Citroën rend hommage à l’un de ses patronymes à succès dans son showroom de l’avenue des Champs-Elysées : Picasso.

Demandez dans la rue aux gens s’ils ont vu un « Picasso », il n’est pas certain qu’ils pensent en premier aux tableaux du peintre Espagnol ! Et peut-être répondront-ils en faisant référence à la famille de monospaces Citroën. Pour célébrer l’arrivée de la nouvelle génération de C4 Picasso, le C_42 des Champs-Elysées retrace l’histoire des « Picasso » de Citroën, dans une exposition intitulée « Citroën Creative Session », référence à son slogan « Créative technologie ». L’occasion de retracer 14 ans de l’histoire récente des Chevrons.

Genèse d’un nom

L’achat du nom « Picasso » aux ayant-droits a eu lieu à la fin des années 90. Citroën voulait absolument un nom original, qui lui permette de se différencier et d’être emblématique. La famille Picasso cède à la marque aux Chevrons l’autorisation d’utiliser le nom et l’aura du célèbre peintre cubiste dans les termes d’un contrat très strict. Si le monde artistique fut indigné, seule une des filles de Picasso, Marina, osa contester la décision de sa famille. L’on ignore toujours à l’heure actuelle le montant des royalties versées par Citroën à Picasso Administration, la société qui gère le patrimoine de l’artiste espagnol : il se dit néanmoins que le montant tourne autour de 100€ par véhicule, ce qui renseigne quand même sur la rentabilité que l’affichage d’un tel nom peut représenter pour ses héritiers (multipliez 100 € par 3,3 millions de monospaces Picasso écoulés)…

1999 : Xsara Picasso, le premier artiste

Nous sommes en décembre 1999, et à l’aube du nouveau millénaire Citroën commercialise ce qui est l’aboutissement du concept Xanae présenté cinq ans plus tôt : le Xsara Picasso, révélé au Mondial de Paris 1998. Immédiatement rattachée à la compacte de Citroën, ce monospace est la réplique des Chevrons au Mégane Scénic. Tout deux partagent d’ailleurs une silhouette ovoïde, issue du bio-design très en vogue dans les années 90, et dont la forme organique et rondouillarde rassure. L’intérieur se différencie de ses concurrents de l’époque (Zafira et Scénic) par ses compteurs centraux à affichage digital et par ses trois sièges indépendants et d’égale largeur à l’arrière. Astuce : le coffre recèle un caddie roulant et pliable en plastique baptisé Modubox. Véritable succès, ce sont plus d’1,7 million d’exemplaires qui ont été produits à ce jour, à Vigo et Rennes pour l’Europe jusqu’en 2010, mais aussi à Wuhan en Chine et Porto Real au Brésil où la production continue. Le « Picasso » premier du nom permit aussi à la marque de commencer sa phase de rajeunissement identitaire.

Le modèle exposé au C_42 est celui de la campagne de pub du lancement : on s’en souvient à la chanson de Pink Martini « Je ne veux pas travailler » qui sert de trame à un égarement cubiste d’un des robots peintres en usine ! Le spot fut récompensé par les prix Effie France 2000 et Effie Europe 2001. Pour ceux qui l’auraient oublié ou qui souhaitent la revoir, la voici :

2006 : C4 Picasso, le Visiospace

A son renouvellement en 2006, le C4 Picasso va se dédoubler. Le marché du monospace compact a le vent en poupe, et le dyptique Scénic/Grand Scénic a de nouveau montré l’exemple, à savoir séparer un format 5 places, et un aménagement 7 places (plus exactement 5 + 2 strapontins qui grèvent le volume du coffre). C’est cette dernière version qui fut la première à être présentée, au Mondial de l’Automobile 2006, en tant que « visiospace » eu égard à la surface vitrée accrue, notamment via un pare-brise panoramique remontant très haut sur le toit. Le Grand C4 Picasso présenté est une version restylée (2010) en finition Exclusive, avec teinte Gris shark, jantes optionnelles, et une motorisation 1,6 l e-HDi.

L’autre version est la 5 places, « C4 Picasso » tout simplement, lancé au début de l’année 2007. Son profil est moins « cubique » que son cousin à 7 places, et reprend tout en le dynamisant le profil ovoïde de son aïeul (plus d’angles, décroché latéral…). Le style varie notamment au niveau du bouclier, plus sportif, et qui sera généralisé avec des diodes sur toute la gamme y compris sur le « Grand ». Lors du restylage de 2010, un raffinement fut ajouté : la caisse bi-ton, avec un toit noir allié -ici- à un rouge Lucifer. Le dyptique 5/7 places fut depuis adopté par Peugeot avec le duo 3008/5008, mais aussi Ford, et bientôt BMW. Et bien-sûr Citroën, qui le reconduit sur la seconde génération de C4 Picasso.

Celui qui fut classé par l’ADAC « monospace le plus fiable » en 2008 a réussi à s’écouler à plus d’un million d’exemplaires. Moins que son prédécesseur, certes, mais ce dernier fut produit une dizaine d’années (et l’est encore) contre 7 ans seulement pour celui-ci. Le C4 Pic’ dut faire face à une nouvelle concurrence farouche, notamment celle du cousin 3008 ou du Touran de Volkswagen. Il faut en outre prendre en compte les mouvements du marché de segment C familial : les clients se sont rabattus en partie sur des crossover de type Nissan Qashqai mais aussi sur des SUV 4×2 comme les Kia Sportage, Hyundai iX35 ou VW Tiguan. C’est sur un marché baissier que Citroën renouvelle donc en 2013 le C4 Picasso.

2008 : C3 Picasso, la Spacebox

Le maître élargit sa palette en 2008. Picasso devient alors le nom de la famille des monospaces Citroën, qui laisse de côté le très marginal C8 lancé en 2002. Alors qu’on l’attendait sous le nom de « StreetLounge » ou « C-Street », le projet A58 prend le nom de C3 Picasso. D’une taille plus compacte encore, il arrive après la mêlée des minispaces qui fit quelques victimes dans les années 2000 (Renault Modus et Fiat Idea notamment). On pensait la recette du monospace transposable à l’échelle des citadines, mais c’était oublier la nécessité d’un fort volume intérieur, et d’une modularité pertinente.

Plus longuement élaboré, et même éventé en partie par la presse dès 2006, le C3 Picasso est le premier minispace à proposer un pare-brise en trois parties. Il adopte esthétiquement des codes issus de l’électroménager, notamment le hayon dont les rondeurs rappellent les réfrigérateurs Smeg. En outre, ce modèle est 100 % fabriqué dans la nouvelle usine Slovaque de PSA, à Trnava. Il a été restylé en 2013, avec une calandre empruntée à la version brésilienne, qui côtoie là-bas une déclinaison méconnue du C3 Picasso : le C3 Aircross, bardé de plastiques pour un esprit « baroudeur ». Bien que tout juste restylé, sachez que son successeur sera produit, comme le C4, dans la Péninsule Ibérique.

2013 : C4 Picasso II, le Technospace

Cette année 2013 a vu le renouvellement du C4 Picasso. D’abord engagé par le concept « Technospace » présenté au Salon de Genève, ce changement de génération fut concrétisé dès le mois suivant par la présentation du « 5 places » définitif, et son lancement en juin. Pour le second semestre, le Grand C4 Picasso prend le relai, avec une révélation en juillet puis une commercialisation déjà effective cet automne. Les essais presse internationaux ont été organisés entre Munich et Berchtesgaden et BlogAutomobile par l’entremise d’Eric vous livrera bientôt ses conclusions ; d’ores et déjà vous pouvez aller lire l’essai d’Arnaud du 5 places.

Ce nouveau Picasso, toujours fabriqué à Vigo, est bâti sur la nouvelle plate-forme EMP2 lancée conjointement sur la 308 de Peugeot. Le Grand C4 Picasso étrenne ainsi l’empattement le plus long que peut proposer cette plate-forme. Citroën l’a voulu plus qualitatif, avec moins de pièces rapportées sur la carrosserie (adieu les baguettes pare-chocs, feux intégrés sur le hayon motorisé autoclave), plus de chromes (le jonc latéral épais, la calandre), et certaines fantaisies esthétiques (feux à effet 3D, double regard avant). Aussi surprenant que cela puisse paraître, bien que conçus de concert, C4 et Grand C4 Picasso ne partagent pratiquement aucune pièce de carrosserie hormis les rétroviseurs.

Le C4 Picasso II se veut aussi « technospace », par la mise en avant de ses connexions au monde extérieur : une interface tactile par écran de 7″ à Internet et système « Connected Apps » permet d’atteindre les services Pages Jaunes, Twitter, etc. Un autre écran, de 12″ celui-ci, et situé plus haut sur le tableau de bord, projette les informations de conduite. Le tout s’insère dans un intérieur dont la planche en plastique moussé n’est que d’un seul tenant, pour permettre un meilleur vieillissement du mobilier. Des équipements de confort tels que les appuies-têtes, les sièges massants ou le repose-jambe à l’avant sont au programme. Sous les capots des modèles exposés, un même 1,6 l e-HDi 115 ch à boîte ETG6 (Efficient Tronic Gearbox, le nouveau nom de la BMP6) pour un couple de 270 Nm. Les deux teintes présentés sont le Rouge Rubis et le Gris Aluminium.

Au dernier étage du C_42, à côté du « Social Club » (un mur montrant les pages Facebook Citroën), sont installées deux imprimantes 3D qui créent des Grand C4 Picasso II en résine rouge. Les modèles terminés sont exposés sur les côtés. A l’époque où l’expo débuta, les nouveaux Grand Picasso n’avaient pas encore été présentés et ne pouvaient donc pas être révélés au public en grandeur nature.

Cette « Session Créative » au C_42 s’achève cette semaine. Elle devait même s’arrêter avec l’arrivée de l’automne fin septembre, mais un problème technique a empêché l’installation de la nouvelle exposition, composée à partir des véhicules choisis par les fans de Citroën ayant voté sur la page Facebook du constructeur. Nous en reparlerons en temps utile, bien évidemment.

Bonus

On retrouve, comme toujours, au sous-sol « Racing » la DS3 WRC de Sébastien Loeb et Daniel Elena, qui courra le week-end du 4 au 6 octobre au Rallye de France organisé dans son Alsace natale. Alors que l’ « autre » Sébastien, Ogier, n’est qu’à un point du titre sur sa Volkswagen Polo WRC, le plus grand champion de la discipline y dispute son dernier rallye… Pouvait-on rêver final plus épique ?

Crédit photographique : François M.
Source au sujet du nom Picasso : L’Express