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L’Octavia, on la croise surtout dans les files de taxis. Et quand elle se prend pour une sportive, on s’interroge. Normal…

La dernière fois que je suis monté dans une Skoda Octavia, c’était un taxi. Elle puait le tabac froid et le chien mouillé (voire mouillé, et mort). RMC braillait à fond pour disserter sur une obscure rencontre sportive entre Rethel et Guéret, avec des commentateurs qui jactaient dans le micro comme si leur vie en dépendait. Franchement, c’était insupportable. Et en plus, ça m’a coûté cher. J’ai détesté ça.

Donc : l’Octavia, merci, très peu pour moi.

Sauf que la marque tchèque revient avec des arguments qui me parlent  un peu plus: 4 cylindres 2.0 TFSI, donc comme sur les Golf ou Audi qui commencent à dépoter un peu. Boîte DSG en option. Je kiffe. 220 chevaux. Ouais, pas mal pour doubler (la Route étant dangereuse par nature, autant passer le moins de temps possible dessus). Voire, bonus ultime : cette version 230 avec différentiel autobloquant sur le train avant. Je signe où ?

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Discrète, ou pas ?

Est-il réellement possible de se faire remarquer en Skoda ? Est-il vraiment envisageable que l’on se retourne sur une voiture tchèque ? Sur une tchèque définitivement oui (j’ai quelques souvenirs de torticolis à Prague tant on y croise de très jolies autochtones). Sur une voiture je doute. La Skoda Octavia RS ferait-elle exception et rendrait-elle à la tradition automobile de ce beau pays ce que nous accordons bien volontiers à ces habitantes ?

J’ai aussi l’idée que l’on doit aborder la performance dans la discrétion, la sportivité dans la sobriété. J’aime trop surprendre pour que l’on ne me voie point venir ! Je crois plus en ce que l’on cache qu’en ce que l’on montre (sinon j’aurais fait du tuning !). Une belle tchèque ne s’aborde que sobrement et élégamment vêtue et en se laissant aller à la promesse d’un contenu terriblement plus affriolant que le contenant.

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L’Octavia RS est ce type de voiture. Elle est à la fois cette berline tri-corps somme toute assez discrètement élégante (surtout dans cette livrée rouge de mon modèle d’essai) avec ses proportions équilibrées (4,685 m de long, 1,814 m de large et 1,449 m de haut) et elle est aussi une sportive qui sans être aussi radicale extérieurement qu’une Honda Civic Type R trahit ses prétentions avec ses jantes et son aileron de Formule 1. Elle affiche 230 valeureux chevaux dans cette version optimisée (soit 10 de plus que la version de base) aidée de son moteur TFSI et de sa nouvelle chaîne cinématique qui lui permettent d’abattre le 0 à 100 en 6,8 s et de pointer à 249 km/h, soit 0,1 s de moins et 4 km/h de plus que la RS 220, autant dire que les 10 chevaux supplémentaires n’offrent pas un gain en performances significatif. D’autant que j’ai trouvé que les rapports de transmission tirent un poil long (la 3ème s’emmène à 150 km/h et la 4ème à 225 km/h), ce qui bénéficie par contre au confort et à la conso en vitesse de croisière. L’Octavia RS 230 reste une sportive familiale.

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Et la grosse différence avec la version 220, elle est surtout là : pour que les pneus ne partent pas en signaux de fumée, on apprécie l’apparition d’un différentiel sur le train avant (qui permet de transférer 100% du couple à une seule des roues directrices), et de fait ma RS se permet d’afficher des prétentions plus qu’honorables à la fois en matière de performances et en termes de tenue de route. Et puis, parce que nous sommes des êtres doués d’ouïe, l’échappement a été conçu pour favoriser l’ambiance sonore de ses envolées lyriques. Braaaap, fait l’échappement entre deux coupures d’allumage quand la DSG entre en action. Conseil d’ami : ouvrir les vitres dans les tunnels. Que l’on prendra pied au plancher, merci.

Populaire, en plus

L’Octavia est la seconde meilleure vente de Skoda (derrière la Fabia, 6880 unités contre 8034). Cette berline, somme toute très classique, fait donc partie de notre quotidien, mais curieusement, pas avec un aileron et des jantes de 19 pouces.

De fait, lorsque l’on aborde la RS (qui doit vouloir dire « Rouge Sport », non ?) on redécouvre des lignes très équilibrées et très classiques : un capot long, un habitacle dont la taille annonce un agréable volume et un coffre généreux orné de ce discret aileron. Le pas de porte et le coffre affichent le logo « VRS » propre au modèle. Ambiance.

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Montons à bord… Même si nous sommes dans une Skoda (qui n’est, je le rappelle, pas exactement une marque Premium) je suis assez surpris par les efforts apportés à l’intérieur. Surpiqûres rouges (RS devant vouloir aussi dire « Rouge Surpiqûres »), volant et sièges en cuir, levier de vitesse siglé DSG. Par contre, on notera qu’il reste sur le tableau de bord beaucoup de ce plastique noir peu valorisant et quand même assez toc. Peu importe (quoi que..), l’œil est attiré par la sportivité de l’intérieur et par la console. Le bloc compteur est sobre et très complet. Les places arrières sont loin d’être ridicules. On peut y ranger 3 adultes qui auront de quoi loger jambes et genoux.

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Un cargo (express !)

Le coffre est plus que conséquent: 590 L. J’avais pour l’occasion, accompagné un ami motard à une journée de circuit. Ce dernier, pauvrement pourvu en capacité d’emport sur sa sportive de 200 chevaux, a pu laisser dans le coffre, sa combinaison, son deuxième casque, ses bottes de piste, son sac de rechange etc… et tout cela en plus du kit photo, de mes propres affaires.

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C’est donc d’abord sur les longues distances que l’on va mesurer le potentiel de l’Octavia RS (RS voulant aussi dire « Roulage Serein »). En effet, le régulateur adaptatif de notre modèle d’essai fait des merveilles. Calée en mode « ECO » et le régulateur lancé, la voiture suit le train des véhicules qui vous précède. Le « Lane Assist » vous maintient dans la voie, une fois, deux fois mais vous rappelle vite que c’est vous le Maître à bord (RS devant vouloir aussi dire « Rouler Safe »). L’Octavia gère la décélération et le freinage pour garder la distance choisie avec la voiture de devant. Le mode « ECO » passe la voiture en roue libre dès que possible et fait descendre ainsi la consommation. J’ai scoré l’autoroute avec du 7,5 l/100 (RS devant vouloir aussi dire « Rouler Sobre », enfin relativement, pour une berline essence de 230 ch), mais une fois n’est pas coutume, les consos normalisées sont annoncées plus basses avec la BVM6 qu’avec la DSG (6,2 au lieu de 6,4 l/100). Et la DSG vaut 1500 €, mais amène quand même beaucoup d’agrément au quotidien.

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Sur autoroute, c’est calme, c’est relativement silencieux, mais de même un peu moins que les versions premium du groupe VAG, en termes de gestion des bruits de roulement… Par contre, les sièges en cuir typés sport sont accueillants et réglables dans tous les sens, ils peuvent même vous chauffer le fondement si le froid vous entoure. Bien. Serein.

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Et c’est bien là où l’Octavia marque un point. Elle sait super bien faire le job sur longue distance. L’amortissement, même s’il est un peu ferme (logé que nous sommes sur des jantes en alliage léger de 19 »), saura vous accompagner sur la route sans vous amputer d’une ou deux vertèbres comme le font (si bien) quelques sportives que nous qualifierons de « tape-cul », la Skoda n’est pas une tchèque en bois.

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Elle ne fatigue pas son conducteur cette voiture (et c’est peut être pour cela que beaucoup de taxis l’ont choisie). Les kilomètres défilent de manière aussi fluide que les informations au tableau de bord. Entre le compte-tours et le tachymètre se trouve un petit écran avec le rappel de nombreuses informations. On y lira la conso moyenne ou instantanée, la vitesse, de nombreux paramètres, le rappel audio (source, morceau etc…), le rappel GPS etc… C’est vers la console d’infotainement qu’il faut parfois se tourner pour avoir une vision complète du trajet ou des paramètres de la voiture. Il y a même un baregraphe pour l’éco-conduite… Je l’ai eu en vert des fois, mais la conso à l’attaque sur petite route, c’est déjà moins écolo…

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A l’occasion d’un arrêt de ravitaillement, nous garons la Skoda sur le parking. Un des employés de la station, affairé à côté de nous, arrête sa besogne et nous interpelle : « Elle a de la gueule cette voiture ! Ils font des sportives maintenant chez Skoda ? ». la réponse ne tarda pas : Mais mon bon monsieur ! Skoda c’est une longue histoire dans la compétition, surtout dans les rallyes. L’Octavia RS c’est 105.000 unités de vendues depuis 2000 !

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Depuis 1901 Skoda participe a de nombreuses compétitions. Aujourd’hui encore, la 130RS des années 70 (qui se faisait appeler « La Porsche de l’Est ») fait encore sensation dans les rallyes d’anciennes et ses aptitudes à la sportivité mettent encore à mal pas mal de ses concurrentes. L’appellation RS chez Skoda a 40 ans (oui monsieur) et passe sur des modèles comme les 130, 180 et 200 pour arriver aux Fabia et Octavia que nous connaissons aujourd’hui. La marque créée par Václav Laurin and Václav Klement (pour info les tchèques s’appellent tous Václav et c’est pas très pratique) tient à ce pedigree.

Broapp !

Péage sur l’autoroute. Mon ami motard passe avant moi. Pour garantir la sécurité du convoi, je ne dois pas tarder à le rejoindre et reprendre ma place de véhicule d’assistance. Ticket rangé dans le pare-soleil, je baisse les yeux et vois le bouton magique, juste devant le levier de vitesse (celui-ci donne accès à 4 modes : Sport, Normal, Eco et Personnalisé)

Bon sang mais c’est bien sur ! Fichtre ! Diantre ! J’appuie sur le « VRS » et passe en mode « sport », mets la boîte dans ce même mode, cale mes mains sur le volant, les doigts sur les palettes et … Feu !

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Sous le regard médusé des autres usagers de la route, sous les regards interrogateurs des douaniers en faction au péage, je pars pied dedans en première (il en va de la vie de mon ami motard qui, le pauvre, doit rouler tout seul). Le moteur change de sonorité, la poussée est assez franche, mon dos s’incruste dans le siège, j’ai à peine le temps de caresser la palette de droite et la seconde passe dans une détonation qui en ces temps troublés fait tourner la tête à tout le monde. Le rapport est passé en un clin d’œil, puis la troisième, détonation, le moteur rugit. La rapidité de la boîte est bluffante. Pas de temps mort. Je rejoins finalement assez vite la moto dont le pilote pleurait sa solitude sur la voie véhicules lents en m’attendant.

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Punaise. C’est qu’elle marche la RS (RS devant vouloir aussi dire « Reste Soudé pied à la planche ») ! Avant de devenir hors-la-loi (130 Km/h : 2200 tours/min en 6ème), je remets tout en mode eco-friendly-radar-approved. Retour au zen. Vivement que l’on quitte l’autoroute !

Le grand écart…

Mon souhait est exaucé quelques kilomètres plus loin. Je paie, je laisse la moto partir devant et nous voilà à aborder la dernière partie du trajet. J’ai pris soin de tout remettre en mode Sport. Sans verser dans une attaque démente, j’entame cette départementale de manière dynamique. Premier constat, le châssis, sans être le meilleur que j’ai essayé, répond présent. On pourrait lui reprocher un micro flottement lors de la mise en appui mais ce serait chipoter ; quand même, il y a un peu de roulis et pour virer à plat, je vous conseille une Lotus Elise. Mais le train avant répond présent, et sature finalement assez loin, sortant la voiture des virages avec entrain et conviction. En effet, une fois placé le train directeur tracte la voiture avec précision dans la bonne direction, merci au différentiel. Même si, en attaque pure, j’ai gardé de meilleurs souvenirs avec une Golf GTI Pack Performance. L’Octavia reste définitivement plus familiale dans sa vocation, même si mon modèle d’essai n’avait pas les suspensions pilotées (à 890 €) et que le maintien de caisse en entrée de courbe s’en trouve peut-être rigidifié !

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Notre Octavia RS 230 DSG se monnaye contre 36 190 € auxquels nous rajouterons les options présentes (et ô combien nécessaires) sur le modèle d’essai (notamment le pack Voyage à 1790 € incluant toutes les aides qui ont fait le bonheur de notre roulage autoroutier). Finalement, sa concurrence vient de la pléthore de variantes sportives au sein du groupe VAG, avec notamment une Seat Leon, offrant certes un peu moins d’espace intérieur (mais forte de ses 290 chevaux) à partir de 33 190 €…

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Parce que l’Octavia RS 230 est quand même vendue près de 3200 € plus chère que la RS 220, et que si vous n’avez pas une conduite très sportive en toutes circonstances, est-ce que ce surcoût pour 10 chevaux, le différentiel, les jantes de 19’ de série et un peu de cosmétique valent-ils le coup (coût ?). A vous de voir…

Cette voiture permet aisément d’aborder un quotidien que nous savons fait de responsabilités écologiques et de radars à frics (aucun parti pris de ma part, ce n’est que pour la rime) et une fois sorti de ce carcan, elle permet de nous plonger dans un univers de sportivité qui sans atteindre des sommets vient abreuver nos sens de bruits, de poussée, de réactivité pour que le temps de quelques kilomètres on puisse se sentir piloter plutôt que conduire. Osciller entre le « GreenScore » et le Chrono, entre le zen et le crissement de pneus… C’est que j’appelle la sportivité dans la sobriété, la performance dans la discrétion.

Si demain je la croise, garée au milieu des autres, peut être ne tournerai-je pas la tête mais si je l’entends démarrer en trombe à un péage, je saurai qui est cette beauté cachée !

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Photos : Benoît Meulin (© Blue Door Prod)