Il n’y a qu’au Royaume Uni qu’une telle alliance pouvait donner naissance à une marque automobile qui va tout de même perdurer 14 ans ( 1959 – 1973 ) et donner naissance à 1081 voitures avec 4 modèles et un quasi concept car signé Trevor Fiore qui signera la fin de Gilbern après le salon de Genève 1971.

Gilbern Sports Cars Limited est surprenant au moins pour deux choses. Il fut l’un des rares ( si ce n’est le seul ) constructeurs automobiles du Pays de Galles et cette marque nait dans la seconde moitiés des années 50 de la rencontre d’un boucher amateur de voitures et d’un ingénieur ( ex prisonnier de guerre allemand marié à une anglaise et établit dans le Kent  ) lui aussi amateur de voitures et spécialiste des moules et du travail de la fibre de verre.

 

Gilbern est la combinaison de la première syllabe de chacun des prénoms des deux fondateurs de la marque, Giles Smith et Bernard Friese. Bernard Friese connait un peu le monde de l’automobile et lorsque les deux hommes se rencontrent, il a déjà fabriqué son coupé personnel qui, d’ailleurs, servira de base à la fameuse Gilbern GT.

Chassis tubulaire fait de tubes carrés en acier, carrosserie en fibre de verre et moteur « connu » sont au programme de la GT qui nait en 1959 dans un atelier attenant à boucherie avant que Gilbern ne s’installe dans un garage qui touchait l’église de Pontypridd. Entre 1960 et 1961, la GT est proposée à la clientèle sous la forme d’une kit car chère aux artisans d’outre Manche mais en 1961, la Gilbern GT commençant à être reconnue, les deux fondateurs estiment qu’il faut construire de A à Z la voiture aussi quittent ils l’atelier de Pontypridd pour déménager un  peu plus loin, du coté de Clantwit Fadre dans les locaux d’une ancienne mine de charbon.

 

Au départ la GT Mk1 est proposée aux clients avec le moteur 948 cm3 Austin Healey Sprite avec la possibilité de choisir en option un compresseur Shorrocks. Les sportifs peuvent aussi faire le choix du moteur 1100 cm3  Coventry Climax pour animer leur coupé 2+2 long de 3.90 m, large de 152 m, 830 kg et posé sur les suspensions d’une Austin A35 !

 

Entièrement produite par Gilbern en fin d’année 1961, ce sont onze exemplaires qui sont vendus avant une bonne cinquantaine l’année suivante. Dès 1962, Gilbern propose aussi un moteur plus gros moteur puisque c’est le 1600 de la MGA qui peut être installé sous le capot du petit coupé gallois. 1963 est une grande année puisque que grâce à la fourniture du moteur 1.8 L de la MGB, la Gilbern gagne en vélocité et devient Gilbern 1800 GT. Sa Vmax passe de 151 km/h à 170 km/h et il nfaut moins de 11.0 secondes pour atteindre les 100 km/h contre 13.8 sec précédemment. C’est en 1963 que la Gilbern gagne ses galons et se fait connaitre des amateurs ce qui lui permettra de poursuivre sa carrière jusqu’en 1967 à raison de 40-45 autos/an malgré l’échec de la version 2.0 L à moteur Ford V4 ( Zephyr ) qui ne trouvera que 4 ou 5 acheteurs. La GT est tellement une réussite que dès 1965 Gilbern expose au salon de Londres et qu’il est enregistré à la chambre syndicale britannique des constructeurs automobiles. Une vraie reconnaissance pour notre duo improbable !

 

1966 est une année importante pour Gilbern qui dévoile la Genie qui est un coupé plus ambitieux, plus moderne dans son allure et aussi plus puissant puisque motorisé par un 2.5 L ou un 3.0 L V6 toujours en provenance de chez Ford. La Genie profite du train arrière de la MGB et du train avant et de la direction de l’Austin Healey. La voiture est même très performante puisqu’elle est annoncée pour 193 km/h et certains journalistes de l’époque approcheront même les 200km/h dans de bonne conditions ( pas évidentes à trouver du coté du Pays de Galles ! ).

 

La voiture plait et se vend correctement même si son petit gabarit de 4.0 m et son antique train arrière des anciennes voitures de British Motors nuit un peu à sa tenue de route. Gilbern apporte quelques modifications en adoptant des amortisseurs plus fermes et de nouveaux bras oscillants qui gère un peu mieux les mouvements de l’essieu.

 

La Genie se vend très correctement entre 1966 et 1969 mais dès 1966, Gilbern a des soucis de trésorerie et en 1968, c’est un groupe financier, Ace Capital Holding dirigé par les Collins, spécialiste des machines à sous, qui prend la direction de Gilbern. Cet apport d’argent frais permet à Giles Smith de lancer en fin d’année 68, l’Invader qui est en fait une version restylée  de la Genie qui sera aussi proposée en version Shooting Break pour concurrencer la Reliant Scimitar lancée en 1968 et qui connait un joli succès sur le marché automobile anglais. L’Invader sera aussi un joli succès au travers de ses 3 évolutions ( Mk1, Mk2 et Mk3 ) qu l’on doit essentiellement à Bernard Friese car Giles Smith avait quitté l’aventure quelques mois après l’arrivée des Collins puisqu’il ne partageait pas la même vision de l’automobile. Ne perdons pas de vue que Frieser fera de même en fin d’année 1969.

 

L’Invader profite d’un chassis modifié renforcé et surtout rigidifié, d’une suspension plus évoluée mais qui ne convaincra pas les essayeurs de l’époque. On peut considérer les Invader MK1, Mk 2 et Estate comme des évolutions de la Genie alors que la Mk profitera d’un restylage plus conséquent avec, entre autres, une nouvelle calandre dans l’esprit de celle d’une Triumph TR6, une évolution de l’habitacle et surtout des ailes élargies qui ne donne pas plus d’élégance à l’auto. La voiture au début des années 70, n’a plus rien de BMC puisque tout ou presque provient de chez Ford, la famille Collins ayant fait le choix de la rationalisation de la production.

 

La famille Collins avant de lâcher prise à l’été 72, tente un dernier pari au printemps 1971 pour redonner un coup de boost à Gilbern qui brille par ses pertes, les salaires d’une cinquantaine d’employés, son absence de rationalité et ses vieux locaux datant du XIXeme siècle. Elle fimalise et développe un projet qui dormait, la Gilbern T11 Concept qui est un coupé sportif deux place à moteur central dessiné par le designer T.Fiore. Esprit sportif, moteur d’Austin Maxi ( assez fiable mais trop juste en puissance ) ne suffiront pas à ce coupé à aller au delà du salon de Genève 1971 bien que tous les éléments soient développés et fabriqués pour créér différents prototypes.

 

La T11 n’a selon les Collins aucun avenir tout comme ce segment et ils abandonnent le projet en fin 71- début 72. Les prémices de la crise pétrolière de 73 et la fin des avantages fiscaux liés aux kits cars ( retour de la TVA ) font craindre le pire aux propriétaires de Gilbern qui jettent l’éponge en juillet-août 1972.

A l’été 1972, M.Leathers rachète Gilbern pour une livre symbolique avec pour objectif de relancer la production devenue quasiment négligeable en l’espace de quelques mois. Analyses financières, mise en place d’un plan de production, rationalisation et restructuration sont développés et aboutissent à une seule chose, il faut une production d’au moins 500 voitures/an pour que Gilbern soit rentable et viable dans le temps. Néanmoins, le nouveau repreneur ne perd pas espoir et tente de mettre au point une Invader Mk4 qui restera sans suite. Un associé viendra même en 1973 ( année de fabrication des dernières Mk3 ) aider Leathers mais rien n’y fera et au printemps 74, crise économique aidant, les deux hommes jettent eux aussi l’éponge mais l’entreprise Gilbern restera en vente jusqu’à la fin de l’année 1979 sans qu’aucune solution n’ait été trouvée pour relancer l’entreprise automobile galloise .

 

Un peu plus de 1000 voitures produite et une poignée d’irréductibles anglais a créé le GOC ( Gilbern Owners Club Ltd ) qui permet de faire vivre et revivre cette petite marque automobile  « typically british » tant dans sa naissance, son évolution que ses produits. Aujourd’hui, on restaure, on court en Gilbern comme on le fait avec Triumph ou Austin Healey !

Ci dessous quelques vidéos des autos :

La T11

Une 1800 GT sur la route

Genie et Invader

Et le Gilbern Owners Club à Prescott Hill.

Sachez enfin qu’il existe une seule et unique Gilbern Cabriolet, c’est une Invader mais toutes les Gibern ou presque, possèdent un toit ouvrant en toile.

Pour les amateurs français, ils existe entre 7 et 10 Gilbern avec volant à gauche, elles furent destinées au marché américain mais le manque de moyens mis vite fin à l’histoire.

Enfin je finirais en vous rappelant qu’il y a en Grande Bretagne, un fameux Gilbern Day qui permet aux « gilberniens » de se souvenir et de se retrouver pour célébrer le petit constructeur gallois.

 

Via GOC, Carcatalog, Youtube.

Merci à tous les amateurs et photographes des Gilbern présentées ici.