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Cycle : suite de phénomènes se déroulant dans un ordre immuable (ex. : cycle des saisons). C’est ainsi que le Petit Larousse définit ce terme. Renault annonce commencer un nouveau cycle de design avec son concept car TREZOR. Mais est-ce si nouveau pour autant ?

Le design Renault vient donc de débuter une nouvelle phase du cycle de la vie (je sais pas pour vous, mais ça me fait penser au Roi Lion, bref, passons…). Laurens van den Acker, Directeur du design de Renault, célèbre donc avec la TREZOR ses 6 ans passés chez la marque au losange. Tout a commencé avec la DeZir de 2010, petit coupé sportif tout rouge, en rupture totale avec le style Patrick Le Quément. Là où ce dernier instillait les arrêtes vives et le baroque décalé, van den Acker a mis du muscle, du logo hyperthophié et, oui, du modernisme.

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DeZir

La Clio 4 de 2012 fut le premier modèle dérivé de DeZir, reprenant à son compte tous les codes de design du concept, en les adaptant à une production en série. Quatre ans plus tard, et par un énorme effort industriel, toute la gamme Renault a été renouvelée et complétée, en déclinant à chaque fois la patte van den Ackers. Aujourd’hui, une Renault est clairement identifiable en tant que telle, parfois jusqu’au trop fort mimétisme. Essayez donc de distinguer une Talisman d’une Mégane de face en moins de 2 secondes… Vous pouvez d’ailleurs jouer au même petit jeu avec des Audi ou des Mercedes, avec le même résultat. Le design Renault, bien que très distinctif, en arrive presque à l’auto-caricature. Le premier « cycle » de renouvellement étant bouclé avec le nouveau Scenic (dérivé du R-Space), il est temps de passer à autre chose.

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C’est là qu’intervient Trezor (NDLA : même si la graphie officielle du nom est censée être en majuscules, je vais l’écrire comme ça car sinon j’ai l’impression de hurler, désolé pour les gens de chez Renault qui se seront par hasard égarés ici). Ce concept, vedette du Mondial 2016 (qui est d’ailleurs plutôt pauvre en concepts réellement novateurs à l’exception de la Citroën CXperience) est donc censé annoncer le futur du design de la marque. Pourtant, à bien y regarder, il ne semble pas s’inscrire dans une rupture si forte, mais plutôt en une évolution mesurée.

Premier tour autour de la voiture : c’est beau. Une grande GT aux proportions presque caricaturales : capot long, habitacle resserré, arrière fuyant. Rien de nouveau sous le soleil depuis les années 50/60. Pour tout dire, je lui trouve un petit air de Marcos Mantula ou d’Aston Martin One 77. Mais c’est à la mode : le concept Mercedes AMG Vision Gran Turismo de 2013 a peu ou prou les mêmes proportions (et aussi la même couleur gris argent). Mais si l’aspect général est sans surprise, le diable va se nicher dans les détails, et dans la reprise de nombreux éléments de style de Renault. C’est ainsi que l’on retrouve la signature lumineuse en forme de « C » sur les phares avant, englobant les entrées d’air et poussée à l’extrême jusqu’à en devenir presque caricaturale. Quant à la signature des feux arrières en lasers rouges s’étirant largement sur une ligne de crête, elle évoque bien sûr les feux des dernières Megane et Talisman.

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La Trezor ne se contente heureusement pas de reprendre des thèmes déjà vus sur des productions de série. Ses points forts et les plus spectaculaires sont sans conteste son « grain de peau » et sa cinématique d’ouverture. Sa carrosserie montre plusieurs textures : l’avant est lisse, tandis que l’arrière et les flancs sont totalement recouverts d’un maillage hegaxonal, directement « imprimé » dans la fibre de carbone. Le même motif se retrouve sur le bouclier avant. Quant aux parties lisses, elle reprennent elles aussi ce motif, sous la forme d’ouïes de ventilation mobiles venant habiller le capot. Cet effet de matière est incontestablement le plus spectaculaire et ne peut être pleinement apprécié qu’en voyant le concept de se propres yeux. L’inspiration vient sans nul doute des planches de bord en alu bouchonné des voitures des années ’30. C’est très réussi dans la réalisation et dans l’effet visuel qui rappelle aussi certaines œuvres d’art abstrait (Vasarely ou Morellet par exemple).

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Autre effet spectaculaire : le toit, d’un seul tenant avec le capot, bascule en totalité vers l’avant pour laisser l’accès au cockpit. Si le trait de style est loin d’être nouveau (revoir les Bertone Testudo, Chevrolet Astro, Pininfarina Modulo ou même le kit-car Nova Sterling), on est en présence ici d’un élément bien plus grand, qui comporte non seulement le toit de l’habitacle, mais aussi tout le capot avant. Je vous laisse imaginer le poids à soulever et les réglages de la cinématique !

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Signé par Stéphane Janin et Yann Jarsalle, le design extérieur de Trezor est un mélange réussi de thèmes classiques et d’une réalisation moderne, le tout agrémenté de détails propres à Renault.

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L’habitacle est quant à lui peu surprenant, mais c’est tant mieux ! Si l’on retrouve bien sûr des écrans LCD en remplacement des compteurs analogiques, les matériaux sont très traditionnels : velours, bois, cuir. Pas de carton compressé ou autre bouteille en plastique recyclée. Non, du vrai, de l’authentique. Et après tout, cela convient très bien à l’esprit Grand Tourisme, non ? Les sièges sont fixes, mais volant, pédalier et appuie-tête sont réglables. De quoi loger le mètre 92 de Laurens van den Acker (cela faisait partie du cahier des charges !). Les éléments en bois ont été réalisés avec le fabricant de vélos Keim Cycles.

A l’avant de la planche de bord, un coffre à bagages, toujours pour rester dans l’esprit GT. Pas de moteur, ou du moins pas ici. La Trezor est évidemment électrique (comment oser concevoir un concept car qui ne le soit pas de nos jours ?). Elle hérite de la motorisation des Formula E de l’écurie e.dams, deux fois championne du monde, soit une puissance de 350 ch et un couple de 380 Nm. Le 0 à 100 km/h est censé être atteint en moins de 4 secondes, mais c’est plutôt secondaire. Les batteries sont refroidies par les entrées d’air du capot (si si, les hexagones) et un rappel de niveau de charge de batterie est placé sur le flanc. Un joli petit compteur à aiguille, très steampunk dans l’âme.

Les dimensions de la bête : longueur de 4,70 m, largeur de 2,18 m et hauteur de 1,08 m. Le poids de 1600 kg est assez élevé comme pour tous les véhicules électriques en dépit de l’usage intensif de carbone. Evidemment, il est complètement utopique de croire à une production en série de Trezor, voire à un dérivé quelconque. Il n’y a plus aucun coupé dans la gamme Renault, et la tendance sportive c’est chez Alpine qu’il faut la chercher maintenant, avec des codes de style totalement différents. Si Trezor est un très beau concept car, sans doute le plus beau sorti de chez Renault depuis très longtemps (désolé Coupé Corbusier…), j’ai du mal à le voir en totale rupture avec le design actuel de la marque. Les prochains modèles du Losange montreront quelle voie sera suivie, et quelles inspirations seront piochées !

Crédits photos : Renault, Ugo Missana