Revenons tout d’abord en 2011, si vous le voulez bien. Il y a donc 6 ans, le gouvernement s’était mis en tête de supprimer ce que nous appelions les « avertisseurs de radar ». Panique à bord car il s’agissait du fond de commerce de Coyote et Wikango, notamment. Mais étaient également concernés les GPS qui indiquaient avec précision l’emplacement des radars fixes. Devant le tollé provoqué, tant du point de vue des utilisateurs que du côté des entreprises risquant tout bonnement la fermeture, l’Etat a lâché du lest. C’est comme ça que nous connaissons aujourd’hui les « zones de danger ».

Le décret d’application, qui met en place de manière effective la loi, arrive un peu plus tard et interdit: « la détention, le transport et l’usage des « avertisseurs de radars », interdiction sanctionnée d’une amende de 1 500 € et d’un retrait de six points du permis« . En gros, si un quelconque moyen vous permet de localiser l’emplacement exact d’un radar c’est 1 500€ et 6 points en moins. Il y a pourtant un mais : comment savoir si vous êtes muni d’un tel dispositif, comment la police peut-elle vérifier ?

En effet, la police n’a pas, sauf exception, accès à l’intérieur de votre véhicule et encore moins la possibilité de fouiller votre portable ou votre GPS. Ainsi, je serais bien curieux de connaitre le nombre de fois où cette sanction, un peu dure soit dit en passant, est tombée. Néanmoins, les fabricants ont du s’adapter et la fonction s’est donc transformée en zone de danger, un moindre mal au final.

Alors, d’où qu’elle est l’embrouille aujourd’hui ? Déjà, rappelons que les choses ont beaucoup évolué par rapport à 2011 et qu’aujourd’hui Waze et Coyote (sans vouloir vexer Wikango) sont devenus de vrais avertisseurs de dangers bien au delà des contrôles de vitesse : bouchons, voiture sur le bas coté, etc. Ne nous voilons pas la face, on les utilise aussi pour éviter la prune mais il ne faut pas s’arrêter là, tant ces applications contribuent à la sécurité.

Ensuite, quel est le projet exactement ? Le Ministère de l’intérieur, par la Délégation à la sécurité et à la circulation routières a déposé un décret « portant interdiction de diffuser par l’intermédiaire des services électroniques d’aide à la conduite ou à la navigation tout message de nature à signaler les opérations de police dans certains périmètres » sous couvert de la lutte antiterroriste notamment. Bah voyons. On vous laisse seul juge mais, même si on sait que certaines dérives peuvent avoir lieu comme le signalement de la police en cas d’attaque terroriste ou de disparitions d’enfants, vouloir se débarrasser des avertisseurs de zone de danger en faisant appel à la lutte antiterroriste c’est fort de café.

Il faut également noter que cela ne signe pas l’interdiction des avertisseurs de zone de danger mais seulement dans certaines situations et dans un périmètre restreint, les alertes seraient inefficaces. Ceci pour un périmètre de maximum 20 kilomètres et pas plus de 24 heures. Mais au delà de la lutte antiterroriste, des contrôles d’alcoolémie, des enlèvements d’enfant ou autre, la police pourrait s’en donner à cœur joie pour du contrôle de vitesse alors que dans le même temps les contrôles fixes sont indiqués par des panneaux.

Qui plus est, il faut savoir que Waze et Coyote disposent d’ores et déjà d’un système de coupure du signal sur un certain périmètre. Coyote en a fait usage pour les attentats à Bruxelles notamment. Quel est alors la légitimité de ce décret et son utilité ? Comme le rapporte le site 01net, la coupure du service peut être sélective ce qui veut dire que lors d’une opération de police on pourra toujours signaler les bouchons ou les accident de la route. Or, le décret prévoit une coupure totale, ce qui n’a aucun sens…

Dernier point, la probabilité que ce décret passe ? Il a été déposé le 24 avril à la commission européenne qui a trois mois pour l’étudier et récolter l’avis des pays membres. A la suite de quoi il sera étudié par notre Conseil d’Etat qui pourra le modifier ou non et enfin on pourra le voir appliquer. Autrement dit 1/ on est pas prêt de le voir arriver, 2/ il a largement le temps de recevoir des modifications mais 3/ il va falloir bien le surveiller.

En conclusion et subjectivement, retenons que nous sommes face à un décret qui n’a aucun intérêt puisque les avertisseurs ont déjà en place un programme qui permet de couper le signal dans une situation donnée et que cela a même déjà été fait. Le signal sera bloqué pour tout avertissement, alors même que l’on pourrait ne le brouiller que pour le contrôle en question. Et qu’enfin, cela va surtout servir à couper le signal pour les contrôles de vitesse, voyons la vérité en face.

Si vous êtes de notre avis, je vous encourage à signer la pétition La Ligue de défense des conducteurs juste ici.