Qu’est-ce que le plaisir de conduite ? Avoir de la grosse patate, un troupeau de chevaux pour se téléporter d’un coup de gaz ? Ou retrouver une forme de pureté originelle ? Eléments de réflexion, si ce n’est de réponse, avec la Mazda MX-5 ND 1.5

Faut que je vous avoue un truc : la Nissan GT-R me manque. J’ai récemment passé un long week-end avec Godzilla et franchement, j’en ferai bien mon quotidien, même en m’engageant à être perricho-responsable en toutes circonstances (de chaque côté du Rhin). Sa poussée spacemountainesque, les sifflements entraînants des turbos, son confort, sa facilité d’utilisation, sa motricité démoniaque, son look tranché, encore plus dans son coloris orange : oui, tout ça me manque.

Mais voilà. La GT-R est rendue avec le plein d’essence et de moustiques, et il y a peu de chances que je puisse me retrouver durablement à son volant. Et ce, pour plein de raisons.

Du coup, comment continuer à kiffer au volant ?

Bonne question, n’est-ce pas. Et pour trouver la réponse, il faut faire un petit jeu d’introspection. Au fait, c’est quoi, le plaisir de conduite ? Un bon gros troupeau de chevaux ? La disparition de tous les filtres à la conduite ? C’est ça, au fond, revenir à des valeurs simples et essentielles ?

#KnackiHerta

Chez Mazda France. Je laisse mon vieux tromblon suédois sur leur parking. Je signe les papiers, et entre dans ma voiture d’essai. Il faut bien s’abaisser, je me laisse tomber au fond du baquet. Les fesses tout en bas, les jambes un peu pliées, la tête près de la capote, pas beaucoup d’espace pour ranger des trucs à bord (outre le petit compartiment entre les deux sièges). Ça frôle l’ascétisme. J’aime.

En deux secondes, il se passe un truc que j’aime encore plus. Le feeling de la direction, précise, directe. Le feeling du levier de vitesse, précis, direct. Le feeling de la pédale d’embrayage, devinez quoi, oui, précis, direct, c’est ça. Tiens, déjà, est-ce que c’est pas ça, l’essentiel ?

Du coup, on peut se passer de tout le reste. Les voitures modernes, pourtant, y vont de surenchère en surenchère, pour ce « tout le reste » : affichage tête haute, tablettes tactiles avec fonction prédictive, foule d’apps, comme on dit en marketing, moins tu as de choses à dire, plus tu déguises tes hôtesses d’accueil. Entendons-nous bien : j’aime bien l’opulence (et j’ai encore des souvenirs émus de ma semaine en BMW 730 Ld l’an dernier), mais au fond, le luxe corrompt. Ce qui a de bien avec la MX-5, c’est en fait, qu’elle est la dernière étape avant la Caterham, ou la retraite dans un monastère du Népal. Je crois que je m’arrêterai à la Caterham.

Certes, la Mazda MX-5 a bien sa tablette centrale aussi, à la double logique, tactile à l’arrêt et fonctionnant par le biais d’une molette en roulant. Et rien à dire sur cela, car l’ergonomie et l’interface sont simples, efficaces. Précis et direct, en somme. Du coup, avant de partir, la MX-5 réussit déjà un exploit : celui de ne pas avoir envie de connecter son téléphone et de se concentrer sur l’essentiel.

La MX-5 marque un premier point.

Plaisir des sens

Partant du postulat (de moins en moins partagé, hélas, sauf ici, fort heureusement), qu’une voiture ne doit pas seulement transporter, elle doit aussi donner bien du plaisir.

On a déjà dit beaucoup sur cette belle petite auto, notamment sur notre mirifique blog. Un premier essai par Ugo, suivi d’un autre par notre brillantissime JB, puis une rencontre avec une Toyota GT86. A chaque fois, et quelle que soit la motorisation, le constat est le même : la MX-5 rend accro, au point qu’un membre de notre équipe en a acheté une récemment. Et je crois qu’il la kiffe.

Donc, la Mazda MX-5 donne du plaisir ? Oui, moi aussi, j’en témoigne. Cela commence même avant de s’installer à bord, avec sa large calandre, son long capot et ses hanches rebondies, elle reprend des codes qui ont déjà fait leurs preuves dans le grand livre d’Histoire de l’Automobile. D’ailleurs, ça vous rappelle rien ?

La MX-5 n’a pas besoin d’en rajouter. Elle se contente d’une monte pneumatique modeste : à part sur quelques citadines, on avait presque oublié les roues de 16 pouces et des pneus qui font moins de 200 de large.

L’intérieur alterne quelques plastiques pas très valorisants et des éléments plus agréables : bon sièges (qui se révéleront un peu fermes au niveau de l’assise), levier de vitesse parfait, volant épais, des surpiqûres rouges pour égayer le tout. Bref, l’essentiel, encore une fois.

Et pour multiplier les plaisirs, vu que c’est un cabrio, si on allait en Bretagne, en collant un sac souple dans le petit coffre ? Avec un peu de bol, on pourra décapoter. D’ailleurs, un dicton local dit : si tu n’aimes pas le temps qu’il fait en Bretagne, attends 5 minutes.

Je jette un œil au-dessus de moi. Le ciel n’est pas menaçant, c’est juste ce gros nuage gris sombre qui me préoccupe. La MX-5 permet de communier avec les éléments dans l’instant, presque à l’instinct : décapoter prend à peu près 3 secondes, recapoter aussi.

Le sens du vent, l’alignement des planètes, les prévisions de Catherine Laborde me disent que si ce nuage vient à tremper le sol, je passerai à travers. Je suis calé à 110, la voiture ronronne, il fait 16°, je n’ai pas froid. A bord, ce n’est pas le monde du silence. Le moteur est relativement discret aux régimes usuels, trop à mon goût, d’ailleurs, mais la capote n’isole pas parfaitement des bruits extérieurs, et du coup, la radio et la sono ne sont pas assez raffinées pour compenser. Pas grave : n’avais-je pas dit que je voulais revenir à l’essentiel. Le plaisir.

Et du plaisir, j’en donne. C’est une vocation. D’ailleurs, la MX-5 a beau être le roadster biplace le plus vendu au monde (pour rappel, un million d’exemplaire depuis la présentation de la première version au Salon de Chicago en février 1989), elle fait encore et toujours sensation sur la route.

Je le vois car sur la route de la Bretagne, une cohorte de monospaces mazoutés tous aussi grisâtes les uns que les autres me regardent d’un air que j’imagine envieux. Ma nature modeste me fait feindre l’indifférence, et je savoure la route en dévorant les ailes arrondies de la MX-5, devant moi. Puis, d’un coup de gaz, je sème les opportuns.

De 4500 à 7000 tr/mn, c’est mieux…

Enfin, dans mes rêves. Car, je constaterai bientôt que, dans sa grande cohérence et toute dédiée à la simplicité, la MX-5 est en plus très sobre, permettant de rouler en gardant une conso entre 6 et 7 l/100, ce qui est juste remarquable. Et que si le moteur est silencieux sur les longs parcours, c’est aussi parce qu’il tire un poil long : la 6 tire 38,9 km/h pour 1000 tr/mn. Du coup, les reprises sur le dernier rapport entre 110 et 130 km/h sont carrément molles, au point d’avoir envie de rentrer la cinquième dans les montées d’autoroute.

Preuve que la MX-5 tire trop long : la vitesse maxi, anecdotique sur ce genre d’engin, est de 204 km/h, mais en réalité, c’est en cinquième que l’on prend 210 compteur, à la lisière des 7000 tr/mn (régime de la puissance maxi, alors que la zone rouge commence à 7250 tr/mn). Et comme le couple maxi est à la fois un rien faiblard (150 Nm) et obtenu assez haut (4800 tr/mn), on comprendra qu’en mode cruising, on se fait quand même pousser par des monospaces mazoutés qui puent.

Bref, la nonchalance a des limites.

Ce qui constitue en fait une très bonne nouvelle : car quand on dispose d’un tel levier de vitesse, aussi « organique » au toucher (et qui mérite sa place sur le podium des meilleures boites manuelles du monde, à côté de la Honda S2000), c’est bien pour s’en servir, non ? Et du coup, on profite d’une petite incartade sur les départementales verdoyantes entre Guingamp et Saint-Brieuc pour se reprendre une grosse tranche de rigolade. Première à 55 km/h, deuxième à 95 km/h, le 0 à 100 couvert en 8,3 secondes, la MX-5 dépote déjà pour une petite cylindrée atmo. Il faut dire que le poids inférieur à 1000 kilos aide dans l’exercice et qu’au-delà des chiffres, ce sont les sensations qui sont carrément addictives. Et le mieux dans tout ça : pas besoin d’aller vite pour se faire plaisir, le smartphone est éteint, même pas besoin de Waze. A l’époque où les sportives deviennent de plus en plus efficaces et de plus en plus assistées, la MX-5 découple sensations et vitesse, et c’est précieux !

La joie de ce petit 4 cylindres à grimper de 5 à 7000 tr/mn, le vent dans les oreilles, la sonorité qui devient plus présente et virile, les micro-mouvements du levier de vitesse qui permettent de relancer la machine, la position de conduite, les fesses posées sur l’essieu arrière, cette auto qui possède malgré tout un peu de roulis, mais cela la rend communicative, prévenante, joueuse et saine. Franchement, qui en offre autant pour 25 500 € ?

Un de mes amis, au tempérament facétieux (il attaque les moustiques au guidon d’une BMW S 1000 R de 160 ch et prend les rond-points en regardant par les fenêtres avec sa BMW 120d préparée), m’a dit un jour : « la MX-5, c’est la meilleure voiture du monde. Quand il fait beau, tu décapotes, quand il pleut, tu driftes ». A cette réserve près que le différentiel à glissement limité n’est proposé que sur la 2.0 litres, il a carrément raison.

Alors, la Mazda MX-5 ND 1.5 au quotidien ? Ben ouais…

Photos : Benoît Meulin (www.bluedoorprod.fr)