Une fois de plus, ça part d’une rencontre en sortant du bureau. Cette fois-ci, la voiture en question est un brin modifiée et immatriculée en Ukraine. Un coupé Volga, pensais-je naïvement. Un rapide tour sur Internet afin d’en savoir plus m’aura permis de réaliser que je n’en saurai rien…

Dans les faits, c’est effectivement un coupé Volga M21. On reconnaît aisément le charme si particulier des produits conçus en plein Kominform : « à défaut de cautionner l’Occident, faisons des produits qui ressemblent aux leurs » aurait pu être le leitmotiv de la période… Disponible en berline et en break (M22), la M21 a cependant fait fi d’être déclinée dans une silhouette d’apparat chic : pas de coupé au programme. Les plans quinquennaux auraient-ils oublié cette carrosserie un brin bourgeoise ? La disqueuse aidant, il semble que l’Histoire ait réparé cet oubli. Je vous laisse ainsi admirer cet exemplaire croisé à deux reprises dans le XVIème :

Difficile d’en savoir plus côté motorisations, mais l’ami Frédéric me faisait justement remarquer les jantes empruntées à une BMW M6.  L’échappement laisse supposer que le moteur n’est pas le roturier 4 cylindres du peuple mais peut-être le V8 des versions équipant le KGB (M23) et non vendues au public d’alors. A moins qu’il ne s’agisse d’autre chose, allez savoir…

A défaut de certitudes, je vous offre un bref historique sur la marque et le véhicule servant de base. GAZ, à l’image d’autres noms poétiques (TAZ, UAZ, VAZ, ZAZ…) est un acronyme désignant un constructeur du bloc de l’Est par sa… Localisation. Dans le cas présent, c’est Gorkovski Avtomobilny Zavod, ou usine d’automobiles de Gorki (aujourd’hui rebaptisée Nijni Novgorod pour celles et ceux qui cherchaient à entrer la destination dans leur GPS). GAZ a commercialisé sa première voiture en 1932, la GAZ A [voiture officielle du Hamas ?], réplique de la Ford A. L’entreprise, destinée à produire des véhicules moins prestigieux que ZIL, a démarré du fait de l’assistance technique de Ford qui a exporté son savoir faire (et les outillages de son usine berlinoise d’alors). Les bonnes relations entre le directeur de GAZ et Henry Ford valurent à ce premier des soupçons d’intelligence envers « l’ennemi » et pire, de dérives droitières : faute de goût dans l’URSS d’alors. Exécuté en 1938, on comprend alors que les partenariats industriels avec les américains seraient désormais plus rares…

GAZ a longtemps été (avec Moskvitch) la voiture la plus « populaire » de la Russie soviétique, Lada n’existant pas encore. La GAZ M21 est ainsi apparue en 1956, épaulée par le break M22. Dotée d’un 4 cylindres 2,5L et d’une boite 3 vitesses (une éphémère BVA3 a également vu le jour), la voiture était réputée pour sa robustesse, indispensable dans un pays au réseau routier calamiteux et au climat continental. Produite à 638 875 unités jusqu’en 1970, la voiture a reçu un premier restylage en 1958 puis un second en 1962 (calandre à fanons chromés verticaux). Le coupé est visiblement basé sur une phase 3. Exportée sur certains marchés de l’Ouest sous l’appellation Volga, la M21 s’est toutefois essentiellement écoulée dans le bloc de l’Est. Nos soldats peuvent d’ailleurs en croiser de nos jours en Afghanistan, la voiture étant plutôt increvable.

Plus près de nous, un coupé Volga sur base de BMW 850 Ci a été réalisé. Et pour ceux qui aspirent à pleinement profiter de l’été continental, un autre hommage a été conçu sur base de cabriolet Série 6.

On en vient presque à s’étonner qu’une « banale » berline soviétique ait suscité tant de one-off la transformant en coupé ou en cabriolet… La nostalgie a ses raisons que la raison ignore. Et ce coupé Volga gardera sa part de mystère. A moins que le propriétaire daigne commenter cet article, sait-on jamais…

Via Wikipedia, un site norvégien, Jalopnik et English Russia.