sergio marchionne s'en voit avec le rachat de Chrysler

Certains verront le verre à moitié plein, d’autres le verre à moitié vide mais une chose est sure, en ce début août 2013, rien est tranché entre Veba et Fiat SpA au sujet de la valorisation des actions Chrysler détenues par le fonds de pension qui gère les actions appartenant à l’UAW.

Chez Fiat et les fiatistes on dit que c’est une demie victoire mais force est de constater que la décision rendue par le juge Donald Parsons de la cour du Delaware risque de ralentir le projet de fusion Fiat-Chrysler par Sergio Marchionne. S’il estime que Fiat a raison sur la valeur des actions définies par contrat, il précise que le fonds Veba n’est pas obligé de les vendre. Fiat se félicite aussi que le tribunal arbitral lui ait donné raison pour une partie de son argumentation, c’est à dire la validité de sa Call Option obtenue en juin 2009 au moment de la reprise de Chrysler. La justice n’a toutefois pas ordonné à Veba de vendre 54.154 actions Chrysler pour la somme de 139.7 millions de dollars comme le réclamait le constructeur italien.
Chez les autres, on met en avant le fait que le juge ait renoncé à trancher la question de la valorisation des 41,5 % de Chrysler encore détenus par le fonds Veba du syndicat UAW (United Auto Workers) et ainsi il renvoie les deux parties devant la justice pour tous les autres aspects de l’affaire !

Le coeur du problème est bien la valorisation de Chrysler. L’UAW, au travers du fonds Veba, valorise ses 41,5 % du constructeur américain entre 5 et 6 milliards de dollars alors que l’italien Fiat se base plutôt sur un « prezzo massimo » de 3 milliards de dollars. On est ainsi dans une fourchette qui va du simple au double. Le fonds Veba peut aussi s’appuyer depuis quelques jours sur les annonces faites par des économistes et analystes financiers américains qui n’hésitent pas à dire que Chrysler peut être valorisé jusqu’à hauteur de plus de 8 milliards !

Le Juge D.Parsons de poursuivre et d’expliquer que Fiat a réussi à démontrer certaines de ses positions, mais pas  la totalité et il serait donc prématuré de passer à une injonction ordonnant la vente des actions détenues par l’UAW. Le juge estime aussi que ce n’est pas à lui de se prononcer sur la position de Veba qui assure que la proposition faite par le groupe italien transgresserait la réglementation américaine sur les retraites (propos confirmés par des experts).

Si les deux parties ne trouvent pas dans les deux ou trois prochains mois d’accord à l’amiable, l’affaire pourrait durer encore longtemps et les spécialistes américains estiment qu’il faudrait au minimum 12 à 18 mois supplémentaires pour parvenir à un accord dans le cadre d’une procédure judiciaire. Dans les faits, si la situation devait en rester là pour les 18 prochains mois, soit Sergio Marchionne lâche du lest et s’approche des souhaits du fonds de retraite, soit Veba garde ses actions mais condamne Fiat à tirer un trait sur le cash disponible dans les caisses du constructeur américain jusqu’en 2015 au minimum.
Reste enfin une alternative qu’on ne veut pas envisager chez Fiat, ce serait que l’UAW vende l’intégralité de sa participation (41.5%) au plus offrant sur le marché à travers une cotation boursière de Chrysler voulue par l’administrateur délégué et là, il sera difficile pour le groupe turinois de monter à 100% du capital de Chrysler.

Ne perdons enfin pas de vue le fait que si Fiat monte par à coup au capital et disposera peut être dans peu de temps de 68.5% du constructeur d’Auburn Hills (deux nouvelles options d’achat de 3.3% ont été exercées), Fiat n’a réellement payé que ce qui est au delà des 50% « donnés » par l’état américain !

Une affaire italo-américaine à suivre.

Via Reuters, LaPresse.ca, LesEchos.