Cevennes PGO PontLe petit constructeur gardois PGO Automobile est maintenant loin de l’image détériorée des années 2001 à 2005 du début de l’activité. Bien souvent critiqué, raillé par les amateurs d’automobile dès que l’on abordait la motorisation ou la finition, PGO Automobile a su se remettre en question et proposer une « vraie » voiture. La Cévennes 2013 offre une ligne douce voire quelque peu romantique. Bien dommage de s’en arrêter à ce stade, le contact donne la note. Derrière ses airs de jeune fille de bonne famille encanaillée, une tigresse prête à bondir n’attend que le corps à corps avec son pilote. Ici, son était sa pilote puisque c’est moi même qui allait tenter de dompter la gardoise. La balade sur les routes des Cévennes fût finalement bien plus dynamique et sportive qu’attendu.

Afin d’éviter toute incompréhension, je suis dans l’incapacité de pouvoir effectuer un comparatif entre le cabriolet Cévennes PGO et la 356C Porsche, n’ayant jamais eu l’occasion de m’asseoir dans ce modèle. J’ai bien conduit des Porsche, je connais certaines de leurs réactions ou comportement routier sauf les plus anciennes dont la 356. Mon affaire 356 s’arrête là car la Cévennes de PGO, si elle s’inspire librement du dessin de la mythique Porsche, n’a rien à voir avec cette grande dame de l’histoire automobile sportive.Cevennes PGO Modèle

La première mouture du cabriolet Cévennes de chez PGO Automobile fait son apparition en 2005. Il succède au Speedster II et se veut plus dynamique, plus sportif moins néo-classique. Ce modèle fut décrié par la presse. Le fameux commodo de l’équipementier PSA choque encore certaines personnes. En ces temps, le Cévennes avançait avec un moteur Peugeot de 136 ch, 200 Nm du L4 atmo de la 206 S16. La voiture pesait moins de 1000 kg. Les finitions n’étaient pas à la hauteur des attentes (résidu de colle, étanchéité de la capote, petitesse de l’habitabilité, inconfort des sièges, « coin-coin »). Souvent comparé au modèle Elise de Lotus, plus légère, plus performante et surtout plus aboutie, le cabriolet Cévennes a bien eu du mal à plaire aux aficionados des petites sportives découvrables.
Voyons en quoi cette deuxième et nouvelle mouture changera une image ancrée depuis bientôt 10 ans.

Les courbes de la Cévennes PGO

Pas d’énormes transformations sur le plan de la ligne. Toutefois, on note un bas de caisse plus travaillé et affiné. Le dessin a subi quelques coups de bistouri sans modifier de trop l’aspect général de la Cévennes PGO. On peut même avancer, sans trop se brûler les ailes, que l’harmonie de la ligne gagne du galon en élégance. Une voiture sobre, singulière, sans artifice inutile, une stylistique en rondeur, en volupté qui provoque un sentiment de sympathie à son approche.

Entre les ailes arrondies, le nez du capot plongeant proche de la ligne de la Coccinelle ou de la 356, la Cévennes impose ainsi un style néo-rétro assumé. Pourtant, encore aujourd’hui, le design de la Cévennes est discutable parmi les amateurs du constructeur de Stuttgart (NDLA : cela fait maintenant 10 ans que PGO a gagné le procès mené par Porsche). Malgré cela, la polémique continue. Le fait est, qu’aujourd’hui PGO s’est inspiré d’une des plus belles « anciennes » au monde, la Porsche 356.

Le bas de caisse abaissé, ses jantes en aluminium de 17 pouces (205/40 ZR 17), la grande prise d’air sur les côtés, son arrière ovale, le capot moteur agrémenté d’une grille gris anthracite mat, la double sortie d’échappement, le bouclier marqué par les grandes prises d’airs, les feux avant et arrières bien rond et petits, il n’y a plus de doute, le constructeur français indique clairement ses intentions de sportivité rétro.

Mais c’est qu’elle a du caractère la petite!

Ce n’est plus un scoop. Le 29 Février 2012, le constructeur gardois signe un contrat fournisseur avec BMW Group. Après une année de négociation et de mise aux normes d’après le cahier des charges du géant bavarois, ils ont finalement l’accord définitif pour transplanter le moteur L4 1.6 Turbo ainsi que la transmission BVM6. Le changement radical entre les 140 ch du moteur de la Peugeot 206 S16 en 4 cylindres et le 184 ch à 5500 trs/min, 240 Nm à 1730 trs, une Vmax de 225 km/h pour des émissions de CO2 qui s’élève à 175 g/km (malus de 1500€) turbocompressé de la Mini Cooper S change toutes les donnes. Même si le moteur a évolué, le poids de la voiture ne change pas. La Cévennes reste plantée sur 998 kg (dont 230 kg de châssis et carrosserie). L’empattement de 2 m 261 pour une longueur totale de 3 m 70 n’a pas bougé depuis 2005. Lors de la visite de l’usine, j’ai pu constater que le moteur venait se greffer à la voiture en bout de chaine. En l’occurrence, PGO place le moteur par le dessous de la voiture, en position centrale arrière. La raison est simple et logique. La carrosserie, le châssis sont assemblés, la peinture posée, le passage du moteur par le dessus est impossible. Finalement, la Cévennes n’est pas plus lourde qu’une Ford GT 40 Mk III de 1967 ! 😀

Même si le moteur en lui-même ne modifie pas le poids du petit cabriolet, la puissance est une toute autre problématique. PGO a du recréer tout l’ensemble train arrière. Pourtant l’empattement n’a pas été modifié. La trajectoire a subit une amélioration flagrante en changeant la jambe de force McPherson et en installant un nouveau multibras inférieur. Imaginez 184 ch turbo dans ce type de véhicule, le constructeur n’a pas droit à l’erreur. C’est pour cela même que le roadster est enrichi de quatre freins à disques, très réactifs et puissants qui n’ont aucun mal à freiner l’auto.

Après la matinée à l’usine, l’après-midi je me suis installée au volant. L’habitabilité est correcte pour deux personnes et garantie une jolie intimité ou une chaleureuse proximité notamment quand la capote est en place. Etant donné le volume du coffre (110 dm3), évitez de partir chargé. Vous devrez choisir entre la canne à pêche de chéri ou la caissette de 3 bouteille de Chablis pour pépé.
Rien ne manque dans l’habitacle, climatisation, vitres électriques, tableau de bord avec un écran tactile, hifi (CD/Radio/port USB) avec les excellents HP Focal, pare-brise chauffant sont de la partie sauf de la place qui est donc aux abonnés presqu’absents mais on n’achète pas une Cévennes pour être comme dans une Classe S. Il me semble que lorsque l’on investit 44.750€ dans une voiture, faut-il savoir pourquoi on se l’offre. Le cabriolet Cévennes de PGO est un véhicule de plaisir de la conduite avant tout. Un formidable moyen pour oublier enfants, famille, travail, soucis mais aussi HDI… Lorsque j’ai démarré, je ne voyais que l’intérieur de l’automobile. L’habitude du dernier cri, de l’ultra confort (genre siège massant de Citroën C4 Picasso), l’espace de rangement incroyable sont à oublier car d’un coup d’un seul je me retrouve dans une voiture qui mesure deux fois ma taille, basse, sans arceaux de sécurité en cas de choc, sans ABS, sans Airbag, sans ESP, sans retour de pare-brise en mode décapoté mais il y a tout de même une direction assistée ! Contact et la seule pensée quand j’ entend le bloc 1.6 L Turbo me jouer la Walkyries est « Oups, va falloir me souvenir du temps que les  moins de 20 ans ne peuvent pas connaître ». Oubliez l’éco-conduite, sa consommation ne frise pas pour autant l’indécence (10.4/ 5.9/ 7.6). La Cevennes c’est un peu retour vers le futur avec une auto faite d’éléments techniques modernes pour une auto qui se pilote comme une « vraie » voiture c’est à dire sans la moindre assistance ou béquille électroniques.
Seul mon anticipation, ma concentration, ma « maîtrise » et mon « art du pilotage » de la bête comptent dans le comportement de la jeune fille de St Christol les Alès. Et oui, sortir du parking de l’usine, le son va encore, mais dès qu’une ligne droite s’amorce, en appui, je n’ai pas pu m’empêcher de jouer avec le…levier de vitesse. Et là, la montée en régime n’est plus la même histoire, le son devient lourd, mélodieux presque excitant. C’est comme le chocolat j’en redemande toujours ! Le détail splendide lors d’une conduite réelle de ce nom est le « fizzzz » ou « tsss » du turbo selon que l’on appuie ou qu’on relache la pression du pied sur la pédale d’accélérateur. Le bruit de la wastegate est un petit bonheur qui aide à faire sport. Une sensation bien estompée avec les technologies d’insonorisation que nous devrions redécouvrir. Le paradoxe de l’automobile moderne. Ce moteur confère au cabriolet un vrai tempérament de petite sportive « à l’ancienne », entendre par là, pour de vrai.

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Une fois la maîtrise acquise, je me suis détendue, mis la radio (car je n’ai pris ni CD ni clé USB), un son de bonne qualité couvre celui du moteur, oui je l’ai mis un peu fort, histoire d’entendre encore mieux Lucky. Le contrôle des équipements est pratique. Tout est visible sur le tableau de bord numérique, vous pourrez même constater le petit 38°c que j’ai affronté. Le siège baquet est confortable, ferme pour un bon maintien. Les ceintures de sécurités sont quelque peu gênantes, placées par le centre, je n’ai pas l’habitude de sentir le  frottement de la toile dans le cou du côté droit. La visibilité dans les rétro extérieurs est excellente, oubliez cependant celui de l’intérieur inutile lorsque la capote est baissée. Cette voiture attire les regards, sans ressentir une insulte sourde, pourtant en petite robe estivale et affublée de lunette mouche je me serais attendue au pire.

L’authenticité est vraiment une sensation agréable. Les performances de ce cabriolet sont très honorables, la précision de la trajectoire est convaincante, son freinage réactif et puissant, ses placements de roues et la reprise de motricité sur l’asphalte n’ont pas à rougir face à la concurrence et son maintien sur la chaussée est excellent. Seul bémol en terme de conduite, la direction assistée est extrêmement souple, sensible (un peu trop parfois) et elle rappelle un peu les sensations qu’on pouvait avoir il y a quelques années avec les premières DA électriques. Pour les novices ou ceux qui viennent d’une auto standard les tensions résistantes des pédales  sont assez perturbantes durant les premières minutes mais on prend vite ses repères et au final, cet esprit authentique est agréablement dépaysant. Ceci étant dit, la prise en main reste tout à fait possible pour qui aime conduire une voiture passionnelle (et parfois imparfaite mais attachante) et pas un jeu vidéo ou un ensemble de processeurs électroniques posés sur 4 roues propulsées par un diesel.

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