Contrairement aux allemands, les constructeurs français ne valorisent pas leur patrimoine et c’est bien triste. Raison de plus pour apprécier à sa juste valeur l’Aventure Peugeot, à Sochaux. Visite guidée…

« Hey Michel ? t’as vu la dernière 3008 ? Elle déchire ! »

« Arrête Jean-Paul t’es con ! »

Une phrase tristement banale s’il en est. Pourtant, la dernière 3008, multi-essayée sur le Blog (parce qu’on ne fait pas les choses à moitié) et notamment par vos duettistes préférés (ou pas) dans sa version GT BlueHDI180, est vraiment bien. Mais on est comme ça en France, on ne valorise pas notre propre production, nos propres réussites. On ne sait pas soutenir celui qui essaie, on ne sait pas promouvoir celui qui construit. Regardez comment on brocarde nos sportifs (certains finissent par devenir chanteur, vous dire si on les traite mal…). On n’a pas la culture de l’excellence, on n’a pas le réflexe de seulement dire du bien. On valorise des choses en France : le hightech y a sa place, la gastronomie, l’aéronautique aussi, le militaire même. La voiture ?

Non : la voiture sert juste à être taxée et son conducteur est forcément coupable. De tout.

Non, on ne valorise plus cet objet polluant qui permet aux masses laborieuses de se rendre quotidiennement au travail. On a pourtant abreuvé lesdites masses de véhicules diesels de milieu de gamme, un peu fades, pas trop mal finis, pas toujours sexy mais pratiques. Mais la passion, le french flair, l’engouement et cette formidable énergie qui soutient un projet osé, innovant et risqué, a quitté le domaine automobile français.

On roule souvent français mais en rêvant de rouler allemand. Vous vous voyez aller défendre une vieille 508 contre une Classe C ou une Série 3 ? Vous vous voyez expliquer à un allemand que nous sommes meilleurs dans les voitures sportives, dans les voitures de luxe etc… ? Non, clairement vous n’imaginez pas cela. Peut-être est-ce parce que ce n’est pas possible. Peut-être est-ce parce que ça ne l’est plus.

Explorons un temps que les moins de … que les moins de … que les vivants ne peuvent pas connaître.

Pour voyager dans le temps, point n’est besoin d’une DeLorean, prenons tout simplement l’autoroute (ironie de l’histoire : en VW Tiguan TDI Biturbo 240 chevaux !) et voyageons dans l’Est.

Sochaux est une ville d’environ 4000 habitants située à 5 km de Montbeliard (et qui abrite le club de foot qui a été le premier club professionnel de France en 1928 (le Football Club Sochaux-Montbeliard). Montbeliard est aussi connu pour sa gastronomie raffinée :

Mais 16 ans avant cela (et le lien de cause à effet me semble évident), s’installait à Sochaux l’usine de la Société des Automobiles Peugeot qui a entraîné la ville avec elle pendant des décennies.

Il était donc normal que le musée de l’Aventure Peugeot soit également sochalien. D’abord en 1982 naissait l’association « l’Aventure Peugeot », présidée par Pierre Peugeot. Son but était le recensement et le rassemblement des différents types de produits fabriqués par la marque depuis 1810 et de gérer la partie évènementielle qui va avec. En 1988 sous l’impulsion de l’association, le musée de l’Aventure Peugeot ouvre ses portes, fort d’une importante collection de voitures, de cycles et motocycles, d’objets et d’outils. Le musée évoluera sous forme d’extensions (en 2000 et 2010) permettant de mieux répartir par thèmes et par époques l’ensemble des objets de la collection (cycles, compétition, utilitaires etc…).

Le musée, parlons-en. Il est riche. Très riche. Aussi riche qu’un Gratin dauphinois à la saucisse de Montbéliard. Quand on y entre, on a dans un coin de sa tête une image de Peugeot se limitant aux VTC en 508 noire qui peuplent nos boulevards. Très vite, on se rappelle des 205 Rallye raids … et puis le souvenir laisse place à la découverte. Peugeot, en 1810, a commencé comme une entreprise métallurgique.

« Petit frère crois-moi, le monde moderne va vers la centralisation » (R. Wolfoni)

Comme beaucoup d’entreprises de l’époque, Peugeot constate que l’outil de production permet de rapidement se diversifier et de produire ce que le marché demande. Il faut admettre qu’au-delà des salières et poivrières que l’on connait encore aujourd’hui, Peugeot a fabriqué bien d’autres choses. Et le Lion qui trouve ses racines dans le blason franc-comtois, a fait sa première apparition sur un logo où il marchait fièrement sur une flèche qui vantait les 3 qualités des productions de l’époque que je vous laisse le soin d’aller découvrir.

L’Aventure Peugeot ne s’est pas bâtie que sur des salières. Au fur et à mesure des allées, de modèles en modèles, des motos aux vélos, des conduites intérieures raffinées aux cabriolets de dandys. Peugeot c’est une histoire peu commune et empreinte de termes que nous aimerions utiliser de nos jours concernant l’automobile française. Du luxe. De la performance. Des premières voitures (type 1 de 1889) aux derniers protos, des voitures de luxe (Type 156 de 1920) aux véhicules de compétition, l’Aventure prend son sens avec un pic au début du 20ième siècle. Le musée met en avant les défis, les records, les fous du volant de l’époque qui, au volant de leurs drôles de voitures, habillés d’une cravate et de lunettes pour toute protection, allaient chercher des vitesses inimaginables à une époque où il existait peu de routes.

Les découvertes sont nombreuses et bien mises en valeur. La scénographie remet de manière cohérente chaque modèle dans son contexte. Les visiteurs passent les premières décennies de Peugeot à s’étonner et s’émerveiller. On y découvre par exemple également qu’un certain Ettore Bugatti, ingénieur italien multi-casquette a collaboré avec la marque en designant la fameuse Type 69 (ou Bébé Peugeot).

A l’heure où nous parlons tant de transformation digitale, chaque voiture et chaque époque permet aussi de mesurer l’effort de la transformation industrielle. Les volumes de production affichés et les photos des unités de fabrication montrent bien à quel point Peugeot devait répondre à une demande sans cesse croissante et dans des volumes rapidement très importants. On y répondait en mettant plus de gens dans les usines mais aussi en les modernisant et ce à des rythmes qui semblent bien peu compatibles avec nos référentiels actuels.

C’est amusant car on admire ces engins d’époque, vidéos et explications avec autant de passion que l’on admire les prouesses d’une McLaren ou d’une Koenigsegg. La passion qui nous anime s’articule autour d’un volant, d’un moteur et de quatre roues. On se prend à s’imaginer conduire ces véhicules d’un autre temps pour en ressentir l’âme et voir si elle est si différente de celle d’une AMG GTS. Le référentiel a changé, les moteurs se sont rapetissés en devenant plus puissants et à mesure que la taille et le grip des pneus augmentaient. Les chiffres de cylindrée dans le musée sont inversement proportionnels à la tailles des pneus à de nombreuses époques. Le plaisir automobile étant parfois dans la recherche de la limite, celle-ci devait être bien plus facile à trouver qu’elle ne l’est actuellement avec un détail important : le prix de l’erreur n’était pas le même.

Un véhicule de 3 tonnes, propulsé par un moteur en fonte, monté sur un châssis en bois avec des suspensions à lames, quand ça sort de la route ça fait du vilain, autant pour le pilote que pour les pauvres passants. Mais entre vous et moi, je tenterais bien de faire tourner un de ces engins ! A celles et ceux qui doutent encore de l’héroïsme des acteurs de l’automobile de l’époque, je rappellerai que le Nürburgring (encore lui) a été inauguré en 1927. Et si ce dernier fait peur encore aujourd’hui même armé des toutes les assistances possibles, je ne m’imagine qu’à peine ce que pouvait représenter un tour au volant d’un de ces engins diaboliques de l’époque.

Le retour à une certaine forme de dépouillement tel que l’on peut le vivre sur certaines motos (certaines de Peugeot ne seraient pas ridicules de nos jours en pleine mouvance néo-rétro) serait une bonne manière de retrouver un pur plaisir de conduite à des vitesses bien moindres.

 

Je prendrais, je pense, un plaisir certain à débarouler dans un enchevêtrement de tôle, de bois et de fonte dans une route à virages, le tout monté sur des pneus que Decathlon n’oserait pas monter sur ses vélos ! Tout en travers, à aller chercher la quintessence de la limite, chercher la plus petite once de grip disponible pour remettre dans l’axe les 3 tonnes sans toit ni portière. Par contre je pense porter parachute, combinaison de cuir, airbags de motard, casque intégral, leatt brace et autres accessoires me permettant d’envisager de rester en vie en cas – plus que probable – de sortie de route.

Non je n’aurais pas le courage de ceux qui ont peuplé l’aventure contée dans ces murs et je n’irais pas en chemisette défier les lois de la physique. Imaginez ce qu’il a fallu de douleur, de sang et de sueur pour permettre aujourd’hui à tout un chacun de prendre son VTC en 508 ! C’est bien ce dont il est question dans cette Aventure Peugeot. Peugeot était de ceux qui ont écrit l’histoire, parmi d’autres constructeurs français qui ont soit disparus, soit changé d’activité. Ma grand-mère maternelle, paix à son âme, était de 1906 et parlait jusqu’à ces derniers jours des Hispano-Suiza qui la faisait rêver dans ses jeunes années. La marque, aujourd’hui présente dans l’aéronautique, ne fait plus rien pour les voitures. Delhaye, Delage, Avion-voisin etc… Peugeot y était déjà mais c’est un des rares encore là. Et entre nous, sorti de là on se demande si ces diables de sochaliens n’auraient pas dans leurs cartons un truc d’aventurier, s’ils n’auraient pas, par hasard, un truc de fou furieux de 1920 à la sauce 2017, un truc qui nous remettrait les étoiles dans les yeux.

Ces étoiles, je vous conseille vivement d’aller les contempler au musée. C’est un pan de l’histoire de l’automobile mondiale et française sous vos yeux. Une histoire industrielle, une histoire de famille pas toujours simple. Un mix entre des véhicules historiques, des autos de compétition, des concept cars dont l’ensemble vous fait prendre du recul et regarder bien différemment cette marque française. Et comme le décor est délicieusement adapté au contenu, on craque. Peugeot, une marque de grand luxe avant de devenir plus populaire, voire classique et conservatrice et qui semble, à nouveau, portée par un vent d’innovation…

Ce musée, c’est le grand écart permanent, entre l’auto au gazogène, la Papamobile sur base de pick-up 504, la 404 Diesel monoplace des records, les autos d’endurance, de rallye…

Aujourd’hui le musée c’est 6000 m² d’exposition, 120 véhicules visibles (et beaucoup en cours de remise en forme), entre 50.000 et 60.000 visiteurs par an et des collections en cours de restauration. Peugeot affiche d’ailleurs dans le musée et de manière temporaire quelques voitures récupérées « telles quelles » en sortie d’une vieille ferme, encore dans leur jus et dans la rouille.

Quelques infos pratiques pour profiter pleinement de votre visite :

Adultes : 9 € Enfants de 7 à 18 ans : 5 € Enfants de – de 7 ans : gratuit Pack famille (2 adultes + 2 enfants de 7 à 18 ans) : 23 €

La brasserie du musée, ouverte de 12H00 à 14H30 permet de se sustenter avant ou après la visite d’une fine gastronomie locale. Elle fait office de salon de thé pendant l’après-midi également. Elle se présente sous forme d’une terrasse donnant vue sur une partie de la collection du musée, ce qui constitue une délicieuse mise en appétit.

http://www.museepeugeot.com/fr/portail.html

Texte et photos : Benoît Meulin (www.bluedoorprod.fr)