La Formule 1 est souvent décriée pour son manque de dépassement en course : alors que certains accusent le règlement technique d’être à l’origine de cette absence de spectacle, d’autres préfèrent montrer du doigt certains circuits, comme le tracé d’Abu Dhabi, qui n’offrent aucune possibilité de dépassement et qui sont donc inintéressant pour le public. Pourtant, à y regarder de plus près, la saison 2010 a été la plus fournie en dépassements en piste depuis 20 ans. Alors que la F1 continue de s’améliorer, toujours à la suite de l’hégémonie de Schumacher et Ferrari entre 2000 et 2004 (plus que désastreuse pour la réputation du « show d’Ecclestone »), on peut se demander quels sont les changements que nous réservent la FOM et la FIA pour 2011 et les années à venir, afin d’embellir la F1. Un point sur le calendrier 2011, ainsi que les projets pour l’avenir.

Avant ça, un petit détour sur le nombre de dépassements en piste lors de la saison 2010 : si l’on croit le très sérieux site cliptheapex, qui tient une comptabilité précise des dépassements depuis 1983, on n’avait pas connu une année aussi riche sur la piste depuis 1990 ! Avec un total de 547 dépassements en 19 manches, et une moyenne de 29 par course, on se rapproche de « l’âge d’or » de la F1, l’époque Senna-Prost. Il faut dire qu’avec pas moins de quatre champions du monde sur la grille et 3 équipes pouvant viser la victoire, on ne pouvait pas s’attendre à moins. Relativisons quand même ces chiffres : alors que la Chine compte 82 dépassements (Grand Prix couru sous la pluie), Monaco ne compte que 4 manœuvres à son compteur. Les « bonnets d’âne » sont les circuits de Barcelone, Monaco, Valencia (Europe), Budapest, Monza, Suzuka et le très clinquant tracé d’Abu Dhabi, avec chacun moins de 15 dépassements par Grand Prix, alors que les bons points sont distribués aux circuits de Melbourne, Shanghai, Canada (le meilleur circuit sur la sec, avec 65 dépassements), Spa Francorchamps, Yeongnam (en Corée du Sud) et Interlagos, avec chacun plus de 35 manœuvres à leur compteur.

Pour la saison 2011, le seul changement majeur est l’arrivé d’un Grand Prix en Inde sur le circuit de New Dehli. Le tracé est signé Herman Tilke, le critiqué « architecte de la Formule 1 ». Au premier abord, le circuit dispose de trois à quatre zones possibles de dépassement : le virage N°1 à 90° en bout de ligne droite des stands, le virage N°3 en épingle après une courbe rapide, le virage N°4 après une longue ligne droite où les monoplaces pourront fleureter avec les 320km/h et, enfin, le virage N°14, juste avant l’entrée des stands. Attention aux dénivelés affichés sur le graphique, les pentes sont multipliées par cinq ; autant dire qu’elles seront quasiment insignifiantes et non pas digne du Raidillon comme cela nous le laisse croire. Espérons que la piste ne sera pas aussi large qu’un parking de supermarché, que les zones de dégagement en bitume ne seront pas trop de la partie afin de permettre l’attaque, sans pardonner les grosses fautes. Encore une fois, les infrastructures du circuit seront à la hauteur, sans pour autant être aussi démesurées qu’à Abu Dhabi. L’arrivée de cette épreuve est en tout cas attendue en Inde, qui soutient déjà l’écurie Force India. De plus, l’indien Narain Karthikeyan, l’ex-pilote Jordan GP en 2005 soutenu par Tata Group, vient d’annoncer sa signature au sein de l’écurie HRT pour la saison 2011. De plus, les premières couches de bitume viennent d’être posées et c’est aujourd’hui le temps des finitions pour les infrastructures du GP : tous les ingrédients sont réunis pour que le public vienne en masse sur le circuit et que la première édition soit un succès.

Il y a peu de changement concernant le calendrier 2011. Le circuit de Sakhir, à Bahreïn, conserve le privilège d’ouvrir la saison et retourne à son ancienne configuration : la nouvelle partie du circuit, inaugurée la saison dernière, avait été jugée très ennuyeuse pour les spectateurs et n’apportait rien de plus au tracé. On se dit en tout cas qu’il est bien dommage que le petit monde de la F1 ne se rende pas en Australie pour débuter la saison, le circuit urbain de Melbourne apporte toujours beaucoup de spectacle. Le circuit de Shanghai doit subir une inspection de la FIA, à la suite de travaux concernant la sécurité du circuit ainsi que le drainage des eaux de pluie. Enfin, les dirigeants du circuit d’Abu Dhabi ont promis de faire des modifications du tracé pour la saison suivante, afin d’améliorer le spectacle : on se souvient tous du final 2010, où aucun des protagonistes au titre mondial n’a pu doubler des pilotes bien moins rapides qu’eux.

Date    Pays    Circuit

11-13 Mars   Bahreïn          Sakhir

25-27 Mars   Australie        Melbourne

8-10 Avril      Malaisie         Semang

15-17 Avril    Chine Shanghai

6-8 Mai          Turquie         Istanbul

20-22 Mai     Espagne         Barcelone

26-29 Mai     Monaco          Monaco

10-12 Juin     Canada          Montréal

24-26 Juin     Europe           Valencia

8-10 Juillet    Grande-Bretagne     Silverstone

22-24 Juillet Allemagne     Nurburgring

29-31 Juillet Hongrie          Hungaroring

26-28 Août    Belgique        Spa-Francorchamps

9-11 Septembre       Italie   Monza

23-25 Septembre    Singapour      Marina Bay

7-9 Octobre   Japon Suzuka

14-16 Octobre          Corée du Sud            Yeongam

28-30 Octobre          Inde    New Dehli

11-13 Novembre     Abu Dhabi     Yas Marina

25-27 Novembre     Brésil Interlagos

Pour 2012, le petit monde la Formule 1 retournera aux Etats Unis, sur le futur circuit d’Austin au Texas. Le circuit, toujours dessiné par Tilke, est inspiré par l’actuel Hockenheim, notamment avec son « stadium » ; on peut aussi noter quelques touches de Suzuka. Encore une fois, si les dégagements en dur ne sont pas la taille de trois stades de football, le tracé promet d’être palpitant, avec trois zones de dépassement franches. Les travaux ont déjà commencé, et ont même déjà pris deux mois… d’avance : les promoteurs se veulent donc rassurant quant à la tenue du Grand Prix et nous promettent donc de ne pas réitérer le presque fiasco de Corée en 2010. Reste à savoir si la F1 retrouvera son public aux Etats Unis, alors que le circuit d’Indianapolis n’avait pas réussit à le reconquérir après l’édition malheureuse de 2005 (les équipes Michelin avaient du se retirer avant le départ de la course pour des raisons de sécurité).

Après la Chine, l’Inde et les Etats Unis, la Russie rejoint le rang des grandes puissances mondiales ayant un Grand Prix de F1. L’épreuve se déroulera à Sotchi, ville qui accueillera les Jeux Olympiques en 2014. On n’est encore sûr de rien pour la première, qui aura lieu soit en 2014 soit en 2015. La course utilisera les infrastructures des Jeux, afin qu’elles ne soient pas délaissées après 2014 et le Comité Olympique s’inquiète de possibles perturbations dans l’organisation des JO : Les autorités russes ont assuré que la priorité est donnée aux Jeux, mais aussi qu’ils avaient de bons espoirs pour que le circuit soit prêt dès 2013. Le tracé n’est pas encore révélé officiellement, mais des esquisses circulent déjà : on peut voir que la tracé empreinte allègrement le village olympique. On peut craindre un énième circuit urbain, en espérant qu’il ne soit pas aussi fade que le circuit de Valencia, mais le maire de Sotchi, Anatoly Pakhomov, se veut rassurant : « Ceux qui apprécient le circuit de Montréal devraient aimer. Notre circuit devrait être aussi difficile pour les pilotes que celui de Monaco ». Si le circuit est à la hauteur de cette description, la course promet d’être superbe, avec en toile de fond les montagnes russes.

Un autre projet russe, qui traîne depuis quelques années et que l’on n’attendait plus, se développe pas loin de Moscou. Le circuit, lui aussi dessiné par Tilke, est en construction depuis 2008 et pourrait être prêt pour 2012. Le tracé pourra aussi accueillir le Moto GP. Alors que la Russie essaye de mettre sur pied un projet depuis 1980, elle pourrait se retrouver avec deux Grands Prix dès 2014 ! Tandis que Vladimir Poutine soutient officiellement le pilote Lotus Renault Vitaly Petrov, la Russie se prépare à accueillir les JO et la Coupe du Monde de Football : l’offensive de l’ex pays soviétique dans le monde des sports est impressionnante. Reste à savoir si les différents événements seront à la hauteur des ambitions.

Retour en Europe, plus précisément en Italie. Bernie Ecclestone rêve d’un Grand Prix en plein centre de Rome, comme il rêve d’une épreuve au milieu de Paris et de Londres. A contrario des autorités anglaises et françaises, le maire de Rome, Gianni Alemanno, suit l’idée du grand argentier de la F1. Le tracé définitif est maintenant connu, après quelques tractations avec les riverains : la course aura lieu dans le très beau quartier EUR, vitrine architecturale de l’Italie fasciste en vue d’une exposition universelle qui n’a finalement jamais eu lieu. Ce ne serait qu’une question de temps aujourd’hui pour que l’organisation du Grand Prix soit assurée, il ne reste que des obstacles administratifs mineurs. En effet, Bernie Ecclestone a déjà donné une date prévisionnelle à Maurizio Flammini, le créateur de l’épreuve, pour la tenue de la première course de F1 dans les rues romaines : le 25 août 2013… qui correspond à la date habituelle de Spa Francorchamps, dont le contrat avec la FOM se termine en 2012. C’est une nouvelle inquiétante pour les dirigeants du circuit qui est considéré par beaucoup comme le plus beau du monde. On espère en tout cas que c’est un coup de bluff d’Ecclestone pour mieux renégocier le contrat. Le projet de Rome est tout cas contesté en Italie, par une partie des riverains tout d’abord, par le parti politique la Ligue du Nord, par le circuit de Monza et un certain Luca di Montezemolo : « Un Grand Prix à Rome est inconcevable. (…) En terme d’investissements pour les infrastructures, en matière de sécurité, il existe d’autres priorités pour Rome. »

Mais ce projet dans Rome pose plusieurs questions. Tout d’abord, que va devenir Monza ? Pour le moment, l’historique circuit italien, qui est au calendrier depuis 1950, est assuré de continuer. Avoir deux GPs dans un même pays est-il réellement bon pour la F1 ? A force de se concurrencer, Hockenheim et Nurgburgring sont aujourd’hui en difficulté financière et Valence ne marche pas fort à coté de Barcelone. La question de Monza est d’autant plus préoccupante que le circuit n’est pas vraiment adapté à la F1 d’aujourd’hui : le circuit le plus rapide du championnat a-t-il vraiment sa place alors que les monoplaces d’aujourd’hui sont bridées et limitées en tours/minute et donc en vitesse de pointe ?

Le Grand Prix d’Europe pourrait se courir pour la dernière fois à Valencia en 2011. Alors que le contrat qui la lie à la FOM cours jusqu’en 2012, la communauté autonome de Valencia estime en effet que la F1 coûte trop cher, et devrait donc passer la main à une autre communauté autonome d’Espagne, celle des îles Baléares. C’est donc non loin de Palma de Majorque que le futur grand prix d’Europe pourrait voir le jour : les autorités locales cherchent actuellement un financement de l’ordre de 200 millions d’Euros. Bernie Ecclestone serait apparemment enthousiaste à la vue de ce nouveau projet, il faut dire que l’épreuve actuelle est très ennuyeuse et n’a pas le charme du circuit de Monaco.

L’Ukraine construit aussi un circuit international, avec pour but de faire venir la Formule 1 à côté de Kiev : pour ce faire, un projet d’un milliard de dollar serait en cours d’élaboration et atteindrait donc le niveau du pharaonique et tape-à-l’œil complexe d’Abu Dhabi. Les travaux commenceront l’année prochaine et la piste sera accompagnée d’infrastructures de loisirs et d’hôtels. On n’en sait pas plus pour le moment, ni même si Ecclestone avait donné son accord à l’arrivée de l’Ukraine dans le petit monde de la F1. Enfin, beaucoup d’autres pays réfléchissent à l’organisation d’un Grand Prix de F1. Parmi eux : la Bulgarie, la Roumanie, l’Afrique du Sud, l’Argentine et enfin la Chine, qui réfléchit à une deuxième course à L’Empire du Milieu.

Toujours plus clinquant, toujours plus « bling-bling », les prochains circuits essayent aussi de soigner le spectacle : la FIA réfléchit à n’accorder les prochaines licences qu’aux tracés qui offrent des possibilités de dépassement. Les futurs promoteurs et concepteurs des circuits feraient bien de s’inspirer des épreuves « historiques », notamment les tracés de Spa Francorchamps, Interlagos et Gilles Villeneuve de Montréal, qui offrent depuis quelques saisons les courses les plus spectaculaires et animées de l’année. On espère en tout cas que les prochaines réalisations ne seront pas les copies des dernières « œuvres » de Tilke, les circuits d’Abu Dhabi et de Valencia.

Via youtube, f1-photo.com, tilke.de, formula1rome.com, moscowraceway.com, josotchi.fr, formula1unitedstates.com, cliptheapex