Quand un ami vous dit : tiens, j’ai trouvé une 911 GT3 RS, ça te dirait de l’essayer vite fait un jour ? Vous pouvez réagir de 3 façons :

  1. ça m’est égal, moi j’aime que les Ferrari ;
  2. le traiter de mythomane compulsif ;
  3. poser un RTT en pleine période de neige pour aller tester des pneus pas neige du tout.

Bizarrement, c’est la réponse 3 qui fut la mienne, on se demande bien pourquoi…

La Porsche 911 GT3 RS, c’est une longue tradition chez le constructeur souabe, remontant à 1973 et à la plus que mythique 2,7 RS à queue de canard. Ont suivi la 3,0 RS, les 964 et 993 Carrera RS et les 996 et 997 GT3 RS (phase 1 et 2 pour cette dernière). La génération 991 n’aura pas fait exception et je me retrouve donc, dans un premier temps, dans le baquet passager d’une phase 1 couleur Ultraviolet, optionnelle (oui comme le Orange Fusion ; de série, c’était Blanc ou Argent GT). Elle dispose également des mats d’aileron noirs, de jantes noires et de discrets stickers Porsche sur les flancs et le capot. Si l’ultraviolet me séduit largement, j’aurais préféré jantes argent et mats argent mais on ne peut pas partager 100% des goûts de ses amis, n’est-ce pas ?

Côté moteur, la 911 GT3 RS type 991 dispose d’un 4 litres de 500ch, comme la sensationnelle 997 GT3 RS 4.0. Tout comme, sauf que ce n’est pas du tout le même bloc, celui-ci étant issu simplement d’une évolution du 3,8 litres de la 991 GT3 pour grappiller 25 chevaux. On a donc un flat-6 au son si particulier, qui respire seul pour notre plus grand bonheur et monte à 8 850 tr/min. 3,3 secondes pour atteindre 100 km/h et 310 en pointe, nous n’irons pas tester aujourd’hui, les conditions ne s’y prêtent guère. Même passager, on sent les pneus subir le revêtement trop froid et trop humide lors des sollicitations franches. La voiture aime le sec et la chaleur.

Ce premier round permet de lever rapidement une certaine crainte à voyager dans une voiture dont la conception n’a qu’une seule obsession : l’efficacité sur circuit. Eh bien non, l’habitacle n’est pas si spartiate et le confort est tout à fait acceptable, permettant d’envisager à peu près n’importe quelle destination. Seul le volume sonore peut fatiguer à la longue mais votre dos n’aura pas été détruit par le moindre joint de la route. Vous aurez en revanche pu compter chaque gravillon qui viendra s’écraser dans les passages de roue, ça résonne !

Les baquets sont ici ceux de la 918 Spyder (option, sublimes), le garnissage est cuir / alcantara avec surpiqures gris clair. Ce n’est pas le plus spectaculaire mais c’est sobre et propre, rehaussé par les inserts carbone tout à fait dans le ton. C’est bien sur plutôt dépouillé, il a fallu gagner du poids mais l’arceau a bien été conservé sur cet exemplaire. Il était amovible sur option pour dégager de l’espace à l’arrière, bien pratique lorsque l’on se déplace sur le weekend.

Il est temps de prendre le volant pour se faire une brève idée des capacités de l’auto. La position de conduite est basse et les proportions de la voiture ne sont pas faciles à appréhender : très large, rayon de braquage ridiculement grand, embrayage pas fan des manoeuvres à basse vitesse, la 911 GT3 RS n’est pas une citadine. On s’en doutait me direz-vous… Toutefois, l’aileron ne gène pas trop la visibilité arrière, petite satisfaction.

La réponse de l’accélérateur est immédiate, le moteur hurle son plaisir et propulse la 911 en avant avec une rage qui forme un petit sourire sur votre bouche, involontaire mais tellement justifié. Ça gronde, ça siffle, ça respire et ça recommence à la moindre sollicitation des palettes cachées derrière le volant (un peu petites à l’usage, faut sûrement s’habituer). La direction est légère mais précise, le train avant répond à la moindre variation d’angle pour une inscription en virage impeccable. Compte tenu des conditions, il faut une certaine réserve pour ne pas saturer les pneus arrières qui n’arrivent pas à monter en température. On prend quand même un plaisir immense à enchaîner les virages, à rétrograder pour dépasser les déplaçoirs SUV en une fraction de seconde : les reprises sont meilleures que celle d’une Carrera GT. La boîte PDK vous fait oublier l’existence même d’une latence au changement de rapport, que ce soit en mode manuel ou automatique pour cruiser.

En forme de conclusion, la 911 GT3 RS est évidemment une formidable machine dont je n’ai pu qu’entrevoir les capacités sur des routes qui ne sont pas son terrain de jeu favori. On imagine toutefois aisément ce qu’elle serait capable de donner sur le lisse revêtement d’un circuit baigné de soleil. Là où elle m’a véritablement surpris, c’est dans son caractère hautement civilisé. Je peux comparer avec la 997 GT3, bien plus bestiale et la 991 Turbo, bien plus civilisée : je n’aurais pas parié sur cette hiérarchie dans le hard mode. Ma préférence ira toujours à la Turbo, étant naturellement plus attiré par les GT que par les pistardes. La polyvalence absolue de la Turbo est un sommet de raisonnable passion. Mais la GT3 RS m’aura fait douter et ce n’était pas gagné d’avance. Son succès incroyable, entre 4500 et 6000 exemplaires produits, bien loin des standards habituels, s’explique donc tout simplement par une capacité à rendre acceptable une voiture de course. Bluffant.

Remerciements chaleureux à l’actuel propriétaire de cette merveille !

Crédit photos : Pierre Clémence