PSA aime le diesel

Mathilde Lheureux, déléguée à la fiscalité à la direction des affaires publiques du groupe PSA, disait en fin de semaine passée : «  La question de la qualité de l’air est un problème qui concerne le parc ancien, il semble qu’augmenter les taxes et la fiscalité sur le gasoil pour régler une problématique de qualité de l’air n’est absolument pas le bon outil. Cette évolution fiscale enverrait un mauvais signal vers les automobilistes qui utilisent dans les voitures à moteurs diesel les plus récents, lesquels obéissent tous aux normes européennes en vigueur actuellement ». 

Cette déclaration est concomitante à la prise de position du fameux Comité pour la Fiscalité Ecologique en faveur d’une hausse de la taxation du gasoil dans les prochains mois ou prochaines années afin de placer ce carburant sur un pied d’égalité – tarifaire et fiscal – avec le SP95. Cet avis défriche surtout le passage pour les service de Bercy afin que l’on valide cette nouvelle taxe nécessaire aux caisses de l’état puisqu’estimée à environ 7 milliards d’euros .

PSA vient d’ailleurs d’annoncer l’installation sur ses véhicules à moteur diesel du système de Réduction Catalytique Sélective (SCR) dit Blue HDI qui permet aux voitures du groupe automobile français d’être conforme aux normes Euro6 qui entreront en vigueur en 2014. Dans cette optique mais aussi parce qu’il est le plus gros producteur de moteurs diesel en Europe, le constructeur français plaide pour un maintien du prix (ou plus justement de la taxation) du diesel à son niveau actuel.  Par ailleurs Mathilde Lheureux se dit favorable à une étude d’impact destinée à comparer l’ essence et le diesel tout en rappelant que les motorisations fonctionnant au gasoil représentent un certain avantage du point de vue des émissions de CO2 notamment par le simple fait d’une consommation inférieure de 15 à 20 % par rapport à celle des moteurs carburant au Sans Plomb.

Reste quand même deux problèmes :

– Celui de la qualité de l’air avec des émissions de polluants nocifs pour la santé dont les particules fines ( plus de 14 millions de véhicules diesel non équipés de filtre) et les oxydes d’azote (NOx dont le dioxyde d’azote NO2) qui a été particulièrement mis en avant en 2012 par les études d’Airparif.

– Celui du parc automobile français qui est composé de plus de 60% de voitures mazoutées et dont les ventes annuelles sont faites à 72% au moins par des automobiles à moteur diesel.

Ici PSA s’engage dans une sorte de lobbying médiatique en faisant connaitre à tous sa position et indirectement celle de l’état. L’affaire ne sera pas facile pour l’équipe qui gouverne la France quand on sait que le pays est en récession et que l’étude du jour publiée par 60 Millions de consommateurs fait savoir que 79% des Français estiment que leur pouvoir d’achat a baissé en 2012 et 77% s’attendent à ce qu’il diminue encore plus en 2013. Parmi les raisons évoquées, ils citent l’augmentation des impôts et taxes (71,6%) mais aussi la hausse de prix de plusieurs dépenses contraintes comme l’énergie (85,6%), les produits de consommation courante et la nourriture (72,9%) et… le carburant (69,5%) !
Ainsi un peu plus de 25% des français déclarent avoir désormais de plus en plus de mal à joindre les deux bouts en fin de mois (près d’une personne sur deux chez celles gagnant moins de 1.500€ net/mois) et plus 40% des sondés annoncent avoir supprimé certaines dépenses et se priver plus qu’avant… L’automobile en fera t-elle les frais, c’est de l’ordre du probable et cela se matérialise déjà par la baisse du kilométrage moyen annuel ou la diminution du volume des « pleins » à la pompe.
Certains diront aussi qu’aujourd’hui la France importe son gasoil puisqu’elle n’en produit pas assez et qu’en cela elle est dépendante de l’étranger et des importations.

Sans vouloir faire fie de la réalité des problèmes médicaux (quid de la pollution des usines et des chaufferies en zone urbaine ou péri-urbaine ?), il y a fort à parier qu’une augmentation de la fiscalité sur le gasoil pénaliserait les ménages français mais aussi les constructeurs automobiles hexagonaux que sont PSA et Renault qui ont été, ne l’oublions pas, très fortement encouragés à aller vers le diesel il y a plus de 35 ans.

Via PSA, 60 Millions de Consommateurs, LePoint.