d’être paranoïaque, je vous conseille de rouler dans une Lexus RC. Le moindre conducteur que l’on croise vous regarde, le moindre piéton arrête de marcher pour fixer la voiture. On en vient à se demander s’il n’y a pas un complot mondial visant à espionner vos moindres faits et gestes au volant de cette voiture. Du coup, pour garder l’esprit libre et aborder sereinement cet essai, je me suis dirigé vers le Morvan.

Ah, le Morvan, ses lacs, ses collines, ses vaches et ses forêts, sa gastronomie lourdingue mais généreuse, ses crapiaux dégoulinant d’huile. Parfait pour aller au fond des choses et distinguer, sans aucune influence extérieure, la substance essentielle entre le fond et la forme.

Allons-y, donc.

Un coup sur le bouton Start et une légère vibration se fait ressentir. Le bloc de 1998 cm3 est proche de celui du NX200t (le fonctionnement à cycle Otto et Atkinson, ainsi que le couple de 350 Nm dispos dès 1600 tr/mn), mais il sort 7 chevaux de plus dans le coupé et sa boîte auto dispose de 8 rapports au lieu de 6. Le RC 200t est donné pour le 0 à 100 en 7,5 secondes et 230 km/h en pointe, ce qui m’inspire une double réflexion : cela n’a à la fois rien de totalement transcendant (une GTI de base, voire une sympathique, bien que roturière Skoda Octavia RS 230, essayée ici récemment, fait nettement mieux), mais en même temps, c’est déjà suffisant pour se faire plaisir au volant, au moins en théorie, voire perdre quelques points sans s’en rendre vraiment compte ; de l’autre côté, c’est nettement mieux que la RC 300h, qui promet 8,6 secondes et seulement 190 km/h en pointe.

La vraie question, c’est donc : est-ce que le plaisir de conduite est au rendez-vous ? Car pour le plaisir visuel, on a déjà tranché, faîtes l’effort de suivre un peu, merci.

L’esprit du Gran Turismo

Le 4 cylindres est assez discret sur toute sa plage de régime, même en mode Sport et en haut du compte-tours, quand celui-ci, au-delà de 5000 tr/mn, se pare d’un rouge flamboyant. Mais même si je ressens un regain de puissance au-delà de 3000 tr/mn, le caractère reste quand même, dans l’ensemble assez lissé et linéaire. Cependant, si l’ensemble frôle les 1800 kilos (1775 en ordre de marche, ce qui ne fait pas de la Lexus un modèle de finesse), les 245 chevaux sont bien là et propulsent cet élégant coupé à des vitesses assez prohibées. Heureusement, en ce week-end de Mondial Superbike à Magny-Cours, les forces de l’ordre sont mobilisées sur les grands axes et un confrère chopé à 177 km/h en Ducati en fera les frais.

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Du coup, la Lexus fend la campagne à sa manière, avec une certaine célérité, avec beaucoup de classe, et surtout, sans forcer. En ce dimanche matin humide, je constate que l’arrière est assez joueur dans les virages serrés, même si l’ESP remet assez vite les choses dans l’ordre. Les fossés morvandais étant peu réputés pour leur accueil, je ne le déconnecte pas.

Quant à la boîte de vitesse, elle est au diapason : douce, ça c’est sûr, mais pas hyper rapide, et pas hyper obéissante non plus quand on veut jouer avec les palettes. Et, finalement, bien en phase avec la philosophie de cette auto, plus coupé bourgeois que véritable sportive.

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Car malgré le châssis F-Sport et les solides jantes de 19 pouces, le niveau de confort est absolument remarquable, tant au niveau des sièges, que des suspensions ou encore de la maîtrise des bruits de roulements. Enfin, le confort vaut surtout pour l’avant, car malgré ses 4,70 m de long, le RC n’est pas très généreux avec les passagers des sièges arrière. Du coup, une fois cerné tout le potentiel dynamique, je n’ai plus qu’à me concentrer sur l’aspect sensoriel de la conduite.

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Si les sièges sont parfaits et le tableau de bord digital plutôt moderne et bien agencé, j’ai moins de compliments à faire à la console centrale. OK, j’aime bien l’horloge à l’ancienne, surtout de nuit, et la gestion de la température par mouvement du doigt sur la réglette tactile est assez sympa. OK, je peux concevoir que le pavé tactile, qui marche mieux par petites impulsions que par un mouvement linéaire du doigt, finit par s’apprivoiser avec un peu de temps et de bonne volonté. Mais franchement, le gros bloc plastique autour de la commande de clim et de la radio semble provenir d’une vieille chaîne hifi des années 80 et n’a pas sa place dans une auto de ce standing.

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Car la Lexus se destine à ceux qui aiment les beaux objets mais pas les voies toutes tracées. Ceux qui pensent que l’aube est un moment propice au calme et à la méditation, et qui ne se jettent pas sur les courbes du CAC40 avant d’avoir avalé le premier café. La journée naissante est, bercée de cette douce lumière feutrée et timide, une petite parenthèse dans le temps et l’espace. Je commence à mieux me rendre compte de ce que ressentent les propriétaires de cette Lexus : on la redécouvre chaque matin, sous une lumière différente, un soin de chaque ligne, un trait inspiré, un détail cohérent, une nervure affirmée, un regard dans les phares, une fuite dans la perspective.

En concurrence directe avec une Audi A5 2.0 TFSI, une BMW 430i ou une Mercedes C300 Coupé, voire, soyons fous, une Cadillac ATS Coupé 2.0 turbo, la Lexus RC 200t peut compter sur sa plastique, son confort et son équipement complet pour espérer remporter quelques voix.

Affichée 56 590 € en finition F-Sport et 62 190 € en finition F-Sport Executive, elle doit aussi subir un malus écologique de 2200 €, correspondant à ses émissions de 168 grammes de CO2 par kilomètre. Et si elle est donnée pour 7,2 l/100 en conso officielle mixte, j’ai plus tourné à un peu plus de 10 l/100 sur route, et aux environs de 9,5 sur autoroute.

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Historique des consos : pas supra sobre !

Mais tout cela, ce sont des chiffres. Ce dont je me souviens le plus, c’est l’émotion qu’elle m’a procuré pendant ces quelques jours, à chaque fois que je la retrouvais sur un parking. Une vraie ensorceleuse, cette RC 200t !

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Photos : Benoît Meulin (© Blue Door Prod)