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Le marché du roadster, autrefois florissant du temps des charmants petits constructeurs anglais Triumph, MG, Austin-Healey mais également italiens à travers l’Alfa Romeo Spider ou encore la Fiat 124 (ça ne s’invente pas) a dû attendre le début des années 90 pour obtenir un regain d’intérêt. L’apparition de la Mazda MX-5 y était d’ailleurs pour beaucoup. Malheureusement, la tendance fut éphémère et les petits roadsters retombèrent dans l’oubli au milieu des années 2000 où les alternatives allemandes comme l’Audi TT, la BMW Z4 ou la Mercedes SLK ne correspondaient plus tout à fait à l’esprit originel voulu par une clientèle empreinte de légèreté et de capote en toile manuelle. A tel point que même la Mazda MX-5 de 3ème génération (NC) avait pris des kilos récupérant au passage des accessoires encore jamais vus sur un petit roadster (le marché américain dictait alors la conduite du développement du roadster le plus vendu au monde).
2015 a été une année charnière pour ce marché avec l’arrivée sur nos routes de la nouvelle mouture de la MX-5 (ND) qui promettait de faire des émules grâce à une collaboration promise avec le groupe FCA. La rumeur initiale perpétrée par bien des médias promettait la renaissance du défunt Alfa Romeo Spider. Comme vous pouvez le constater (je n’e prendrais sinon pas la peine d’écrire ces quelques lignes), il n’en fut rien ! Ainsi naquit la 124 Spider pour le plus grand bonheur (ou pas) des amateurs du genre.

Température extérieure avoisinant les 25°C à l’ombre et grand soleil en cette fin de matinée, il ne m’en fallait pas moins pour que je devienne tout excité à l’idée d’essayer cette nouvelle 124 Spider. FCA a bien fait les choses en me mettant à disposition un exemplaire à la finition haute Lusso Plus (pour laquelle j’aurais préféré une configuration plus détonante mais passons), équipé de la seule motorisation 1.4 Multiair Turbo de 140 ch, soit 9 de plus que celle de sa cousine nippone.

La voici, dans sa belle robe blanche nacrée largement mise en valeur par le soleil déjà très haut à cette heure de la journée. Petit tour du propriétaire qui met d’ailleurs en exergue dès le début le long capot au nez plongeant de la 124, reprenant le dessin des optiques avant de sa devancière des années 60 tout comme ses nervures de capot si particulières. On retrouve nettement les lignes fines et racées initiées par son illustre ainée à la carrière exemplaire ! En termes de philosophie et de conception, on retombe plus ou moins sur le même véhicule à la différence près que la mouture 2016 a perdu 2 places assises pour un poids quasi-identique (1015 kg). De profil, malgré le décrochement spécifique de la ligne au niveau de la portière, on retrouve néanmoins rapidement d’où provient la base de cette nouvelle venue. La malle arrière est ainsi bien plus haute et courte que celle du modèle original. Enfin, la poupe a été nettement travaillée afin de gommer la moindre trace de design japonais pour apposer deux optiques rectangulaires aux coins arrondis conférant à la 124 Spider un look beaucoup plus doux, beaucoup plus latin. Fiat propose également sur son roadster un contour de parbrise gris argent censé trancher avec le reste de la ligne (ce détail stylistique avait d’ailleurs déjà été inauguré par Mazda avec la MX-5 NC).
En somme, on retrouve un style nettement moins agressif est bien plus typé « GT », balade, que celui de la MX-5 : deux voitures, deux philosophies de vie, et ce sera nettement bien plus marquant au volant comme vous pourrez le constater plus tard.

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Nulle surprise au niveau de l’habitacle, tout est cette fois encore repris de la MX-5 à quelques détails près comme les garnitures de portes, la sellerie ou bien le volant. Toujours pas de boite à gants en face du passager, cette dernière se retrouve entre les deux sièges au niveau des dossiers. Enfin, les tapis de sol sont siglés « 124 Spider ». Mouais…., pas de quoi casser trois pattes à un canard comme on dit. Si vous voulez vraiment vous sentir dans une autre voiture, je ne peux que vous conseiller d’opter pour une sellerie couleur « tabac » du plus bel effet. En effet, ma configuration blanche intérieur noir me laisse bien évidemment sur ma faim et ne me permet pas d’apprécier pleinement le côté italien de cette charmante nouvelle venue sur le petit marché des roadsters.

À quoi ressemble le client type acheteur de ce type de voiture d’ailleurs ? Selon une étude menée par FCA, il s’agirait bien souvent d’hommes au pouvoir d’achat conséquent, célibataire, la cinquantaine et empreint d’une certaine légèreté dans son mode de vie, désolé 007, mais jusqu’à preuve du contraire, on ne vit qu’une fois ! C’est dans cette manière de vivre un peu « Yolo » (You Only Live Once) qu’un acheteur potentiel se transforme en client satisfait, prêt à siffler les jolies filles sur la Croisette coude à la portière, coiffure tirée à quatre épingles, lunettes de soleil clinquantes sur le nez et jolie montre au poignet.

Je suis bien loin de la cinquantaine, pouvoir d’achat proche de zéro et vie plutôt……..agitée (ah ! J’ai au moins ça qui correspond !). Toujours est-il que c’est bien moi qui ait été désigné pour l’essai de ce nouveau petit roadster, je vais faire de mon mieux pour transmettre mes impressions auprès de la future clientèle visée ci-dessus (n’hésitez pas à vous manifester si vous en faites partie !).

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La première étape de notre essai sera plutôt courte vu que l’objectif est de rejoindre…le restaurant ! 6 petits kilomètres nous séparent de ce dernier et de l’océan, il y a pire pour commencer la journée. Prise en main plutôt sans surprise, la position de conduite est agréable et tout à fait identique à celle de la MX-5 à deux différences près : on se sent plus « enveloppé » que dans cette dernière et le long capot nervuré non incliné donne l’impression de conduire une voiture au gabarit bien plus imposant, on pourrait presque ainsi se sentir en sécurité à côté des gros SUV qui gagnent de plus en plus de terrain dans notre parc automobile national. La majeure partie du trajet est effectuée en ville ce qui nous laisse apprécier les qualités de vie d’une auto qui pourra sûrement être utilisée au quotidien par bien des acquéreurs. La direction est d’une souplesse exemplaire tandis que la suspension plus douce que celle de sa soeur absorbe mieux les petites imperfections de la route si redoutables pour votre dos et votre fessier : une note de kiné en moins, ça fait une option en plus au bon de commande !
Une fois rassasiés, nous nous dirigeons vers les autos, prêts à dévorer l’asphalte des départementales environnantes soigneusement sélectionnées par Fiat. L’itinéraire n’a pas dû convenir à la 124 Spider puisque que le système GPS (hérité pourtant de la Mazda MX-5) nous a perdu une bonne dizaine de fois indiquant des routes à emprunter à sens interdit voire inexistantes ! Se retrouver en Espagne avec un road-book exclusivement composé de routes françaises ça fait tout drôle… Malgré ces quelques ratés, on retrouve néanmoins les petites astuces du système multimédia Mazda tactile à l’arrêt et manipulable via quelques touches lorsque vous roulez, plutôt bien pensé et même très  pratique ! Comme dit plus haut, nulle autre surprise à l’intérieur : c’est vraiment du déjà vu.

Intéressons nous plutôt à la conduite puisque c’est là le plus grand changement apporté à cette auto pour lui conférer sa propre personnalité. Contrairement à la MX-5, la 124 Spider est elle dotée d’une motorisation Turbo. Fini l’atmosphérique où vous devez aller chercher la puissance dans les tours, ici c’est du bas régime ! Et la personnalité du roadster s’en trouve métamorphosée : vous retrouvez l’effet « coup de pied au cul » à l’accélération que certains passionnés ne peuvent dissocier d’une petite voiture plaisir, elle surprendra ainsi beaucoup moins la clientèle habituée aux tractions, « hot hatchbacks » comme les appellent si bien les anglais. Les anti-turbo, passez votre chemin, le bruit de ce dernier étant vraiment très présent. Mais si vous savez, ce petit « pssshht » caractéristique à chaque relâche de la pédale d’accélérateur ou bien à chaque changement de rapport. La boîte manuelle 6 est d’ailleurs d’une douceur elle aussi exemplaire, facilité d’utilisation de mise : les rapports tombent naturellement sous la main à tel point que rétrograder devient un véritable plaisir, en plus du regain de dynamisme du 1.4 Turbo bien évidemment !

Durant ces deux jours de découverte, nous n’aurons pas une seule fois emprunté l’autoroute et c’est tant mieux. Quoi de mieux que de belles petites routes de campagne sous le soleil pour que la 124 Spider puisse s’exprimer pleinement ? Rien je vous assure. À un seul détail prêt : malgré le caractère sportif de l’auto et après quelques enchaînements de virages à rythme soutenu, vous vous rendrez vite compte que le nerf de ce petit roadster, c’est la balade cheveux au vent ! Il vous est bien entendu possible de vous amuser et de titiller le talon-pointe pour des sensations que seul ce type de voiture peut vous procurer. Je me souviens d’un local en 308 GTI (première du nom) qui prenait un malin plaisir à me coller l’arrière-train (la plaque minéralogique 78 devait lui déplaire), il ne m’en a pas fallu plus pour me motiver à pousser la 124 dans ses retranchements dans un enchaînement d’épingles où la propulsion a bien plus fait la différence que la puissance, heureusement pour moi !
On pourrait lui reprocher un petit manque de précision au niveau du train avant que j’ai trouvé un poil difficile à sentir tout au long de cette portion rapide, la suspension n’est en revanche pas aussi souple que ce à quoi j’aurais pu m’attendre ce qui est plutôt une bonne nouvelle, les sièges n’étant pas d’un maintien latéral exemplaire, vous ne serez en revanche pas trop ballottés par un amortissement trop appuyé.
Je le répète en revanche, toute cette agitation n’est pas là sa vocation première, attendons plutôt la version Abarth pour nous refaire un avis sur la question.
Si cruiser à l’air libre, accompagné de vos titres musicaux préférés, seul ou à deux est votre dada, la 124 Spider vous apportera pleine satisfaction. Et tant pis pour les mauvaises langues qui vous diront que 140 ch, ce n’est pas assez ! Avec une masse contenue autour de la tonne, sa seule rivale du moment est, vous ne l’aurez que trop compris, la MX-5 ! Les roadsters allemands s’adressent je le pense, à une toute autre clientèle.
Cela s’en ressent également au niveau du prix contenu à moins de 32 000 € en finition Lusso Plus avec toutes les options possibles, Fiat ayant pris le parti de proposer très peu d’options et uniquement des packs disponibles sur les 3 niveaux de finition. À ce prix, vous en aurez définitivement pour votre argent.

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En fin de compte, je n’ai toujours pas attaqué le point principal de cette découverte sous le soleil : la 124 Spider, véritable italienne ou sushi bolognaise ? Un peu des deux. Le style évoque sans aucun doute nettement celui de sa devancière, de profil l’origine de la base commune reste en revanche très marquée. Le 1.4 Multiair change en revanche totalement la perception que vous avez de la voiture. Les rapports se passent plus tôt, les accélérations franches ne se font pas au même moment, vous abordez les virages différemment, bref un style de conduite propre à la douceur de vivre lui convient bien mieux. Et c’est ce petit côté « dolce vita » qui marque le retour de l’Italie sur le marché des roadsters. Optez pour une configuration latine (j’entends par là au minimum un intérieur tabac) et l’illusion sera totale.
Pour le mot de la fin, un petit détail qui montre malgré tout, que la 124 ne pourra vraiment pas cacher ses origines. Mais quoi de mieux que de prendre une base existante reconnue pour en faire un nouveau modèle ? Le cocktail sera presque à coup sûr, réussi !

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Mes plus vifs remerciements à Fiat pour l’invitation.

Crédits Photos : Ancelin Schoenhentz

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