La BMW i3 a été revue pour 2017 et son autonomie a été augmentée dans cette version avec ses nouvelles batteries de 94 Ah. De quoi lui donner des envies d’émancipation ?

Longtemps décriées pour leur manque d’autonomie, les voitures électriques commencent à s’émanciper. Tenez, récemment, mon jeune collègue l’excellentissime JB est allé à Montbéliard avec une Tesla (certes il a eu du mal à recharger, mais tout de même…).

De mon côté, même pas peur, le projet est d’aller faire un voyage international, dans un lointain royaume, avec une BMW i3. Un lointain royaume, où ça ? Lesotho ? Swaziland ? Non, Belgique !

En plus, ça va être du velours avec la nouvelle génération d’i3. Non seulement les nouvelles batteries de 94 Ah lui confèrent plus d’autonomie : 300 km. Mais moi, en plus, j’ai pris la version Rex : le Range Extender augmente le poids et réduit l’autonomie, puisque l’on parle désormais de 231 km en mode tout électrique et de 100 km supplémentaire avec le moteur thermique, soit 330 km. Ma destination étant à, grosso modo, 250 km de Paris, c’était gagné d’avance.

Néanmoins, j’étais curieux de voir comment ça allait se passer, et notamment de voir la différence entre autonomie réelle et autonomie annoncée, d’autant que la route est plus consommatrice d’énergie que le Paris d’Anne Hidalgo, puisque l’on n’y bouge plus. L’immobilisme, voilà la solution à tous nos problèmes environnementaux !

Toujours aussi originale, cette i3 !

L’appel du vert

Par acquit de conscience, j’éviterai l’autoroute A4, me disant qu’un tel axe est trop énergivore. Du coup, je monte à Roissy et après, je prendrai la nationale 2, vers Soissons puis Laon, et après, les départementales de Thiérache, assez pauvres en beaucoup de choses et notamment en station essence. Avant de partir, je me dis qu’il faudra probablement faire gaffe sur la fin du parcours, et notamment opérer des choix judicieux de ravitaillement entre Montcornet (au risque de tomber dans les griffes de l’affable Cindy, membre de l’association des couguars picardes !) et Charleville-Mézières, avant de tracer sur la frontière.

Voilà à quoi l’on reconnait une i3 traumatisée !

Mais avant tout, récupération de l’i3 au siège de BMW France, à Montigny-le-Bretonneux, dans le 78. Pleine d’énergie, ma i3 a déjà été traumatisée par plein de journaleux et blogessayeurs. Ceux-ci étant généralement peu soigneux, la voiture a appris à être craintive : elle annonce 176 km d’autonomie électrique et 126 km thermique. Aie, ça va être chaud.

Je vais donc prendre soin d’elle en lui réapprenant les bonnes manières. En plus, je n’ai pas à me forcer car c’est toujours un plaisir de prendre une auto électrique en milieu urbain, de se remettre à avoir une conduite anticipative et vertueuse. Et régénératrice d’énergie, aussi. Un passage à mon bureau à La Défense puis une arrivée chez moi, à Vincennes, et je me retrouve avec une i3 mieux disposée. Avec déjà 53 km effectués, il m’en reste encore 300 d’autonomie, à peu près répartis de manière équitable entre le thermique et l’électrique.

353 km d’autonomie théorique… avant de prendre la route…

C’est donc le moment de prendre la route. La sortie de Paris n’est pas trop embouteillée, et je me retrouve vite à rouler pour de vrai. Je choisis le mode « éco pro » et non pas le « éco pro + », qui supprime la clim’ et limite l’i3 à 90 km/h. Et puis la vertu, ça va bien 5 minutes, j’ai envie de garder la clim’, la radio, les phares et les essuie-glace !

Dans ce contexte et en respectant à peu près les limitations de vitesse, l’i3 tient son rang. Le silence à bord est absolument remarquable, l’aménagement intérieur est toujours aussi zen et agréable, le choix des couleurs et des matières est vraiment pertinent ; la sono est de bonne tenue, l’instrumentation est à la fois moderne, sobre, complète et épurée…

Un intérieur zen et de qualité

Ça tabasse un peu sur les gros chocs…

Ensuite, il y a deux surprises : une bonne et une mauvaise. La mauvaise, c’est le confort des suspensions sur les grosses déformations dont la N2 n’est pas avare : ça tabasse et ça percute dans les trains roulants, et cela perturbe un peu la sérénité globale, même si cela n’a rien de catastrophique non plus. La bonne, c’est que l’autonomie annoncée ne s’effondre pas sur route : arrivé à Soissons, les promesses de départ sont toujours d’actualité et je suis étonné. Tiens, ça vaut bien un arrêt au Burger King (pub gratuite) où, sur le parking plutôt peuplé de Seat Ibiza tuning (pléonasme), car on est dans l’Aisne, ma i3 dans son nouveau coloris « Protonic Blue » fait assez sensation (une option à 670 €).

Arrivé à Soissons, il en reste encore…

Rejoindre Laon, de fait, n’est qu’une autre formalité, toujours en électrique. Le voyage se passe sans encombre et je suis toujours étonné de l’autonomie réelle de cette i3. J’aurais aimé, cependant, un système de réglage du frein moteur pour avoir une fonction « roue libre », utile sur grande route, car le freinage régénératif est vraiment puissant dès qu’on lâche la pédale des gaz.

Nous sommes à Laon. Rex va prendre le relais

A Laon, le moteur thermique se met en marche et un très léger chuintement est perceptible de l’arrière ; néanmoins, il suffit de mettre un peu la musique pour le faire disparaître. Il me reste alors une centaine de kilomètres à faire sur des petites routes de campagne, ce dont je m’acquitte, toujours avec une conduite zen. La voiture a bien compris ma démarche, puisque l’autonomie théorique est alors de près de 360 km.

Et j’arrive à la frontière belge avec plus grand-chose en stock, mais ça l’a fait et très franchement, je m’attendais à devoir ravitailler en route. Elle m’a impressionné cette i3 !

Arrivé au but, sans avoir ravitaillé

Pas trop une GTI…

Une bonne nuit de recharge plus tard et un petit passage à la station service, d’où il ressort que les 100 derniers kilomètres m’ont coûté 7 litres d’essence, la i3 est parée pour faire un peu de tourisme dans les Ardennes Belges et la vallée de la Semois.

Dans un lointain royaume…

Si vous aimez les virages, je ne saurais que trop vous conseiller cet endroit, il y a de quoi prendre bien du plaisir. Du coup la i3 oscille entre deux types d’activité : se balader dans Bouillon au pied du château de Godefroy, dans le silence le plus total, fait partie de ses compétences. Puis, sur les petites routes bien sinueuses, avoir l’équivalent de 170 chevaux dans un gabarit si compact, ça donne des idées et ça réveille le côté evil qui est en moi.

Et pourtant, la i3 n’a rien d’une GTI. Certes, les accélérations en mode « confort » sont proprement décoiffantes et les sorties de courbe tiennent du boulet de canon. C’est d’ailleurs là où réside une sorte de plaisir coupable de la voiture électrique. Mais malgré le logo à l’hélice sur le capot, l’ADN BMW, on le cherche un peu. Direction peu communicative, motricité vite prise en défaut malgré les jantes de 20 pouces (option à 1370€), mouvements de caisse, le plaisir de conduite n’y est pas dès qu’on essaie de la bousculer un peu.

170 ch, mais pas un comportement sportif

L’essentiel est ailleurs : après une nouvelle recharge, l’i3 rejoindra Paris de nouveau, sans avoir besoin de ravitailler.

Toujours est-il que cette i3 m’a impressionné : globalement confortable, elle distille un vrai sentiment de bien-être dans son habitacle épuré et designé, et l’autonomie, sur route, dépasse ce que revendique le constructeur. Certes, à plus de 41 000 €, c’est franchement pas donné, mais ce n’est pas comme cela qu’il faut calculer ce type d’automobiles. Tiens, quand la Lecouvreur Consulting Corp aura le vent en poupe, c’est typiquement un bon choix : le leasing passe dans les frais pros, pas de TVS et la possibilité d’aller dans Paris quoi qu’il arrive. Vu comme ça, ça devient un vrai bon plan.

Crédits Photos : Gabriel Lecouvreur & RD