Moribond depuis plusieurs années, le grand carrossier transalpin Pininfarina semble retrouver quelques couleurs depuis son passage sous pavillon indien et le rachat par Mahindra. Retour sur ses dernières créations vues à Genève.

Une petite poignée de concept cars, et pas grand chose d’intéressant, voilà le triste bilan de Pininfarina pour les années 2010. Il y a bien la Sergio, qui connaît une production en toute petite série, mais le dernier joli concept date quand même de 2010 avec la 2uettottanta. C’est que les temps sont durs pour les carrossiers, et Pininfarina a bien failli déposer son bilan avant son rachat en 2015.

Après l’anecdotique concept H2 révélé à Genève en 2016, voici le vrai retour aux affaires du carrossier, avec deux nouvelles créations d’un coup lors de l’édition 2017 de ce même salon.

Commençons par la plus emblématique : la H600, une grande limousine développée pour la société Hybrid Kinetic, basée à Hong Kong (et qui reprend d’ailleurs les initiales de la cité chinoise dans sa raison sociale). Déjà connue pour ses batteries, panneaux solaires et autre moteurs électriques, HK a décidé de se lancer dans la construction automobile, comme tant d’autres groupes industriels chinois. Mais tant qu’à faire, HK veut le faire bien, en allant chercher dans le haut de gamme électrique (comme Faraday Future) et s’adjoint les services d’un grand bureau de style. C’est là bien sûr qu’intervient Pininfarina. Loin d’offrir un design aussi spectaculaire et futuriste que le susnommé Faraday ou Lucid Air, Pininfarina nous sert là ce qu’il sait faire de mieux : une grande berline aux lignes élégantes et fluides. Profil tricorps, ceinture de caisse haute, porte à faux avant très court, la H600 (puisque tel est son nom) ne révolutionne rien, mais conserve une élégance intemporelle. Oh certes, on peut lui trouver plusieurs influences extérieures, un peu de Volvo par ci ou une calandre concave à la Maserati par là, mais cette alchimie fonctionne plutôt bien. Seule la calandre, trop béante, sonne un peu faux.

L’habitacle est réservé à 4 passagers seulement, mais qui bénéficient comme de juste d’un grand luxe d’aménagement dans les 5,2 m de longueur de cette berline. Mais là où la H600 se distingue, c’est au niveau de sa motorisation, mêlant 4 moteurs électriques, un jeu de batteries et une turbine jouant le rôle de range extender, un peu à la manière du monocylindre de scooter d’une BMW i3. L’ensemble est censé développer 670 ch et atteindre une autonomie de 1000 km avec un 0 à 100 km/h en 3 secondes. Des telles valeurs (théoriques) sont devenues monnaie courante pour les voitures électriques, au point que cela en devient quelque peu ridicule. Projet sans lendemain ? Hé non, car HK vient d’annoncer le lancement en série de la H600, qui sera produite en Chine d’ici la fin de la décennie. La cible commerciale sera dans un premier temps le marché domestique chinois et les Etats-Unis, pour aller chasser l’épouvantail Tesla. Gardons malgré tout la tête froide : ce genre d’annonce demande à être vérifiée et confirmée, et plutôt deux fois qu’une !

Ce qui semble en tout cas bien parti, c’est la production de l’autre modèle présenté à Genève : la Fittipaldi EF7 Vision Gran Turismo. Elle manifeste l’arrivée d’Emerson Fittipaldi, double champion du monde de Formule 1, dans le jeu de la construction automobile. Son projet est bien évidemment une super sportive, qui ne dénoterait pas sur circuit. Librement inspirée des requins (sic), Pininfarina délivre un dessin manquant quelque peu d’originalité. Agressif et sans concessions, il puise aussi des éléments de design dans une Enzo ou même une Ford GT. Avant tout destinés à la performance, la ligne et les appendice aérodynamiques sont malgré tout bien plus homogènes que sur l’Italdesign Zerouno. Si la partie dessin et intégration des éléments sont dus à Pininfarina, toute la partie mécanique provient de chez HWA, partenaire d’AMG et préparateur de nombreuses voitures du championnat DTM. Le bloc moteur atmosphérique est un V8 de 4,8 l développant 600 ch et un couple de 510 Nm, accouplé à une boîte séquentielle 6 rapports. Le poids devrait tourner autour de la tonne, pour un rapport poids/puissance de 1,6. Tempérament et allure de pistarde, tout comme l’habitacle hyper dépouillé. Elle rejoint dans l’esprit les Aston Martin Vulcan et autres Ferrari FXXK, autres bêtes de piste interdites de route libre.

Les premiers essais sont prévus en août, pour une production en toute petite série par HWA dans les mois suivants. L’EF7 sera personnalisable selon les goûts du client, que ce soit dans son coloris, les jantes ou même les signatures d’Emerson Fittipaldi sur la carrosserie. Le prix devrait allégrement dépasser le million de dollars. Et si d’aventure vous n’arriviez pas à réunir cette modique somme, il vous reste l’espoir de faire une partie du jeux vidéo Gran Turismo, où la voiture sera présente.

Bien que ces deux concept cars soient encore quelque peu éloignés d’un lancement en série, cela reste une bonne nouvelle de voir Pininfarina revenir au premier plan de l’actualité automobile avec des produits aboutis et matures. Signe des temps, les commandes ne viennent pas de constructeurs bien établis, mais de nouveaux entrants sur le marché. Conjointement à la création d’une division spéciale chez Italdesign et au maintien des activités de Touring Superleggera, les designers italiens semblent avoir trouvé des formules pour continuer à faire rêver.

Crédits photo : Ugo Missana, Pininfarina