Avec Pedro et Antonio, ça faisait un moment qu’on voulait lui faire la peau à ce gars-là. Bon, Antonio avait raté son coup précédent, il a fini en zonzon et on a dû l’attendre un moment. Il croyait que tirer la caisse de Mesrine suffirait, mais il n’avait pas pensé à prendre le bon moteur le con. Du coup il s’est retrouvé avec une 518 de 1981 qu’il arrivait même pas à mettre en travers. Même la pov’ Pigeot rincée des flics, elle rigolait à côté.

À sa sortie de prison, j’ai dû le secouer un peu pour qu’il réagisse et arrête de vivre 30 ans en arrière, c’est le XIXème siècle putain ! Si on continue comme ça, le gang des Lyonnais va nous passer devant et nous envoyer au trou pour longtemps. D’autant que cette-fois-ci, il nous faut une vraie tire d’enfer ! L’hispago du coin de la rue de Suffren m’en a justement repéré une l’autre jour. Elle traîne dans un parking souterrain juste à côté de sa planque, ça devrait pas être trop dur à chourer. Une Seat qu’il m’a dit. Noire, vitres teintées et presque 300 bourrins. D’habitude ma came c’est plus les teutonnes, mais ça devrait quand même suffire à ce que la volaille suce mes roues arrières au cas où le plan foirerait.

Après m’être caillé les miches pendant deux heures à attendre que l’hispago me fasse signe, j’ai enfin pu tirer la caisse. Un vrai jeu d’enfant, je le remercierai plus tard. M’en vais appeler Pedro et Antonio qu’ils me rejoignent à la planque de Créteil, c’est un peu chaud à cette heure-ci et les flics ont peur de sortir. Ils seront au point de rendez-vous, parfait. Plus qu’à me familiariser quelques minutes avec l’auto et on est bons. Extérieurement, c’est mieux que ce que je pensais. Mise à part la face avant qui reprend trait pour trait la ligne d’un TDI finition société, elle a plutôt de la gueule.

Par contre elle est vachement basse, puis les jantes font 19 pouces. J’espère qu’on pourra caser le matos sans trop poser la caisse. C’est qu’on a de la route à faire. Va aussi falloir faire gaffe aux trottoirs, les jupes latérales acérées sont exposées aux moindres chocs. Côté habitacle je ne suis au moins pas dépaysé, ça ressemble vachement à la finition des autres VW/Audi que je prends habituellement. Au détail près que je vais devoir mettre mes binocles pour voir ce qui m’intéresse sur l’écran GPS/Multimédia. Du reste les sièges au dessin réussi maintiennent bien fesses et lombaires, mais bien moins mes épaules qui sont libres de tout mouvement en virage. Baquets mais pas trop qu’ils ont dû se dire les ingénieurs.

Je me rends compte d’un truc par contre. Ah le salaud il va m’entendre ! C’est une 290 ! Seat vient en effet de présenter la dernière version de sa Leon Cupra avec 300 ch et une transmission intégrale. Rien de tout ça pour nous, juste 290 canassons et un différentiel autobloquant sur l’essieu avant pour gérer le couple de la traction selon la situation. Je lui ai demandé un vrai gamos sur rails à l’hispago, pas une danseuse étoile qui se dandine comme une gonzesse qu’a envie de pisser à chaque virage… D’autant qu’ils ont prévu un temps plutôt humide à la téloche, pas envie de me refaire le coup de janvier dans les Alpes où l’autre bouffon de Pedro croyait pouvoir gérer la BM’ sur la neige… On avait dû finir à pieds et se trouver une planque dans les bois en attendant que les flics se calment… Pas vraiment le choix, je prendrai la nouvelle une prochaine fois.

Bon, c’est pas tout ça mais c’est l’heure de partir. J’espère que les deux autres seront au rendez-vous. Ils sont bien là. Evidemment Pedro n’a pas arrêté de parler de l’auto alors qu’Antonio s’est calé tranquille à l’arrière, en faisant la gueule comme d’habitude et me sortant que ma Leon Cupra ne valait pas une BX. Il veut revenir du temps où on faisait des « livraisons » en Xantia V6 Activa le con (quoique, à y réfléchir mûrement il n’a peut-être pas tort…). Faut dire que lorsque j’ai commencé à rouler comme d’habitude (c’est à dire comme un connard), on a bien senti que la tire n’avait pas de suspensions hydropneumatiques lorsque je n’avais pas vu le premier dos d’âne. J’peux vous dire que je n’en ai plus raté après !

Il faut clairement que je me calme. On m’a clairement fait savoir que l’image d’un propriétaire de Seat changeait et passait plus du cadre dynamique à celle d’un petit dealer qui veut se la jouer dans sa cité. J’ai une réputation à tenir en plus moi. S’agit pas qu’on me prenne pour le dernier petit bleu du milieu. J’arrive sur l’autoroute, les deux autres commencent à roupiller, vais pouvoir avoiner sans qu’ils me cassent les oreilles comme quoi on va encore se faire prendre etc etc. Foi de Dédé, si je me fais prendre dans une tire comme ça, je veux bien ne plus rouler qu’en Dacia ! Mes craintes s’avèrent fondées, le train avant a bien du mal par ce temps humide à faire passer autant de puissance au sol. Même en simple mode Sport le tableau de bord ressemble à un sapin de Noël dès que je mets pied au plancher. J’ose même pas appuyer sur « Cupra »… Rendez-moi mes breaks Audi Quattro ! J’peux même pas me la jouer à l’ouverture de la barrière de péage, je fais du sur-place dans un hurlement de pneus plutôt dégueulasse…
Il y a quand même plus de monde que je ne le pensais sur l’A5… Choix fait, on va emprunter les petites routes en passant par les bleds paumés. À cette heure-ci, ça devrait être tranquille.

Ça devait avoir une sacrée gueule quand même avec la signature LED, un break « full black » qui file à travers la campagne Bourguignonne puis Franc-comtoise. Pas un chat dans les communes traversées, un léger brouillard à l’air lugubre, une insonorisation parfaite en mode « Normal » (malgré le manque d’une 7ème vitesse à la DSG6 faisant monter le régime moteur assez haut même à vitesse stabilisée), juste le bruit des pneus qui filent à vive allure sur la route dégagée, les phares LED perçant l’horizon et frayant la route à notre petite bande de malfrats aguerris. Comme au bon vieux temps ! C’est vrai que nos meilleurs coups, c’est bien en province qu’on les a faits et pas sur la capitale. Trop de concurrence sur Paname de nos jours… Les vraies valeurs sont à la campagne, où tout se règle à l’ancienne (la raison d’ailleurs de notre échappée) et où on n’en entend plus parler, parce que ça arrange bien du monde.

Les réflexes de la conduite d’une traction reviennent, je joue des palettes en passant les rapports vers 3800 trs/min ce qui me permet de profiter de l’allonge du 2.0 L, sans à-coups, sans bruit parasite, et du confort de roulement assez surprenant.
Rond-point en vue. La fougue des courses poursuites de mes débuts dans le métier défilent sous mes yeux en une fraction de seconde. J’appuie fermement sur le bouton sélecteur de mode de conduite et passe sans hésitation en « Cupra ». La direction est plus ferme, le hurlement du mode « Sport » se transforme et ronronnement rauque tel un lion prêt à rugir, je ressens maintenant chaque imperfection de la route. Debout sur les freins (merci les disques perforés Brembo de 370 mm à l’avant sur cette version Sub’8 Black), coup de volant à droite, grand coup de volant à gauche et j’enroule le rond-point avec un léger décrochage de l’arrière-train tout en appuyant progressivement sur la pédale de droite, quel pied ! Je suis pourtant au volant d’un break à l’allure somme toute familiale, avec deux passagers et tout notre « matériel de travail » dans le coffre. Surprenant.

Arrêt à la pompe (c’est qu’il suce le bordel). Pause clope. Endroit désert. Température proche de 0°C. J’en profite pour expliquer à Pedro et Antonio la raison de notre venue. Un des Lyonnais se cache depuis un bon moment du côté de Montbéliard et j’ai promis à mon vieux de lui ramener son corps, histoire de faire un peu de bruit dans le milieu et leur montrer à tous qu’on n’est pas mort, loin de là !

Après une arrivée tardive, une courte nuit, on s’est mis en chasse dès le lendemain en rase campagne, à la recherche du Lyonnais. Il connait le coin par cœur depuis qu’il s’y terre, l’animal… Le braquage de l’épicerie de Beaucourt avait remué pas mal de monde à l’époque, le Lyonnais s’était tiré avec pas moins de 20 € en petites coupures, de quoi perturber méchamment le calme régnant dans cette charmante bourgade. Il a eu beau se carapater à bord de son vieux break 504 Dangel, ma Leon Cupra n’en a fait qu’une bouchée et ce malgré un long gauche (toujours en mode « Cupra ») avec une once de sous-virage (le petit claquement dans le volant de l’autobloquant qui se met en route est presque jouissif) et un coup de raquette de l’arrière-train en sortie de virage, du grand art ! Et c’est là que je remercie l’hispago de m’avoir choisi un break, je l’aurais mis où le corps moi ?

Retour à la réalité

C’est bien joli de jouer le gangster en Seat, mais quel bilan puis-je tirer d’une telle auto ? Il faut dire que lorsque j’ai appris une semaine avant la mise à jour de la Leon ST Cupra avec l’ajout de 10 ch (même si ça ne va pas changer la face du monde) et surtout le passage à la transmission intégrale, j’ai eu peur d’essayer un véhicule « obsolète ». Entendez par là un véhicule qui ne constitue plus du tout une nouveauté et dont l’intérêt d’un essai reste limité. Mais le caractère particulier d’un break de 290 ch, en traction avec différentiel autobloquant, disposant de tous les équipements et aides à la conduite modernes, et ce pour un prix entre 35 et 40 000 € me conforte dans l’idée que la Leon ST Cupra ne dispose actuellement d’aucune concurrence véritable. Référence en la matière, j’oserais presque la comparaison avec une Mégane 3 RS à laquelle on aurait greffé un sac à dos.
Précise, joueuse, capricieuse par moments, on goûte de nouveaux aux joies d’une auto du quotidien que l’on serait tenté d’emmener lors de trackdays en fin de semaine. Le remplacement par une transmission intégrale changera malheureusement et à coup-sûr la donne.

Mes plus vifs remerciements à Seat France et au parc presse Volkswagen Group France pour l’organisation du prêt.

Crédits Photos : Ancelin Schoenhentz