Qui n’a pas son bus électrique ?

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Les récents épisodes de pollution aux particules semblent pousser aux initiatives d’électrisation des réseaux d’autobus.

Haro sur le diesel ! “Folie française”, “hérésie”, et autres accusations frontales envers les moteurs carburant au gazole se sont multipliées ces dernières semaines, bien aidées par l’épisode de pollution aux particules fines sur un bon quart du territoire et marqué par la multiplication de dispositifs anti-voitures en Île de France, de l’incitation à prendre des transports en commun gratuits pour l’occasion au retour de la circulation alternée lundi 16 mars. Et puisque l’on a compris que l’ennemi était bel et bien le diable moteur thermique, et non les rejets industriels ou les chaudières mal réglées, les régies de transport RATP pour Paris et RTM pour Marseille ainsi que le Breton Vincent Bolloré décident de battre le fer alors qu’il est chaud : pour eux, l’avenir passe par le bus électrique.

Ce n’est pourtant pas faute d’avoir essayé de s’adapter : filtres à particules, norme Euro 5 pour la majeure partie des véhicules en circulation, pièges à NOx avec AdBlue… Pour se faire l’avocat du diable, les autobus et leurs fabricants (Iveco, Evobus, Man, Scania, Volvo ou Solaris pour les plus présents en France) se sont plié aux législations anti-pollution, anti-rejets, voire les ont anticipé afin de pouvoir rester sur ce marché très concurrentiel qui s’adresse aux appels d’offre d’affréteurs publics et de transporteurs privés. Un saut écologique supplémentaire attend les constructeurs s’ils veulent rester en course, le bus 100 % électrique. Or, plus encore que pour l’automobile, l’autonomie et la place des batteries est le principal problème de cette technologie.

A Paris, Pierre Mongin, PdG de la RATP, assure dans un entretien au quotidien Le Monde que son objectif est d’avoir 100 % de bus électrique pour 2025 dans la Régie. Soit, un renouvellement complet (si l’on omet les quelques Oreos 2X qui circulent déjà en zéro-émission à Paris) du parc d’autobus de Paris et de sa petite couronne, soit la bagatelle de plus de 4500 véhicules. Pour ce faire, et parce que le futur commence aujourd’hui, M. Mongin propose d’expérimenter sur 4 lignes existantes du matériel 100 % électrique, via un appel d’offre lancé cette année. On ignore encore quelles sont les lignes envisagées, mais il serait de bon ton qu’elles soient d’une topographie et d’une longueur différente afin de tester les véhicules dans un maximum de situations variées.

M. Mongin ne cache pas la visée quasi messianique d’un tel dessein : “Si Paris est la première destination touristique du monde et que la RATP décide d’éradiquer les bus diesel de son parc, cet engagement sera suivi dans le monde entier“. Encore faut-il que l’expérience soit concluante. C’est pourquoi, prudent, le Président de la RATP propose que 20 % des bus du parc 2025 roulent au gaz, avec des moteurs ayant recours à la méthanisation. L’idée est bonne (le Méthane CH4 est un gaz à effet de serre 20 fois plus nocif que le Dioxyde de Carbone CO2 chassé par le bonus-malus) mais demande à faire ses preuves là encore, d’autant qu’il n’aura échappé à personne que 100 % + 20 % = 120 %. Sauf à vouloir faire circuler davantage de véhicules ou à ouvrir de nouvelles lignes, le compte n’est pas vraiment juste !

A Marseille, on suit le même chemin que celui de la capitale. Alors que Paris déploie des autobus hybrides (Heuliez GX 437 et Man Lion’s City), la RTM a acquis deux Mercedes O530 Citaro Hybrides également qui de l’aveu de Pierre Reboud, son dirigeant, “sont des cobayes : ils sont destinés à familiariser nos mécaniciens avec cette nouvelle technologie qui est plus proches de celle du métro que du bus”. Le soleil n’a d’ailleurs pas tapé sur la tête des Marseillais, qui considèrent cette technologie comme “prometteuse, mais pas encore complètement aboutie“. Eh oui, science sans conscience n’est que ruine de l’âme (et dépenses publiques superfétatoires, à la marge). Cependant, le calendrier Marseillais rejoint l’initiative Parisienne, avec des achats massifs d’autobus électriques pour 2016/2017 ainsi que l’espoir qu’une nouvelle génération de bus hybrides arrive sur le marché dans trois ans, de quoi, à horizon 2026 à peu près (la durée de vie d’un autobus tournant autour de 12 ans) disposer d’un parc non 100 % diesel.

Il est pourtant une ville qui roule avec des autobus quasi conventionnels sans avoir recours au gazole. Il s’agit de Lyon, qui au début des années 70 et avant l’augmentation des tarifs de l’OPEP, n’a pas détruit son réseau de trolleybus. Alors certes, il faut composer avec d’inélégantes perches sur le toit des véhicules ainsi qu’avec une toile de fils électriques à 8 mètres au-dessus du sol, mais le silence et l’absence d’émissions polluantes est un gage de qualité de vie. Une initiative française à mi-chemin entre trolley et bus 100 % électrique est l’Ellisup : nous  avions parlé dans nos colonnes de ce prototype de bus autonome nécessitant un rechargement à chaque terminus de ses batteries.

Reste que sur le marché de la mobilité électrique, un nouvel acteur s’est imposé depuis 3 ans : Vincent Bolloré, via sa société BueSolutions, ses batteries polymères brevetées et ses désormais célèbres Autolib’-BlueCar. Il avait déjà présenté au Mondial de l’Automobile en 2012 une maquette 1/5 d’un éventuel “BlueBus”. Cette fois, le projet est sur des rails… ou presque ! En effet, l’ambition de l’industriel est de proposer l’équivalent d’un tramway sans rails ni caténaires. Entendez, l’équivalent un bus électrique, mais circulant en site propre au niveau des arrêts. Ce “BlueTram” composera en effet avec un système de biberonage : à chaque arrêt, le véhicule en profitera pour recharger ses batteries, de quoi tenir jusqu’à l’arrêt suivant, pour recharger à nouveau jusqu’à l’arrêt suivant, et ainsi de suite. Cela nécessite des batteries à supercapacités, or celles du groupe Bolloré souffrent moins que les autres de recharges intensives (on parle de batteries “chaudes” qui se déchargent vite dès que le véhicule n’est pas branché, même à l’arrêt). Si Singapour devrait être le premier client de ce type de tramway, les appels d’offre parisiens intéressent beaucoup Bolloré.

Vous l’aurez compris, on bruisse d’initiative, comme toujours en France faute de pétrole. Tant mieux pour les poumons qui devraient pouvoir mieux respirer dans quelques années, et tant pis si les autobus actuels sont dans leur grande majorité déjà de bons élèves en matières de dépollution et ne représentent qu’une minorité de la circulation diesel au quotidien. Il faut bien agir… D’ailleurs, la Chine le fait déjà, comme à Dalian où 1200 bus 100 % électriques ont déjà été commandés. Si leur fiabilité est supérieure à celle du parc Indien (110 véhicules en panne sur 3000 achetés !), ils seront une alternative massive aux autobus Z.E. européens. On comprend dès lors mieux la frénésie anti-diesel des transporteurs français : la comparaison peu flatteuse (et disproportionnée) entre les smog de Pékin et Paris a fait jaser la presse internationale ; alors, si demain la Chine devenait le chantre du bon air à respirer, il ne resterait plus grand chose aux villes françaises.

Sources : Le Monde, Mobilicités, Forum Symbioz

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