Alors que le Diesel est devenu à peu près aussi tendance qu’une chanson des Musclés (une minute de silence pour Ariane – non, pas la fusée, merci), on peut se demander ce qu’un bloc « à l’huile lourde » fait sous le capot d’un grand cabriolet stylé vendu plus de 100 000 €. Verdict après une semaine d’essai. 

Quelques temps avant le lancement de la nouvelle gamme Série 8, je m’étais entretenu avec un haut responsable de chez BMW, désormais à la retraite. Le type était à bloc, en m’expliquant qu’avec cette auto, ils allaient franchir un cap et pouvoir attaquer une nouvelle gamme de concurrentes. En d’autres termes : au-delà de Mercedes, l’ennemi historique, la Série 8 allait leur permettre d’aller taper de nouveaux clients ? Lesquels ? Il ne le disait pas, mais c’était pas compliqué à deviner : tiens, peut-être Aston Martin et Bentley, par exemple…

Evidemment : tout ceci fait entrer d’autres paramètres. La rareté, le prestige, l’exclusivité, l’attrait du blason, le côté « pas assez cher, mon fils », l’image que l’on renvoie aux autres et à soi-même, bref, plein de choses subjectives. Subjectif, comme le rapport à l’esthétique de l’engin. Que je la trouve belle ou pas belle, ce n’est pas votre affaire. Ce qui compte, c’est qu’elle vous fasse vibrer, frissonner… ou pas. 

Pourtant, en ce qui me concerne, difficile de rester de marbre devant cet engin, surtout rapporté à la propre histoire de la marque. S’inscrivant dans la lignée d’une 3.0 CSL (perso : je pourrais vendre certains membres de ma famille (horrible tante Jacqueline, tes jours sont comptés !) pour en avoir une, une Batmobile, évidemment), de la somptueuse Série 6 de Paul Bracq (« somptueuse » : le blogessayeurde base sort de sa prudente neutralité, mais ici il a le droit puisque, en l’occurrence, j’ai été l’heureux propriétaire d’une 635 CSi), de la curieuse série 8 « mk I » (je me laisse pousser une coupe mulet, j’achète une gourmette géante et je me mets à la recherche d’une 850 CSi), de la ratée Série 6 « Mk II » de Bangle (moche, mais j’avais eu la chance de passer à l’époque une semaine avec une M6 et ce V10, mamma mia !) et de la presque trop parfaite Série 6 « Mk III », que l’on avait presque du mal à remarquer, la nouvelle Série 8 ne peut nier ce lourd héritage. Nouvelle Série 8, d’ailleurs, déjà essayée sur ce noble blog par l’illustre Ugo, dans un article à retrouver ici

Bref, vous me pardonnerez cette longue digression, mais cette Série 8 ne me laisse pas indifférent. Et je ne dois pas être le seul à avoir ce sentiment, au vu des regards qu’elle suscite et provoque dans le trafic, probablement à cause de sa faible hauteur (1,32 m), des larges haricots de sa calandre, de ses feux arrière étirés. Dans un monde de SUV grisâtres, ses formes élancées ne peuvent que se distinguer, la 8’ Cab hurle aux autres « hey, vous avez vu, je ne suis pas comme vous, bande des sale clones sans imagination ». Sans aller jusqu’à cette provocation, il faut reconnaître que cette auto se fait remarquer : la 840d xDrive Cab’ mesure quand même 4,85 mètres de long et 1,9 mètre de large, tout en pesant plus de 2 tonnes. Que ces chiffres ne vous effraient pas : si, et ce n’est pas un petit paradoxe, les places arrière et le coffre sont comptés, nulle contorsion n’est nécessaire pour prendre place à bord, capote mise en place… ou pas (on rappellera que le mécanisme se positionne en moins de 15 secondes en roulant, à moins de 50 km/h). 

Avec un d comme…

Délice ? Débile ? Dorothée (du club – une nouvelle minute de silence pour Ariane – désolé, cette nouvelle m’a attristé) ? Non. D comme Diesel. Pourtant, la seule façon de se rendre compte de ce type de motorisation,  c’est d’attendre que l’engin démarre ; et encore, il faut surtout de se positionner devant le capot. Là, c’est sûr, on entend les claquements du genre. Mais c’est le seul endroit. A l’intérieur, ça gronde « presque » comme un bon gros V8 US, même si la sonorité a été travaillée, et à la sortie d’échappement aussi. Et ça, comme le chantait la Compagnie Créole, c’est bon pour le moral.

Bref, reprenons la séquence. Ouverture de porte. Installation. On se cale dans les sièges, parfaits, on découvre une ergonomie, parfaite, on pousse le bouton contact, so easy, on regarde la nouvelle instrumentation entièrement numérique des dernières BMW, claire, ergonomique et paramétrable, y’a plus qu’à. 

Qu’à quoi ? Mettre le sélecteur (en cristal, quel chic  ! – encore que la commande en question paraît encore plus qualitative sur les grosses Volvo telle la XC90) sur D, comme Drive. Là, il se passe quelque chose. Quelque chose d’indicible, de soyeux, de feutré et de vigoureux à la fois. Reprenons les choses dans l’ordre : sous le long capot, il y a un six cylindres. En ligne. Dans ce monde downsizé, ça commence à vous mettre dans un environnement exceptionnel. Moins que la puissance (encore que 320 ch, dans notre « belle France à 80 km/h », ça commence à sentir le coupé-décalé), ce sont plutôt les 680 Nm que l’on doit gérer. En usage « normal », entendez, suivre le trafic, parfois le doubler, sans faire le gros hooligan, on se rend compte grâce à la boîte 8, plutôt bien gérée et calibrée, on navigue en permanence entre 1500 et 2500 tr/mn. Et que c’est très bien ainsi.

Et ce, pour plein de raisons. Le confort, que ce soit au niveau des sièges, des suspensions, de l’isolation phonique (merci à la capote à 4 couches) est tout simplement remarquable. Mais le confort, c’est aussi le sentiment de force tranquille que l’on ressent immédiatement au volant. Avec cette précision que, chez BMW, les modes de conduite, ça a une vraie incidence. En « Sport », la sonorité est plus présente, la direction plus précise, l’auto plus communicative. Mais quelle importance. Déjà en mode standard, la 840d xDrive est un cocon qui prend un minimum de roulis et double tous les attardés d’un souffle. 

A fond la forme

Alors, oui, j’en entends déjà gronder dans leur barbe des trucs genre « il est gentil, le blogessayeur, mais le Diesel, c’est pour les camionnettes et les bateaux ». Ils n’auront pas tort. Mais pas raison non plus. Parce qu’à moins de conduire en permanence genre « fast & furious », dans la vraie vie et avec seulement 12 points sur le permis, on a peu de chances d’exploiter vraiment les performances d’une 850i, supposément plus noble ; et puis corrigez moi si je me trompe, mais avec ce genre d’auto, on n’a pas forcément envie de rentrer dans les rond-points comme un mort de faim en regardant la sortie du virage par la fenêtre. 

De plus, c’est pas le jour et la nuit : dans les deux cas, la vitesse maxi est limitée à 250 km/h – et en réalité, y’a bien longtemps que j’ai pas roulé à cette vitesse-là, en France du moins, et en termes d’accélérations, le Diesel peut garder la tête haute avec un 0 à 100 couvert en 5,1 secondes, soit à peine une seconde de plus que la 850i. Et puis, avec le 1000 mètres départ arrêté couvert en moins de 25 secondes avec une vitesse terminale de près de 210 km/h, les sorties de péages lui permettent de garder son rang. 

La force de cette auto, c’est le confort, la souplesse aux allures usuelles, et le couple gargantuesque qui la rend prête à bondir, merci à la boîte 8 assez réactive, et le tout en ayant l’élégance de ne pas trop vous faire réaliser qu’il s’agit d’un Diesel. 

Evidemment, ça la rend carrément unique sur le marché. En face, on n’a pas de Mercedes Classe S Diesel, de Bentley Continental Cab’ Diesel, d’Aston Martin Diesel. Ajoutez à cela la transmission xDrive (qui a le mérite toutefois de plus typer l’auto « propulsion » en mode « Sport + », même si la D n’a pas droit à l’autobloquant des versions essence plus puissantes) et vous obtenez un cocktail peu commun dans le paysage automobile. Un long parcours, essentiellement routier, m’a permis de conserver une conso sous la barre des 8 l/100, et le plaisir de conduite est réel. Les défauts : les places arrière sont mesurées, le coffre est étriqué, le gabarit pas simple à gérer en ville ni dans les parkings (heureusement, les caméras aident et la fonction marche arrière à mémoire est toujours utile). 

Avec une somme de techno inédites sur le marché (cab’, Diesel, transmission intégrale), un paradoxe financier (une belle sobriété mais un prix élevé), des aspects pratiques limités, la 840d xDrive est singulière. Est-ce que j’ai aimé chaque kilomètre parcouru à son volant ? A votre avis ? 

Photos : Gabriel Lecouvreur