Lors du Mondial de l’Automobile, Renault dévoilait outre les Fluence ZE et Kangoo ZE de série un véhicule atypique et tout aussi « production-ready » : Twizy se présente comme la dernière trouvaille du constructeur au Losange en termes de mobilité. Pour l’occasion, Renault a convié des blogueurs européens à venir découvrir cette gamme, à rencontrer Odile Kirchner, Directeur du Programme Nouvelles Offres de Mobilité ainsi que Eric Diemert, Directeur de Gamme Design Renault Sport Technologies. Blog Automobile était de la partie et c’est l’occasion de revenir sur Twizy. Accrochez-vous, ça va être long…

A défaut d’être aussi certain que Burt Bacharach quant au fait que Twizy soit « what the world needs now », j’en viens à me demander si Renault n’a pas mis le doigt sur une intéressante niche. Un retour en arrière s’impose. La veille, je traversais Paris en Modus. Châssis court et pack compacité (comprenant les rétros rabattables électriquement, fort utiles pour parachever de se faufiler comme une Lorette), la voiture semble taillée pour affronter les embouteillages et les travaux qui parsèment la Capitale. Mais voilà : aussi courte soit-elle, la voiture n’en reste pas moins aussi large… Qu’une autre voiture. Pire, l’ordinateur de bord m’annonce crânement un splendide 10,5l de moyenne (sans clim) et j’en viens à me demander si un bon gros Hemi ne s’est pas logé sous le capot. Moralité, si j’avais pris l’autre voiture (une Mondeo diesel), je serai arrivé à la même heure, tout aussi peu détendu et en ayant moins consommé. A quoi bon avoir une petite voiture en complément d’une grande si l’on n’en tire aucun parti ?

Le lendemain, direction Boulogne pour une conférence au siège de Renault puis rendez-vous sur le stand du constructeur pour la présentation de Twizy. Autant être franc, la voiture ne m’avait jamais vraiment interpelé, je ne me reconnaissais pas dans le produit. Eric Diemert présente la voiture à plusieurs blogueurs européens dont je fais partie, s’en suit une série de questions/réponses avec nous.

Twizy tient à la fois de la voiture et du scooter : c’est plus précisément un quadricycle électrique offrant deux places en tandem (gare au passager s’il mesure plus de 1,75m cependant). L’assise arrière est réversible, transformant la place du passager en rangement fermé de 50 litres complétant les 10 litres de rangement dans la planche de bord (dont 6,5 litres fermés). Twizy est ouverte pour « éviter le sentiment d’enfermement que suscitent certaines rivales » (in your face, Lumeneo Smera), mais des déflecteurs sur les parties avant et inférieures des « demi-portes » optionnelles protègent les passagers des agressions aqueuses. Oubliez la radio, vous pourrez cependant connecter votre lecteur MP3 et diffuser de la musique via deux haut-parleurs. Etrangement venant d’une marque qui a démocratisé la carte mains libres, Twizy ne disposera que d’une clé traditionnelle. Côté tarifs, on évoque une entrée de gamme à 8000 € (version limitée à 45 km/h) tandis que la version haute flirtera avec les 75 km/h. Oui, nous sommes bien sur des valeurs à deux digits… Pour le reste, la carrosserie devrait être largement personnalisable, les trois propositions exposées au Mondial illustrent cette volonté. La commercialisation est annoncée pour le second semestre 2011. Homologuée en catégorie L6E et L7E selon la version, Twizy sera produite à Valladolid. La voiture peut être chargée en 2h30.

Reste à stationner votre Twizy près d’une borne : tout est à faire côté infrastructures. Il est à date impossible pour la majorité des parisiens (franciliens, d’ailleurs) de recharger un véhicule électrique près de son lieu de travail ou à son domicile. Renault se veut rassurant en affirmant que d’ici à la commercialisation, les infrastructures seront présentes. Quid d’un éventuel retard risquant d’être fatal aux voitures électriques ? Il suffit d’y croire. De même, les municipalités et autres parkings privés comme publics seraient inspirés d’adapter les tarifs et règles de stationnement à une voiture qui pourrait se garer à la perpendiculaire. 3 Twizy dans l’emprunte au sol d’une Mondeo ? C’est ce que semble promettre la voiture. Dès lors, pourquoi ne pas adapter le stationnement urbain. Nous verrons bien ce qu’il en sera en 2012. Manquant d’éléments sur le sujet, je vais revenir sur le produit.

Et si Twizy était la seconde voiture idéale ? J’aurais été tenté de dire, la première voiture du foyer mais voilà : Twizy n’a pas de système audio évolué, pas de sièges chauffants,  vous n’êtes pas assis à côté du passager (ou de la passagère) ce qui limite un peu la convivialité du véhicule mais est-ce vraiment fondamental lorsque vous vous rendez seul au travail ? Pas vraiment, mais à condition d’échapper aux encombrements. En revanche, un grief important subsiste : la vitesse de pointe est limitée à 75 km/h dans sa version haute. Difficile d’emprunter les Autobahn parisiennes (A86, A13, N118…), là où des 125 se débrouillent avec plus ou moins de grâce. Et c’est fort dommage.

Au final Twizy aurait probablement été la voiture idéale du temps où je travaillais à Paris ou dans les Haut-de-Seine. Sorti de ce terrain de jeu, la vitesse pointe semble trop limitée pour des trajets certes courts mais nécessitant des passages sur voies rapides.

Reste que le plus grand défi de Renault sera de faire accepter le produit et d’en démontrer l’intérêt. Je ne doute plus de l’utilité de Twizy depuis que l’on a pris le temps de m’expliquer le sens de cette voiture. Car il ne faut jamais sous-estimer le conservatisme des clients, la voiture étant un important investissement. Un client souhaite être rassuré, ne veut pas se tromper. Il suffit de regarder les voitures les plus vendues en Europe : Golf, Fiesta et consorts… Des voitures on ne peut plus compétentes à défaut d’être révolutionnaires.

En 2004, Renault lançait Modus. Une citadine pleine de qualités : position de conduite surélevée,  possibilité de loger confortablement 4 adultes dans l’encombrement d’une Clio II (cette dernière n’en est pas capable), rangements à ne plus savoir qu’en faire, hayon à double ouverture… Autant de détails réellement pratiques au quotidien. Pour avoir essayé les deux, Modus est une citadine bien plus accomplie que Clio II. Pourtant, le démarrage commercial du monospace urbain fut pénible et la version courte représente aujourd’hui moins de 30% du mix… Sur les marchés où elle est encore vendue. La faute à un positionnement tarifaire un peu maladroit, sans doute. Mais il semble surtout que le client n’avait pas compris l’intérêt du produit et, de fait, préférait acheter la Clio, valeur sûre (et pourtant moins moderne) à défaut d’être nécessairement le meilleur choix. La marque aurait-elle sous-estimé la dose de pédagogie nécessaire pour faire accepter un modèle nouveau auprès de la clientèle ? C’est probable.

Renault a choisi, à travers sa gamme de voitures électriques et à travers de Twizy en particulier, de prendre un risque industriel et commercial. Au-delà des difficultés techniques et logistiques liées à la production de voitures sortant du paradigme habituel de la marque (i.e. électricité, mise à disposition de la batterie…), Renault devra faire face à un immense chantier : celui de la communication. Il va falloir convaincre des clients généralement conservateurs (compréhensible s’agissant du second poste de dépense d’un foyer) d’envisager une autre forme de consommation automobile. Et dans le cas de Twizy, un autre type d’automobile. Ce que Renault a fait avec quelques blogueurs, l’entreprise devra le faire d’une manière ou d’une autre avec la clientèle. Vaste défi, d’autant plus que la marque a grandement perdu de son capital de sympathie sur son marché domestique.

Bousculer des codes et des habitudes de consommation n’a rien d’aisé. Mais force est de constater que les entreprises ayant affiché d’insolentes réussites ont pris des risques. L’arbitrage en faveur de la technologie du véhicule électrique et la production en série de Twizy constituent deux risques. Les années à venir permettront de vérifier s’ils se concrétisent par des réussites. Et n’oublions pas le démarrage commercial laborieux de la Smart, désormais icône incontournable des métropoles européennes. Twizy sera-t-elle la prochaine Smart ?