essai-volkswagen-touareg-03

Le Volkswagen Touareg fait quasiment figure d’exception en privilégiant une approche pragmatique dans un segment où le bling s’est érigé en norme. Le restylage du millésime 2015 nous donne une belle occasion de refaire le point sur la question. Par Gabriel Lecouvreur – Photos : Benoît Meulin.

Des calandres agressives à faire reculer un iceberg, des quadruples sorties d’échappement, des roues de 21 pouces, une surface frontale de réfrigérateur américain, l’empreinte au sol d’un petit camion de déménagement : on a l’impression que le cahier des charges des gros SUV consiste aujourd’hui à décrocher le premier rôle dans un clip de rap avec des tassepé callipyges au regard aussi expressif qu’un bovidé inhalant un pétard. Ce qui, rappelons-le, est interdit par la loi et par Brigitte Bardot.

Dans ce monde d’apparence et de défi au bon goût, le Volkswagen Touareg a su rester simple avec des formes plutôt sobres voire consensuelles, peu d’artifices agressifs et un gabarit presque normal compte tenu des conditions de trafic actuelles. Disons que c’est un gros Tiguan, lui-même étant une Golf patatoïdée (patatoïder : transformation morphologique s’inspirant de la famille des patates ; verbe du premier groupe). A l’heure où même une gentille Lexus hybride tente de se faire passer pour les Dents de la Mer, cette relative simplicité se salue.

Ce qui se salue également, c’est que le Touareg ne se donne pas qu’un genre. Un SUV est fait pour aller partout : le Touareg assume là où bien de ses concurrents ont renoncé. La transmission 4Motion de série offre une fonction « off road » permettant le contrôle de la vitesse en descente ainsi qu’une adaptation de l’électronique sécuritaire et de la boîte de vitesse à une activité TT. De même, notre VW joufflu est également disponible dans une exécution 4XMotion qui lui donne de réelles aptitudes au TT. Garde au sol accrue de 10 mm à l’avant et 15 mm à l’arrière (voire plus avec la suspension pneumatique en option), blocage du différentiel central, gamme de vitesses courtes (réducteur : 2,69/1), désactivation du contrôle de stabilité et du Stop & Start… Ainsi, le VW Touareg peut passer dans 58 cm d’eau et grimper des pentes à 45 degrés. Plus fort qu’une Jeep ?

Cette version 4XMotion est disponible a minima avec le V6 TDI 262 ch & la finition Carat et débute à 68 200 €. Il est possible de l’avoir également sur le V8 TDI de 340 ch, dont le tarif débute à 88 150 €, mais celui-ci représente moins de 10 % des ventes de Touareg en Europe : ah, qu’il doit être bon d’être pétrolier texan et de faire le tour de ses champs d’oléoducs, le soir venu sous un soleil orangé, même si l’on se désole de ne consommer que 9,1 l/100 en moyenne mixte.

Mais comme nous ne sommes pas pétrolier texan, nous avons choisi une version d’essai bien plus modeste, qui représentera à coup sûr une part importante du mix du Touareg en France : le moteur d’entrée de gamme en V6 TDI 2967 cm3 en version 204 ch, boîte Tiptronic 8 de série et finition Carat à 62 510 €. Si vous pouvez vous passer de l’intérieur cuir, des sièges et du volant chauffants, du GPS, du hayon de coffre à ouverture électrique ainsi que de quelques autres petites attentions, il existe alors, selon la formule consacrée, un Touareg à partir de 53 570 €. Il offre déjà l’essentiel : caméra de recul et aide au stationnement, clim’ bizone, dispositif de freinage anti-multicollision, pack chrome, régulateur de vitesse, contrôle de la pression des pneus et, bien entendu, les feux arrière à Leds et les bi-xénon à l’avant.

Un nom qui lui va bien…

Le nom « Touareg » désigne une tribu berbère vivant à travers le désert du Sahara et pratiquant le nomadisme sur 5 pays : Lybie, Algérie, Mali, Niger et Burkina Faso. À travers de grandes étendues désertiques, des fonds de vallée caillouteux, les Touareg se sont toujours distingués par leur aptitude à la mobilité sur tous les terrains. Cette définition colle bien au gros VW, on y reviendra…

C’est pourtant Ford qui l’a utilisé en premier avec un concept de Fiesta Touareg : en 1978, ce petit break surélevé comptait sur sa traction avant et son modeste 1.1 essence pour vous proposer de l’évasion, dans la lignée de l’inventrice des véhicules de loisirs modernes, la Talbot Rancho de 1977.

essai-volkswagen-touareg-01

C’est quand même sympa cette dénomination qui rend hommage à des gens simples qui véhiculent des valeurs fortes. D’ailleurs, ça devrait être plus répandu. Tiens, et si on lançait une pétition pour obtenir que Dacia appelle son prochain modèle « Bigoudene ». C’est vrai, quoi, la Bigoudene a plein de qualités : la frugalité ne lui fait pas peur, le climat hostile est son quotidien et elle ne dépense pas tout l’argent du foyer en franfreluches. C’est très Dacia, comme valeurs, ça. Certes, la Bigoudene est d’un premier abord un peu rude (oserons-nous mentionner qu’elle refuse de coucher avant le mariage ?), mais on ne choisit pas non plus une Dacia parce que l’on est tombé sous le charme. C’est un investissement de longue durée.

Et à part ça, le Touareg, c’est important ?

Je veux, mon neveu ! Car depuis l’apparition de la première génération en 2002, il s’est vendu à plus de 720 000 exemplaires et surtout, il a été le premier véhicule qui a permis à des clients de se faire plaisir en dépensant 50 ou 60 000 euros (voire 70 ou 80 !) dans une Volkswagen. Pour une marque qui fait des voitures du peuple, le gap épistémologique était carrément considérable.

Du coup, VW a vu grand et s’est imaginé que le jackpot allait pouvoir se dédoubler avec le Phaeton. Raté !

Du coup, oui, le Touareg, c’est important…

Et d’ailleurs, comment on le reconnaît, le nouveau Touareg ?

C’est très simple, jeune lecteur de blog. De l’avant, les nouveaux feux bi-xénon à signature Leds constituent un signe distinctif majeur, d’autant que la calandre adopte quatre barrettes horizontales (au lieu de deux), de même pour l’entrée d’air  sur le bouclier, qui en arbore trois et est désormais dessinée en forme de « A », ce qui est gentiment plus agressif. À l’arrière, pare-chocs, échappements et feux à Leds ont été redessinés.

Pour finir, sachez que quatre des seize modèles de jantes proposés sont également nouveaux. Ah, et ce n’est pas tout. Il y aussi 5 nouveaux coloris sur les douze proposés : deux bleu, un bronze, un marron et un gris.

Des nouveaux coloris ? Pourtant, tous les Touareg sont gris !

Le nôtre, c’est vrai. D’ailleurs, nous avons fait une étude scientifique pour corroborer notre sentiment. Sur le site www.lacentrale.fr, ce lundi 23 février 2015 à 23h53 (connecté en permanence, le rédacteur de blog ne dort pas), il y avait 436 VW Touareg à vendre. Ça fait beaucoup. Le moins cher était à 7000 €. Ça fait pas beaucoup.

Toujours est-il que la majorité d’entre-eux étaient gris, le noir étant la seconde livrée proposée. Si vous voulez passer pour un méga excentrique aux yeux de vos voisins, vous pouvez le prendre en blanc.

Du coup, ça fait plaisir de voir que les gens de chez Volkswagen se décarcassent pour trouver de nouveaux coloris et passent leur soirée à discuter du nuancier Pantone® riche de plus de 1000 couleurs.

On va oser leur dire que cela ne sert à rien : la majorité des Touareg sont gris. Et ça lui va plutôt pas mal. D’autant plus que, si l’on en revient à notre constat de départ, le Touareg est le SUV de ceux qui veulent se la pêter en toute discrétion. On se console avec l’ambiance intérieure qui n’a rien de tristoune, surtout dans notre version d’essai habillée de cuir clair réhaussée par de jolis placages d’aluminium sur les contre-portes. Ce qui nous sert de transition pour la partie suivante.

Et dedans, qu’est-ce qui change ?

Des détails. Mais qui ont leur importance. Le Touareg se veut un peu plus chic, avec des boutons façon aluminium guilloché pour les commandes audio et les autres commandes, dont les rétros. Ça fait assez Audi, tout ça…

Le tableau de bord et les éclairages d’ambiance passent du rouge au blanc. Ça fait plus chic, apparemment. Ce que l’on peut dire, c’est que c’est très lisible. De nouveaux placages en bois sont dispo ; de quoi se faire un Touareg premium !

Dedans, on a aussi la possibilité d’activer tous les nouveaux éléments de sécurité, parmi lesquels se trouvent le freinage anti-multicollision, l’assistant de changement de file « Side Assist », l’assistant de maintien de voie « Lane Assist », le régulateur de vitesse adaptatif et la gestion dynamique des feux de route, ainsi que le « Front Assist » avec système de freinage d’urgence en ville.

En fait, le Touareg ne se révolutionne pas. Il se bonifie et se met au goût du jour, sans pour autant parvenir à masquer son âge, notamment à cause de commandes tactiles assez lentes sur l’écran central.

Vive les grosses dindes ?

Ça doit bien peser dans les deux tonnes un beau bébé comme ça… Ah, combien, vous dites ? 2185 kilos ? On se dit alors que les 204 chevaux n’ont rien de trop, d’autant que la boite auto Tiptronic à 8 rapports est imposée.

La bonne nouvelle, c’est que les 450 Nm de couple sont dispo dès 1250 tr/mn. Dans les faits, le coup de boost se fait réellement sentir entre 1700 et 2000 tr pour ensuite donner lieu à une allonge consistante qui ne faiblit pas jusqu’à plus de 4000 tr/mn, la sonorité du V6 devenant un peu plus sympa passé les 3000.

Du coup, la grosse dinde pachydermique escomptée n’en est pas vraiment une, avec un 0 à 100 couvert en 8,7 sec, ce qui permet de laisser pas mal de monde sur place en toute décontraction. Assez réactive dans cet exercice, la boîte auto confère au Touareg une certaine vivacité, pour ne pas dire vigueur.

Ce qui frappe instantanément dans le cadre d’une conduite normale et apaisée, c’est l’univers doux et feutré dans lequel on est plongé. Moteur, boîte, suspensions, comportement routier : tout incite à la sérénité. Certes, le comportement routier est nettement moins dynamique que sur d’autres SUV, mais l’on y gagne au change en confort. Les familles apaisées qui achètent ce genre d’engin apprécieront.

Volkswagen résiste au downsizing en conservant un V6, là où Mercedes propose un ML 250 de puissance équivalente, doté d’un 4 cylindres en ligne. Le velouté du V6 reste inimitable, tout comme sa sonorité et ces petites joies ne s’opèrent pas au détriment du porte-monnaie puisque la conso réelle (officielle : 6,6 l/100) reste aux environs des 9 l sur route et 10 en ville. Une efficience améliorée grâce à la boîte de vitesse qui a une fonction « coasting » (effet « roue libre » en vitesse de croisière, qui disparaît en mode « sport »), ainsi qu’un Stop & Start qui s’active dès que la vitesse descend en dessous de 7 km/h.

La réactivité de l’écran tactile et les petits à-coups de transmission ressentis parfois en ville font partie des petits détails qui pourraient être améliorés. Ceci ne retire rien à l’agrément distillé par ce Touareg : avaler des kilomètres par centaines en toute sécurité, en toute efficacité et surtout, en toute décontraction.

Bref, le Volkswagen Touareg se refait une beauté et soigne ses prestations. Ca méritait d’être souligné.