_DSC2966Les fans de jeux sur console et de sportives japonaises le réclamaient corps et âmes depuis bien des années. Nissan les a enfin entendus et a exaucé leurs vœux : oui, l’Europe aura des modèles siglés Nismo, et l’invasion commencera avec le modèle qui a lancé la mode des petits crossovers de ville : le Juke.

C’est quoi, Nismo ?

Pour faire simple, la gamme Nismo (pour NISsan MOtorsport) est à Nissan ce que les modèles RS sont à Renault : des produits basés sur des modèles de série, mais suffisamment modifiés pour faire chauffer la gomme. Les premiers modèles sportifs de la marque japonaise ont vu le jour en 1964 (avec la Nissan Skyline 2000GT) mais il faudra cependant attendre 49 ans pour que la gamme Nismo ose poser un pied en Europe. On aurait pu s’imaginer que, pour marquer les esprits, un modèle surpuissant aurait lancé les hostilités, mais il n’en n’est rien puisque c’est le Juke, la petite grenouille franchisseuse de trottoirs qui s’y colle. La 370Z le rejoint rapidement (dont vous pourrez retrouver l’essai sur le site début décembre), et tout le monde rêve une GT-R Nismo capable d’atomiser les Veyron et autres Huayra (notre cher Gonzague vous parlera de la version « de base » d’ici quelques jours). Mais pour cela, il faudra encore attendre un peu. Pour l’instant, concentrons-nous sur le premier venu.

 

Ca change quoi, Nismo ?

Et bien, la première chose qui saute aux yeux est le look. Un sacré look, d’ailleurs : dans cette livrée noire, le Juke en impose avec ses boucliers avant et arrière spécifiques et très suggestifs, agrémentés d’un fin bandeau rouge (signature des modèles Nismo), ses jupes là aussi spécifiques, ses jantes de 18’’, ses énormes rétroviseurs…rouges, sa calandre redessinée, son (discret) becquet arrière, son large et unique pot d’échappement et ses multiples badges Nismo. A part ça, on retrouve un Juke « basique », avec sa face avant originale (qui a inspiré le nouveau C4 Picasso), ses lignes de carre très marquées, ses ailes proéminentes, et une surface vitrée ultra réduite. Une ligne qui divise toujours autant, même après 3 ans de commercialisation, et les attributs sportifs qui virilisent les lignes de ce modèle pourtant très prisé des femmes n’est pas près d’endormir le débat…

A l’intérieur, même combat : au chapitre des modifications, on note un joli petit volant recouvert d’alcantara et de cuir très agréable à prendre en main (avec une bande rouge en haut pour se croire en pleine étape du tour de Corse dans les bouchons parisiens), des sièges en suédine enveloppants siglés Nismo, des pédales en alu, un compte-tour sur fond rouge (quelle surprise) et… C’est tout. Le reste est nettement moins attrayant, avec une planche de bord 100 % plastique dur qui se raye facilement et une console centrale qui, à mon immense désespoir, a cédé à la mode du noir laqué. En plus d’être moche, il contribue à l’ambiance pas franchement folichonne de l’habitacle : tout ou presque est noir, du pavillon à la moquette, et ce n’est pas les petites vitres latérales (teintées à l’arrière qui plus est) qui arrangeront les choses. Une ambiance confinée, certes, mais ce n’est qu’une impression puisque l’espace à bord y est tout à fait satisfaisante, que ce soit au niveau de la tête que des jambes. Enfin… Sauf le coffre : outre sa capacité pour le moins réduite, le seuil de chargement est extrêmement haut. Le chargement des valises lors des départs en vacances risque d’être ardu…

Sinon, niveau infotainment, on retrouve un système GPS tactile (de série) particulièrement intuitif comprenant les toutes dernières innovations, comme le système Google Send to Car (rentrer sa destination depuis son PC/tablette/smartphone puis l’envoyer directement à la voiture, qui vous guidera dès le démarrage), le prix du carburant autour de vous, l’info trafic… Seul souci, la voiture ne possédant pas de puce Internet intégrée, elle pompera sur le forfait internet de votre téléphone (qu’il vous faudra donc obligatoirement relier à la voiture). Vous trouverez aussi, sur la partie inférieure de la planche de bord, un système « magique » et très malin : suivant vos souhaits, l’écran du bas et les boutons autour changeront du tout au tout pour vous permettre de modifier la température de l’habitacle ou le mode de conduite (à choisir entre Eco, Normal et Sport -loin, très loin de changer le caractère de la voiture pour autant). En plus de pouvoir vous la péter en présentant le système à vos amis, la planche de bord d’en retrouve plus épurée, moins chargée. Bien trouvé.

Mais le changement ne se limite pas qu’au look, puisque les ingénieurs Nismo se sont aussi penchés sur le moteur 4 cylindres essence de 190ch, qui en affiche désormais 10 de plus (bravo, ça fait bien 200 ch, je suis fier de vous) et culmine à 250 Nm de couple (soit, ici aussi, 10 de plus que la version « de base ») à 2 400 tr/min. La direction est vendue comme plus directe et le châssis a été retravaillé pour que la voiture soit plus agile et dynamique. Très bien, mais ça donne quoi sur la route ?

Ca roule bien, un Juke Nismo ?

Tout dépend du lieu, de la typographie et de la vitesse… En ville, le Juke est très bien élevé : il braque bien, démarre sur un filet de gaz (attention tout de fois à ne pas en abuser, le calage n’est jamais très loin…), les grosses jantes et le châssis sport n’empêchent pas un confort très satisfaisant, la position surélevée est agréable. Côté créneaux, si la direction est suffisamment légère pour cet exercice, on remercie la caméra de recul et les immenses rétroviseurs qui compensent avec une visibilité ¾ arrière carrément nulle. On évite ainsi de démolir trop vite la belle carrosserie, dénuée de toute protection. On l’aura compris, le Juke est ici dans son élément, ce qui n’est pas une mauvaise chose vu que c’est dans la cité qu’il passera sans aucun doute la majeure partie de son temps.

Sur l’autoroute, pas non plus de souci : outre des relances forcément très efficaces, le Juke cruise à 130 km/h sans aucun souci. Seuls quelques bruits d’air viennent quelque peu gâcher la fête, mais il suffit d’augmenter un peu le volume du système audio (de très bonne qualité) ou de hausser la voix avec vos convives pour oublier ce désagrément.

Mais le Juke Nismo est une voiture de sport. Ou du moins aimerait l’être. Direction mes petites routes chéries pour voir ce qu’il en retourne… Commençons avec une accélération à partir de 0 km/h : dès que mon pied gauche quitte l’embrayage, la voiture commence à bouger dans tous les sens, et les remontées dans le volant m’en informent très bien, merci. Etait-ce une bonne idée de faire passer l’intégralité de la cavalerie sur les roues avant sans aucun autobloquant ? Hmm… Non, pas vraiment. A noter qu’il existe une version 4×4, qui devrait corriger ce souci, mais qui fait l’impasse sur la boîte de vitesse manuelle (au demeurant fort agréable) pour une boite auto à 7 rapports. Enfin bref, la voiture prend de la vitesse, et je me rends que la vraie poussée n’intervient que très tard, entre 3 et 4 000 tr/min. Passé ce cap, le Juke accélère tout de même franchement, et le cap des 100 km/h est atteint en 7,8 s. Pas mal. Passé cette longue ligne droite se profile un virage à droite, assez serré mais pas piège pour un sou. Deuxième mauvaise surprise : dès l’entrée en virage, la voiture se dandine sur ses appuis, le train avant est aussitôt dépassé et tire tout droit, et la direction assistée électriquement ne pense qu’à une chose : revenir au point milieu, et tant pis pour le moindre ressenti pour le conducteur. Game over : le Juke n’est vraiment pas à son aise sur les petites départementales.

Un autre point me gêne au moins autant : pour moi, le principe même d’une petite voiture sportive (les fameuses hot hatchback si appréciées de nos amis anglo-saxons) est avant tout d’être amusante, quitte à sacrifier quelque peu l’efficacité au profit du sourire sur le visage du conducteur. Or, problème : la Juke Nismo n’est pas amusante pour un sou. La direction n’est pas assez informative, la sonorité du moteur est trop étouffée (du moins à l’intérieur, car la mélodie est nettement plus attrayante de l’extérieur), elle n’aime pas les virages. Alors, OK, on peut rouler à des vitesses folles avec, mais on passe tout de suite du « pff, il ne se passe pas grand-chose » au « holà, je vais me crasher, ça me fait peur » sans passer par la case « qu’est-ce qu’elle est cool cette bagnole !! », et j’ai bien peur que cela ruine un peu tout… Ma GTi préférée reste donc le… Renault Twizy.

 

C’est cher, un Juke Nismo ?

Ce n’est pas le modèle plus économique qui soit, en tout cas : il débute à partir de 26 500 € en version 2 roues motrices (le passage à la version 4×4 rajoutera 3 300 € à l’addition). Sachant que, dans la catégorie des petites sportives, la 208 GTi commence à partir de 24 700 € et vous repartirez en Clio RS contre un chèque de 25 190 €. Il faudra aussi prendre en compte le malus de 1 500 € et les 12CV fiscaux. Niveau consommation, après un essai tout de même très chargé (ne ratez pas notre excursion à Montlhéry !), la consommation moyenne était aux alentours de 10 l / 100 km : pas mal du tout, et vous devriez largement faire mieux en conduisant « normalement »… Par ailleurs, rassurez-vous, elle accepte le SP95 sans broncher.

 

Bon alors, c’est bien, un Juke Nismo ?

Au final, que penser de ce Juke Nismo ? Si vous l’achetez uniquement pour son look, vous ne devriez pas être trop déçus. Mais il faudra vraiment avoir le coup de cœur, car vous devrez ajouter un petit extra de 5 510 € comparé au haut de gamme Tekna (ramené à « seulement » 3 560 € avec le moteur de 190 ch). Mais si vous l’achetez en pensant que c’est une vraie sportive et que vous vous ferez plaisir avec, vous risquez fort de rester sur votre faim… Le terme d’escroquerie est heureusement bien loin de la définition de ce Juke aux hormones, mais il est vrai que je m’attendais à mieux en guise de mise en bouche de la part de Nissan. Espérons que le prochain essai du 370Z Nismo remontera la barre !

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Crédit photos : Adrien Séné.

Et ce n’est pas fini ! Retrouvez d’ici quelques jours le récit de notre virée sur l’anneau de vitesse de Montlhéry… Restez branchés ! (EDIT : ça se passe ici)

 

Merci à Florence de Nissan France pour l’organisation de l’essai et à Adrien pour les photos.