Essai : Mercedes CLS Shooting Brake

// Cet essai – avis sur la Mercedes CLS Shooting Brake a été écrit par Stephan S. , allemand de sang et passionné d’automobile, qui a pu se rendre pour nous à cet événement Mercedes //

Même quand on aime l’automobile avec un A majuscule, quand on rêve plutôt de sculpturales courbes de carrosseries, lorsqu’on passe trois heures au téléphone avec son agence de location  afin d’être sur d’avoir LA voiture qu’on a loué et non une « catégorie équivalente », quand le Mondial de l’Automobile de Paris n’est pas juste un “autre salon Porte de Versailles” mais l’équivalent d’une jubilatoire Keynote pour les religieux de la marque à la Pomme, bref quand 4 roues ne sont pas un moyen de locomotion mais une passion, l’idée d’un break, même allemand, même luxueux ne devrait pas vous transcender.

Sauf que, si je vous dis, Mini Traveller, Volvo 1800 ES, Jensen GT, Reliant Scimitar ou Gilbern Mk II Estate, ou alors, plus récemment, BMW Z3 coupé, vous me dites sûrement « break de chasse ». Et là, le concept devient tout de suite plus ludique.

Le break de chasse, shooting brake (en anglais) ou cette idée (saugrenue ?) de greffer un coffre à un coupé ou une quatre portes. 

La marque qui a donné ces lettres de noblesse à l’exercice est sans surprise britannique, Aston Martin,bien sûr, avec les sublimes DB5 et DB6 Ratford.

Et quand Mercedes vous dit que son CLS, qui présenté en 1994, avait déjà fait tourner quelques têtes avec un design franchement audacieux, se décline à présent en « shooting brake » et bien on trépigne d’impatience de savoir de quoi est faite la bête. Faites donc place au Mercedes CLS Shooting Brake, dernier né de la famille.

Sous le soleil de la Toscane, une douzaine de CLS « shooting brake » nous attendaient sur le parking de l’aeroport de Florence. Des Diesels, avec le 250 CDI (4 en lignes, 204 chevaux, 2143 cm3) et le 350 CDI (V6, 265 chevaux, 2987 cm3) et les essences, avec deux magnifiques CLS 500 et leurs V8 de 408 chevaux qui au démarrage ronronnent comme des grands tigres. (Oui les tigres feulent, mais vous voyez ce que je veux dire).

Nous avons choisi de rouler dans la CLS 350 essence (V6 de 306 chevaux)

Mais revenons sur l’impact visuel du véhicule.

Alors qu’on aurait pu penser que le CLS était unique justement par son design hyper spécifique, le « shooting brake », avec sa ligne très basse, comme « sous tension » est finalement plus impressionnant. Il se dégage de cette voiture un mix d’assurance, de puissance maîtrisée, d’élégance avec un pointe de sportivité, surtout dû aux généreuses galbes latérales.

Si la face avant est très Mercedes, elle se distingue par cette ligne « coupé » élancée, comme prête à lécher le bitume. Mais là où cette voiture impressionne vraiment, c’est quand on se dirige vers l’arrière pour y poser les valises.

Rendre un hayon élégant, distingué et presque aristocratique, c’est bien la pour moi la prouesse principale des designers de la marque à l’étoile. De 3/4, la voiture devient encore plus longue, plus effilée, plus élégante. D’ailleurs, tout au long de notre essai, ce sont les motards qui nous dépassent qui adouberont le design du CLS shooting brake en se retournant quasi systématiquement, allant souvent même à lever un pouce d’appréciation.

L’intérieur est bien celui d’une Mercedes. Si il y a quelques années, la qualité perçue de la finition de la marque était un peu en retrait par rapport à certains concurrents, ce n’est plus le cas aujourd’hui. Nous sommes au volant d’une version toutes options, avec sièges massants, chauffants, rafraichissants et une option assez bluffante avec les sièges multi-contours qui se gonflent d’un côté ou de l’autre de vos côtes en fonction de là où l’on tourne, assez agréable lors d’une conduite un peu sportive.

Le tableau de bord et la console centrale sont claires, l’instrumentation lisible, rien à critiquer, mais rien à applaudir non plus. Je ne suis pas un grand fan de la montre analogue (IWC pour Mercedes) au milieu de la console, mais c’est un détail. C’est précis et net, mais c’est une attente bien légitime pour le futur propriétaire de CLS. En point positif, mais cela vaut pour l’ensemble des nouvelles gammes Mercedes, la relative simplicité du tableau de bord, du système de navigation, climatisation, intuitive même si le conducteur est né avant l’internet et les consoles de jeux… En étant un client, on peut lui reprocher d’être “un peu” trop sobre en comparaison avec un iDrive (BMW) ou MMI (Audi).

La seule chose que je n’ai pas aimé est ce levier de vitesses (automatique) au volant, façon berlines américaines, qui à mon sens est anti-intuitif.

Allez, les présentations sont faites, à nous les routes de Toscane. Je ne suis pas très grand (175 cm) et mon siège est aussi haut que possible, car le capot est plongeant et n’en finit pas. En sortant du parking, les différentes options de la camera de recul sont aussi utiles que rassurantes.

En terme de conduite, c’est à la fois très simple, très souple, très sain. Le V6 est onctueux, la boite automatique parfaite et les petites routes sinueuses autour de Chianti, les cyprès et les vignes ne font que souligner cette impression de sérénité et d’aisance que dégage naturellement ce véhicule pas tout à fait comme les autres. Les reprises sont correctes et permettent de facilement doubler des véhicules en ligne droite mais le souffle des 306 chevaux invite plutôt au cruising qu’aux accélérations intempestives. L’acheteur « type » de ce véhicule ayant autour de 45 ans (selon Mercedes), c’est somme toute assez normal.

Nous nous arrêtons pour changer de conducteur sur le parking d’un de ces nombreux restaurants toscans, imité par une deuxième CLS shooting brake. Sur la terrasse, les deux voitures ne laissent pas indifférents et « notre » CLS, gris mat poudré attire le regard sous un magnifique soleil. A l’invitation d’un couple de touriste, nous ouvrons le hayon pour révéler une des options du CLS qui le rend si différent : l’ample coffre est en effet recouvert d’un plaquage en cerisier du plus bel effet, un clin d’œil aux tous premières Aston en configuration shooting brake ?

On peut tout de même s’inquiéter du risque de rayures de ce bois précieux à force de transporter sac de golf et valises Rimowa. Mais ca peut aussi servir d’excuse parfaite pour ne pas prêter sa voiture pour les déménagements, les visites aux centres horticoles et autres corvées auxquels les conducteurs de break sont soumis… Mais avec une capacité de chargement de 1690 litres avec les sièges rabattus (590 litres de base) les sollicitations risquent d’être nombreuse et permette à la CLS de ne pas pâlir à la comparaison avec des breaks plus classiques (A6 avant, Serie 5 touring).

Evoquons également la banquette arrière, qui est plus une banquette 2+1. Confortable, elle doit sans doute bénéficier d’une meilleure garde au toit que le CLS coupé. On retrouve un habitacle ouvert et spacieux, invitant deux passagers adultes au voyage.

Arrivé à notre étape de midi, petit briefing avec toute l’équipe qui a mis au point le véhicule. On y apprendra quelques infos intéressantes. 
Surprise, le véhicule sera commercialisé en Europe et en Asie, mais pas aux USA, du moins pour l’instant. Dommage il aurait trouvé sa place en concurrent luxe du Cadillac CTS Sports Wagon. Ensuite que le « shooting brake » devait déjà exister lors de la sortie du CLS en 2004 et enfin que la gamme « Edition 1 » qui dispose de quelques options uniques et optimisations moteurs sera disponible uniquement lors des 6 premiers mois de production du véhicule. En termes de prévisions, si Mercedes se refuse a évoquer des objectifs de ventes, ce sont sans surprise les modèles Diesel qui se vendront majoritairement en France.

Enfin, une seconde surprise : Alors que nous devions tester la version AMG seulement sur une boucle de 14 kilomètres, on nous propose de ramener la voiture à Florence, soit une belle étape de presque 100 kilomètres. Invitation qu’on ne refuse évidemment pas.

AMG, c’est la branche Sport chez Mercedes. Dans les entrailles du CLS, un V8 bi-turbo de 525 chevaux (557 sur l’edition 1) qui selon le constructeur, abat le 0 à 100 KM/h en 4,4 secondes… Nous n’avons évidemment pas pu vérifier ces chiffres sur les routes toscanes.
Je suis particulièrement curieux d’essayer ce modèle, ayant déjà conduit la C63 AMG, que j’avais trouvé particulièrement brutale et manquant peut-être un peu de raffinement. Que pouvait donner ce moteur dans ce break à l’élégance distingué et revendiqué ?

L’intérieur est décidemment sportif, des palettes type F1 font leur apparition, la boite auto retrouve sa place centrale, autour d’elle les programmes spécifiques AMG, l’ambiance est carbone & chrome, sans pour autant altérer l’esprit chic du CLS en lui ajoutant même une touche « sexy »…

Quelques détails visuels le démarquent de son frère, avec une face avant différente (cf photos), quelques nervures de plus, des jantes de 19 pouces spécifiques et 4 pots d’échappements dans le plus pur style AMG.

On reste calme, s’installe à bord, et laissons tous les réglages dans le mode le plus civil qu’il soit. Entre la déconnection des différents systèmes de sécurité, d’amortissement et de mode (Normal, Sport, Sport +) la palette d’utilisation est large.

Le V8 démarre, et dire qu’on l’entend est un doux euphémisme. Mais la voiture reste étonnamment civile, facile, presque douce et certainement docile alors que nous descendons prudemment la voie sinueuse du parking.

Arrivé sur la route, mode sport enclenché, on tente un départ arrêté. Voilà le V8 en action et la route défile à une vitesse folle mais sans la brutalité de la C63. Plus tard, sur l’autoroute, cette impression de vélocité plutôt que d’ultra sportivité se verra confirmé, avec un retour de sensations agréables au volant, un châssis évidemment dur quand tous les modes sont en sport mais sans jamais se départir d’un vrai confort d’utilisation. Les puristes de super sportives regretteront sans doute de ne pas entendre (ou presque) le bi-turbo siffler et ne manqueront pas de souligner qu’une M5 break en boite manuelle décrocherait sans peine ce CLS d’un autre type. Egalement manquant à l’appel, le bouton “Launch Control”. Mais c’est bien pour cela qu’on ne compare pas l’Opéra allemand et italien ou le vin blanc et le vin rouge.

Mais il sera difficile de ne pas garer la voiture ce soir là avec un sourire aux lèvres et un léger pincement au cœur, pour à nouveau, prendre les transports en commun. Je ne sais pas si cela vous surprendra .. mais nous nous sommes tous faits arrêter par les carabinieri (pour un simple contrôle devant un policier surpris de voir débouler autant de modèles identiques à la fois).

Mercedes qui ces dernières années avait laissé d’autres constructeurs communiquer sur des modèles dit de niches, enfonce le clou. Après le CLS, la version shooting brake positionne Mercedes sur un marché où la concurrence n’existe pas. Si évidemment les volumes pour ces véhicules ne sont pas significatifs, les bénéfices en termes d’image pour le constructeur à l’étoile sont intéressants et soutiennent leur communication sur le renouvellement de leurs gammes.

Si je devais résumer mon avis sur ce CLS Shooting Brake: c’est une voiture plaisir qui reste raisonnable (je ne parle pas du prix), une voiture qui invite au voyage au long cour et qui ne force pas son conducteur à choisir entre emporter des bagages, ces clubs de golf et cette petite table basse qu’il faut ramener dans le sud chez belle maman.

Une voiture racée, qui fera tourner les têtes, pas forcément à tout le monde, mais à ceux qui savent qu’un break peut-être de chasse.

Nous cédons à une brève minute kéké en vous mettant un court extrait du bruit produit par l’échappement de ce petit :

Mercedes CLS Shooting Brake de 72 420 à … 133 750 euros.

Modèle essayé : CLS Shooting 350 “BlueEfficeny” – Conso moyenne en cycle mixte : 7,4l (on pourra s’amuser un peu du fait que la conso du modèle AMG est annoncée à 10,1l .. et nous avons un peu de mal à croire qu’il soit possible de ne pas appuyer sur la pédale avec ce type de voiture).


 

Fiche technique constructeur du véhicule

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