Tom Tjaarda vient de nous quitter à l’âge de 82 ans. Nettement moins connu que ses estimés confrères Giugiaro ou Bertone, il a néanmoins marqué durablement le monde automobile avec plusieurs dessins, allant de la Ford Fiesta à la De Tomaso Pantera. Retour sur sa carrière.

On peut dire que Tom Tjaarda avait le design dans le sang. Son père Joop (ou John) était déjà l’auteur de la belle Lincoln Zephyr des années 30. Le petit Tom (de son vrai nom Stevens Thompson Tjaarda van Starkenburg) a donc grandi dans les crayons et l’argile dès sa naissance à Détroit en 1934 et c’est tout naturellement qu’il rejoint l’école d’architecture du Michigan.

C’est là que sa vie va changer en 1958 avec la visite du grand patron de chez Ghia : Luigi Segre, designer lui même. Il recherche des talents nouveaux et c’est sur le jeune Tom Tjaarda qu’il va jeter son dévolu. Il est embauché par Ghia et part en Italie, espérant revenir rapidement aux Etats-Unis.

Son passage chez Ghia sera d’assez courte durée : il quitte le carrossier en 1960 à la suite d’une dispute avec Segre. Il aura néanmoins eu le temps de dessiner quelques projets dont une jolie Innocenti 950 Spider ou le plus curieux Selene I.

Parti de chez Ghia, il va tout simplement rejoindre le plus gros studio du moment : Pininfarina ! Ce seront ses années les plus prolifiques et les plus connues, car le carnet de clients de la carrozzeria comprend du beau monde, dont Fiat et Ferrari. Son premier travail d’importance sera la jolie étude Chevrolet Corvette Rondine en 1963. Très joliment dessiné, ce coupé a des proportions idéales d’une grande pureté. Loin des l’aspect agressif des Corvettes C2, la Rondine exprime au contraire une belle élégance latine, mise en avant par sa jolie couleur bleu azur. Chevrolet n’en voudra pas, préférant le dessin de la Stingray de Bill Mitchel (on en parlait ici), mais le dessin tape dans l’œil de Fiat, qui lui commande la version Spider de la berline 124, qui sortira en 1965. Ce dessin survit d’ailleurs encore aujourd’hui dans l’interprétation moderne que Fiat en a fait dans la nouvelle 124 Spider.

Tom Tjaarda signera aussi, entre autres, le dessin des Ferrari 330 GT 2+2 Series 1 et 365 GT California Spider. A chaque, le dessin est ample, posé, laissant les volumes s’exprimer pleinement. Loin de révolutionner le genre comme pourra le faire Bertone ou Gandini, Tjaarda fait du classique, mais il le fait bien !

Il quitte Pininfarina en 1966 et après quelques errements (dont un passage éclair chez Giugiaro !) il retourne chez Ghia pour en devenir le patron du style en 1968. Le studio appartient alors à Alejandro de Tomaso, pour qui il dessinera la brutale supercar Pantera et les plus sages Deauville et Longchamp.

Mais la vie a décidément beaucoup d’humour : Ghia est finalement racheté par Ford en 1970. Et Tom Tjaarda, américain, se retrouve à travailler pour un des Big Three de Detroit en Italie, pays qu’il ne quittera d’ailleurs jamais, alors qu’il comptait y rester quelques mois seulement à l’époque de son embauche par Ghia…

Il va signer en 1972 une de ses œuvres les plus importantes : la Ford Fiesta. Et inventer, un peu en même temps que Giugiaro avec la Golf ou Renault avec la R5, le concept de petite berline compacte bicorps à hayon (non, Peugeot 104, tu n’avais pas de hayon !).

Il quitte Ghia pour de bon en 1977 et va travailler pour le groupe Fiat, d’abord en tant que consultant, puis en tant que directeur du studio de style avancé. Il y travailla notamment sur la future Lancia Y10 de 1985. Il quitte cependant Fiat dès 1982 pour Rayton Fissore où il dessine le Magnum, gros SUV (déjà !), concurrent du Range Rover, mais qui ressemble hélas à une sorte de Fiat Uno posée sur des grosses roues.

Il passe enfin à son compte en 1984 en créant Dimensione Design. Il s’éloigne alors peu à peu du monde automobile pour se consacrer à d’autres secteurs d’activité, jusqu’à son décès survenu le 1er juin à Turin. Il aurait cependant travaillé sur l’habitacle de la Lamborghini Diablo ou encore le Ford Maverick.

Auteur de plus de 80 voitures, dont certaines produites en forts volumes, Tom Tjaarda reste cependant méconnu du grand public. Sa discrétion et son manque de « panache », au contraire des ses volubiles homologues transalpin y sont peut être pour beaucoup. Pour autant, son trait pur et très équilibré a apporté sa touche particulière dans chaque bureau de design auquel il aura contribué.