Dimanche dernier, à l’heure de l’Angélus, avait lieu un tournage sur l’avenue Victoriei à Bucarest. Coutumier des événements mondains, Blog Automobile était naturellement invité, pensez-vous ? Non, on passait juste par là… Au vu de la quantité de Twizy, il y a des chances pour que Renault soit derrière tout ça. Alors autant s’attarder (mais pas trop) sur le vrai centre d’intérêt du plateau : le Barkas B1000.

Ostalgie, quand tu nous tiens : ce charmant véhicule utilitaire, nous vient ainsi de République Démocratique Allemande (mettons l’emphase sur « démocratique »), plus précisément de Karl-Marx-Stadt, vous vous doutez que la municipalité était communiste… La ville a repris son nom de Chemnitz après la Réunification allemande, ceci dit. Produit entre 1961 et 1991, le Barkas B1000 figure, au même titre que les Trabant et Wartburg, au rang de symbole du temps où la Stasi pouvait tout écouter, de l’éphémère vie d’un dissident est-allemand aux moindres craquements de doigts de Willy Brandt.

Mécaniquement, le B1000 est étroitement lié aux Warburg contemporaines : les deux véhicules partagent notamment leur moteur, un 3 cylindres deux temps de 45 chevaux. En 1988, le moteur sera remplacé par un 1300 cm3 d’origine VW (fabriqué sous licence), les Wartburg en profiteront au même moment avant de s’éteindre toutes deux en 1991, dépassées par les productions de l’Ouest et rejetées par les anciens Ossis. Les versions motorisées par le moteur 4 temps seront poétiquement baptisées B1000/1. Un total de 175 740 B1000 et 1 961 B1000/1 a été produit durant les 30 années de fabrication.

Avant de verser dans le mépris auquel ont droit les voitures de l’ex URSS et des différents satellites, il faut mettre les points sur les i et les Umlaut sur les Ä : placé dans le contexte de 1961, l’utilitaire Barkas n’est pas obsolète, loin s’en faut : avec son architecture de traction à moteur avant, il permettait de dégager une surface de chargement plane et exploitable là où son homologue de RFA, le VW Transporter ne pouvait rivaliser. Côté liaisons au sol, la voiture reposait sur des suspensions à bras tirés tandis qu’un Ford Transit de l’époque vous gratifiait de deux essieux rigides doublés de ressorts à lames. Comme quoi, le B1000 était loin d’être ridicule… A son lancement. Mais comme toute production est-allemande, cet utilitaire exige avant tout une certaine patience. La file d’attente, à l’image des Trabant est dramatiquement longue, la clientèle devant parfois attendre entre 10 et 14 ans pour être livrée. Un autre monde.

 

 

 

 

 

Dans la mesure où le B1000 était un des rares véhicules utilitaires de la sorte à être proposé sur le marché est-allemand, il a été décliné dans de nombreuses silhouettes : combi 8 places, utilitaire, versions ambulances ou pompiers, châssis-cabine, panel van… La Stasi aura bien évidemment été un bon client, des versions utilitaires banalisées étant chargées de faire quelques « livraisons » de citoyens prélevés dans la rue en direction du 103 Ruschestraße à Berlin Est. Avec une capacité de 5 prisonniers dans une cellule sans vitrage, c’était l’outil de travail idéal de la police d’Etat. Les Barkas de la Stasi étaient souvent déguisés en utilitaires destinés au transport d’aliments, comme on pouvait le voir dans le film « La Vie des Autres ». Vous voici désormais incollables sur le Barkas B1000. Vous ne pourrez plus dire que vous ne saviez pas.

Remake d’Abbey Road en vue ? Allez savoir…

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