Le temps passe toujours très vite, même en Suisse où il n’y a pourtant pas le feu au lac, si bien que nous voila déjà presque au terme de cette 84e édition du salon international de l’automobile de Genève. L’occasion pour nous de vous livrer nos impressions, sensations, coups de cœur, coups de gueule sur cette édition 2014.

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L’avis d’Eddy P.

Le salon de Genève c’est le salon européen qu’il est possible de faire en une journée, on est bien loin de la démesure de Francfort et quelque part on ne le regrette pas. Mais cette année le « plus petit » des grands salons européens avait vraiment mis l’accent sur… les petites justement, une véritable déferlante : Peugeot 108, Citroën C1, Toyota Aygo et Twingo III en tout premier lieu mais également en vrac, Opel Adam, Fiat 500 2014, Fiat Panda Cross, Jeep Renegade, Lancia Ypsilon, Audi S1, Volkswagen Polo, Nissan Juke, nouvelle Mini, Suzuki Celerio, Mazda Hazumi concept… à croire qu’on avait interdit aux constructeurs de venir avec des véhicules de plus de 4 mètres… Il va de soi que j’exagère un tantinet car on pouvait trouver bien autre chose que des citadines à Genève, il n’empêche qu’il s’agit à mon sens d’une tendance lourde de ce salon et que la bataille commerciale à venir entre ces véhicules s’annonce particulièrement sauvage car si le marché est important il n’est pas forcément extensible à l’infini et certain y perdront nécessairement des plumes.
Genève c’est aussi un salon très haut de gamme où les marques de luxe côtoient les prestigieux carrossiers mais aussi, hélas, les dramatiques préparateurs où le mauvais goût le plus sûr tutoie les plus hauts sommets… ou plutôt les profondeurs les plus abyssales. La juxtaposition immédiate des magnifiques productions des marques premiums ou de sport comme Mercedes ou Lamborghini (pour ne citer qu’elles) et les dérivés que des entreprises comme Binz (un nom qui ne s’invente pas) proposent sont pour moi parfois difficile à digérer… Mais rassurez vous je me soigne.
DSC_3525-19-232Une petite pensée émue pour la Ford Mondéo qui poursuit sa très longue, très pénible et surtout très interminable phase de présentation européenne en usant ses gommes sur les moquettes et sa peinture sous les projecteurs avant de terminer par mon coup de cœur personnel, un coup de coeur qui porte une étoile et se nomme Classe C. Le seul problème est que je n’arrive pas vraiment à savoir pourquoi elle me séduit car à chaque fois que j’en parle c’est pour la critiquer, trop proche d’une Classe S, ultra bourgeoise, assez nettement bling bling, avec une console centrale envahissante, un pseudo iPad mal intégré, des phares un peu trop globuleux, un arrière tronqué un peu tombant, un profil un peu déséquilibré, une piètre habitabilité et un prix qui donne de l’urticaire avant même d’avoir commencer à consulter la vertigineuse liste des options… Bref, j’adore cette bagnole !

L’avis d’Eric E.

Genève est un salon assez attachant et pas comme les autres. Il mêle l’importance des grands salons internationaux avec la caractéristique qui sied si bien aux suisses : la neutralité. Personne n’y joue vraiment à domicile et on y trouve un équilibre des rapports de forces entre constructeurs assez particulier. Cette édition ne déroge pas à la règle et y apporte un très intéressant flot de nouveautés. Ce que j’en retiens ? C’est avant tout la présentation des triplées PSA-Toyota. Parce qu’elles font un bond substantiel par rapport à celles qu’elles remplacent ? Parce qu’elles démocratisent des prestations encore rares sur le segment A généraliste (ADML, écran tactile, large canvas top, caméra de recul, sièges chauffants…) ? Parce que leurs styles respectifs réussissent le tour de force d’être fort distincts et emprunts des gênes de leurs marques spécifiques en dépit d’une large communauté des pièces ? Sans doute un peu. Mais certainement parce que j’ai fait partie de la formidable équipe qui a travaillé dessus avant de changer d’horizon. Alors peut-on être juge et parti du projet ? Et dire que je parlais de neutralité au sujet de Genève… Quoi qu’il en soit, ce n’est pas tous les jours que l’on assiste à la naissance de trois voitures qui m’ont occupé durant plusieurs mois, j’espère qu’elles vous plairont et que vous succomberez à leur immense toit ouvrant en toile. Après le carnet des naissances, c’est au tour des décès : avec seulement quatre Lancia Ypsilon sur un coin de stand et aucune conférence de presse, c’est à la triste fin d’une des marques automobiles les plus emblématiques de l’Histoire que l’on assiste. La faute à une inconsistance chronique de stratégie industrielle et commerciale depuis 20 ans, la faute à des investissements trop limités ? Certainement. La crise actuelle aura été fatale à Lancia qui, après Rover et Saab, ira nourrir les chrysanthèmes. Pendant ce temps, Qoros, fier de ses 5 étoiles au test Euro NCAP, est venu à Genève en sérieux challenger des marques établies. Il se murmure qu’une partie du réseau Alfa et Lancia, lassé d’être privé de nouveaux produits, se laisserait tenter par le plus occidental des constructeurs chinois. Enfin, si l’occasion se présente, je vous recommande chaudement la visite du salon genevois, sans doute ma préférée des grandes messes automobiles européennes.

L’avis de François Mortier

Petit salon, mais grande édition, en termes d’importance des nouveautés. Quatre constructeurs renouvellent leur offre de segment A, pas le plus enthousiasmant pour le fan d’automobile, mais d’une importance cruciale pour l’équilibre économique et statistique (rejets de CO2 globaux par gamme) des marques. Et malgré la morosité, ces véhicules pourraient bien être un petit rayon de soleil : toits ouvrants en toile, couleurs assumées, jovialité esthétique, les triplettes et la Twingo (avant l’arrivée de la Smart ForFour) veulent plus que jamais plaire.
Atypique, en terrain neutre, le salon de Genève permet aisément de (presque) tout voir en une journée. Et l’on se rend compte de l’hybridation des gammes proposées par les constructeurs : BMW sort un monospace, Jeep un mini SUV, Citroën se sépare concrètement entre DS 5LS et C4 Cactus, Renault révolutionne sa Twingo… Mais les fondamentaux sont aussi conservés : le luxe avec les différents manufacturiers de très haut luxe, les quartiers des marques des groupes VW, GM, FCA. Genève est un salon (presque) comme les autres, mais sa petite taille et sa tenue en Suisse permettent de faire ressortir à parts égales les stratégies de gamme/de groupe poursuivies par les constructeurs et les grandes tendances de l’industrie automobile.

L’avis de Jean-Baptiste Passieux

C’était la première fois que je visitais un salon en dehors de Paris ! Et ça s’est joué à la dernière minute : sans l’invitation d’Audi (merci Audi !), je n’aurais eu ni le courage ni les sous pour l’aller-retour Paris/Genève (les joies de la vie d’étudiant). Première impression à mon arrivée : la compacité du salon. Un grand hall, ininterrompu sur toute la longueur, et c’est tout ! Un tour rapide, en allant voir l’essentiel des nouveautés, ne vous prendra qu’entre 2 et 3 heures… Nouveautés, d’ailleurs, parlons-en : chez Audi, si la nouvelle TT m’a laissé assez froid (trop proche à mon goût de l’actuelle), la nouvelle S1 m’a nettement plus mis en appétit ! A revoir très vite !

Côté concepts-cars / voitures de rêve, ma préférée va bien évidemment au Volvo Concept Estate, absolument sublime, d’autant plus que l’auto semble industrialisable sans trop renier cette ligne à tomber… Rêvons, les enfants, rêvons. Sinon, la 911 Targa est aussi belle en vrai qu’en photo, la Koenigsegg One:1 est monstrueusement impressionnante tandis que les McLaren 650S et Ferrari California T rendant mieux sous les spotlights que sur les photos officielles. Petite déception ? Sans doute pour la Pagani Revolución : trop, c’est trop. La voiture, avec toutes ses ailettes aérodynamiques et sa couleur pas franchement classieuse, pourrait sortir d’un atelier d’un (mauvais) préparateur. Non, l’Huayra la surpasse sans aucun souci.

Mais le Salon de Genève 2014 ne serait pas le Salon de Genève 2014 sans sa bataille rangée au rayon citadines, avec, d’un côté, les triplettes Citroën C1 / Peugeot 108 / Toyota Aygo et, de l’autre, la nouvelle Renault Twingo. And the winner is… La Twingo ! Plus joviale, plus fraîche et plus sympathique que les 108 & co, elle correspond mieux à mon idée des citadines. Attention, je ne crache pas sur les 3 autres : j’avoue avoir été surpris par la C1, qui rend nettement mieux en vrai. La 108 m’a laissé plus froid, sans doute dû au fait qu’elle soit, de l’aveu même de Peugeot, plus destinée à une clientèle féminine. L’Aygo…euh…est spéciale.

Concernant les stands, déception avec celui de Smart, qui reprend l’idée d’un parking, rendant les 2/3 des voitures inaccessibles (ou seulement d’un seul côté), sans compter certaines combinaisons de couleur pas franchement jojo (le mauve/intérieur mauve est encore imprimé au fond de ma rétine). Déception aussi concernant la remise du fameux « press kit » : de plus en plus de marques, au lieu de vous remettre une clé USB ou un dossier complet, se contentent de vous indiquer une adresse internet où les communiqués sont à télécharger… Ca gâche un peu tout, et c’est encore pire lorsque ce sont des marques aux confortables profits qui font ce genre de chose. Enfin bref.

Et voilà, Genève c’est déjà fini pour moi, rendez-vous maintenant en Octobre, Porte de Versailles !

L’avis de Khalil

En ce qui me concerne, j’ai visité le salon de Genève le Jeudi 6 Mars et voici mon ressenti.
Concernant les 3 constructeurs Français, c’est un sans faute. Les stands étaient bien agencé, plusieurs modèles de voiture présents et facilement accessible.
Pour les marques de luxe (Rolls, Ferrari, Lamborghini, Aston Martin), c’est simple, je n’ai touché qu’avec mes yeux.
A contrario, Porsche a fait des efforts, j’ai pu approcher la 911 Targa, le Macan, la Panamera…
Il y a une poignée de stands pour lesquels je n’ai fait que passer (Lancia, Dacia, Opel) tellement ils étaient peu attrayant.
Mercedes m’a épaté avec les classes S Berline et coupé (surtout la classe S coupé blanche), bien mise en avant tout comme la Classe C. De plus, à l’arrière du stand, une distribution de boisson a été organisée, ce qui m’a fait un bien fou vu que j’avais super soif (les organisateurs du salon peuvent faire des économies d’énergies, il fait super chaud).
BMW a su mettre en avant son fameux M3 et M4, placé un peu en retrait des autres modèles mais qui bizarrement attiraient le plus grand monde. Petite déception tout de même pour l’Active Tourer qui n’a pas su trouver sa place (à mon avis), difficilement accessible et n’a pas su susciter la curiosité des visiteurs donc très peu de photos prises.
Pour Audi, c’est clair c’est net, mais sans plus. Tout comme Skoda.
Seat et Volkswagen ont été plus malin, ils ont su mettre presque côte à côte la Golf GTI, la Golf R et la Leon Cupra. On peut ainsi facilement comparer visuellement ces 3 modèles.
Pour finir, mon stand préféré fut celui de Volvo. Un stand en bois : c’est une idée très originale qui m’a directement fait penser à Ikea (pas vous ?). Je ne sais pas pourquoi mais une impression de chic, de robustesse, de style et de design se dégageait de ce stand. L’idée de présenter des concepts cars (très jolis d’ailleurs) mêlés à une ancienne Volvo est très bonne. On voit clairement le passé de la marque et où elle souhaite arriver dans un futur proche.

L’avis de Romain Bresadola

Mes coups de cœur :

– dans la catégorie « accessible » : je dois avouer que le restylage de la Ford Focus m’a beaucoup plu. Sans être spécialement révolutionnaire, ce nouveau design avec une calandre façon Aston Martin apporte un sacré coup de jeune à la compacte de Ford, bien utile pour faire face à la concurrence féroce, notamment française avec bien sûr la nouvelle Peugeot 308 mais aussi la Renault Mégane (elle aussi récemment passée par la case repoudrage de mi-carrière). A l’intérieur, la qualité n’atteint pas encore les niveaux des Golf ou 308, mais l’ergonomie retravaillée et les quelques ajustements cosmétiques permettent de faire nettement progresser la qualité perçue. De quoi lui permettre de continuer sa brillante carrière sereinement, car n’oublions pas qu’elle a été la voiture la plus vendue dans le monde entier en 2013 !

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– dans la catégorie « un peu moins accessible » : l’Alfa Romeo 4C Spider. Alors oui, c’est un concept… ou pas ! En effet, l’auto est bel est bien prévue pour début 2015 et sera identique au modèle présenté au salon. Outre le toit amovible, le gros changement par rapport à la 4C que l’on connait déjà, ce sont les phares revus et corrigés qui transfigurent l’avant de l’auto. Très critiqués lors de la présentation du coupé, ils arborent désormais un traitement plus classique mais autrement plus esthétique rendant cette mini supercar encore plus désirable. Ajoutez à cela une nouvel échappement central, et vous obtenez la voiture parfaite…ou presque ! Un petit effort sur la présentation intérieure ne serait pas de refus ! Pour Genève 2015 ?

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– dans la catégorie « pas du tout accessible » : la Mercedes Classe S coupé. C’est un gros, un énorme, un luxueux, un beau, un confortable, un technologique, un spectaculaire, un puissant coupé… Les adjectifs manquent tant cette auto regorge de tout ce qui se fait de mieux aujourd’hui en matière d’automobile. Des cristaux Svarowski dans les phares, une suspension pneumatique qui incline l’auto dans les virages, des sièges massants/chauffants/canapéesques, un design quasi sans faute (la barre chromée entre les feux arrière n’était peut-être pas nécessaire…). Pas grand chose à redire sur celle qui risque de faire fureur devant les palaces du monde entier. Au fait, c’est quand qu’on l’essaie ?

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Le coup de gueule : il sera contre la 458 Italia « Katyusha » de Nimrod Performance. Comment peut-on oser faire subir ça à une voiture, encore plus lorsqu’il s’agit du Ferrari ? Du tuning light, pourquoi pas (et encore…), mais ici le niveau est digne des pires répliques imaginées et conçues par les apprentis carrossiers Ouzbèkes dont regorge le web. L’une des plus laides autos du salon, assurément !

Enfin, mon choix parmi les nouvelles mini-citadines (qui ont donné lieu à de rudes affrontements au sein de la rédaction) : and the winner is….the Peugeot 108 !

La plus classe à mon gout des 3 triplettes de TPCA, et face à une Twingo 3 avec laquelle j’ai un toujours peu de mal, malgré le changement audacieux d’architecture (moteur arrière et propulsion).

Crédit photos : Romuald Terranova, Ugo Missana, Eric E., Eddy P., Romain Bresadola