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Nous accueillons aujourd’hui un nouveau rédacteur, Mathieu Bonnevie, qui est aussi l’un des meilleurs photographes automobile français que je connaisse. Il a la chance de pouvoir conduire de petites merveilles d’anciennes dans sa ville de Reims, et va donc nous raconter, à travers ses sublimes clichés, l’histoire de ces modèles cultes. Il commence avec l’Alpine A110 : je pense que si vous n’êtes pas encore amoureux de cette merveille, vous ne pourrez que succomber à celle-ci…

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Janvier 1971, Rallye Monte Carlo. Cette quarantième édition marque l’apogée d’Alpine en course automobile, avec la victoire d’Ove Andersson, les autres Alpine A110 engagées occupant également le haut du classement. Cette année, l’A110 1600S devint l’auto la plus titrée.

De la fin des années 1960 jusqu’au milieu des années 1970, Alpine a écrit une large page de l’histoire en compétition, les berlinettes devançant leurs rivales sur des épreuves qui ont marqué toute une époque comme le Monte Carlo bien évidemment, mais aussi le Tour de Corse, parmi toutes les épreuves internationales sur lesquelles Alpine a construit son mythe.

La compétition a permis à Alpine de développer ses A110 et de les faire évoluer sur quinze années. De 1963 à 1968, L’A110 embarque un petit quatre cylindres tiré de la Renault 8 Major puis de la Renault 8 Gordini, allant de 956 à 1108 cm3. C’est lorsque la cylindrée est poussée à 1300 cm3 que les autos deviennent très performantes, allant jusqu’à 100 ch pour les versions de route (125 pour la compétition), pour un poids plume d’environ 600 kg. C’est à partir de 1969 que les A110 reçoivent un moteur de Renault 16 TS de 1600 cm3, optimisé par Alpine, portant la puissance à 127 ch pour la 1600S de série, et à plus de 150 ch pour la version course. Les modèles de compétition quant à eux, ont par la suite vu leur cylindrée poussée à 1800 cm3, et quelques versions ont même accueilli un turbo portant la puissance à plus de 220 ch, dans le but de tenter de rivaliser avec de nouvelles concurrentes, notamment la Lancia Stratos à partir de 1974, propulsée par un moteur Ferrari de 260 ch. De nombreuses modifications de châssis de l’A110 pour de meilleures performances et une volonté d’augmentation de cylindrée ont amené Alpine-Renault à créer l’A310, qui ne connaitra pas le succès de son aînée.

A ce jour, l’A110 est l’Alpine la plus titrée et demeure la préférée de la plupart des amateurs de la marque. On comprend pourquoi aujourd’hui elle est très convoitée et recherchée par les passionnés d’Alpine et par les mordus de sport automobile qui cherchent à revivre l’âge d’or de l’A110 en compétition. Très utilisées pour des courses de cotes et divers rallyes automobiles, les A110 de série ont bien souvent été modifiées. Il est donc très difficile aujourd’hui d’en trouver une qui soit dans sa configuration d’origine. Le modèle que nous vous présentons ici est extrêmement rare car il est justement au plus proche de son état d’origine, mais il s’agit également d’une 1600S de 1972, la plus aboutie et la plus sportive des A110 de série. Cet exemplaire a bénéficié récemment d’une restauration avec une remise à neuf de l’ensemble des pièces d’origine et d’une peinture complète, et n’a parcouru que 97000 km en plus de quarante années d’existence.

Reims n’est pas connue pour regorger de routes de montagne sinueuses, où l’A110 aurait été dans son élément pour être photographiée, remémorant les innombrables valses en sortie de courbe qui ont forgé sa réputation. Même en parcourant plusieurs dizaines de kilomètres de route départementale, il est impossible de retrouver un semblant de spéciale du Monte Carlo ou du Tour de Corse. Quand il n’y a pas de montagne, il n’y a pas de montagne! Mais ce n’est finalement pas un problème de parcourir des kilomètres à la recherche d’arrière plans pour agrémenter les photos. Avec ce genre d’auto, on préfère passer plus de temps derrière le volant que derrière l’objectif. De part sa taille et sa légèreté, elle est très agile et très nerveuse, se laissant conduire très facilement. Ce n’est pas le genre d’auto où l’on se sent transporté, emmené par un poids, en se demandant la place que l’on occupe sur la route, en se demandant où sont positionné nos roues. Grâce à son gabarit, on fait corps avec l’auto. Il n’y a qu’à penser, agir, et le reste suit, étonnamment.

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Toujours habitué aux petites voitures nerveuses, je me sens encore plus dans mon élément dans le baquet de l’A110. C’est exactement ce que je recherche dans une auto de sport. De la légèreté en courbe, de la nervosité à haut régime, une odeur d’essence et d’huile, le moteur derrière le siège, où on ressent toute la mécanique, et la sensation d’être dans un véritable karting, sans rien d’autre qu’un volant, un levier de vitesses et des pédales.

Il y a tout de même un moment où il faut s’arrêter et profiter de cette exceptionnelle lumière de sortie d’hiver. C’est en se dirigeant vers Gueux que l’on se rend compte, au loin, que la ligne droite des stands de l’ancien circuit fera très bien l’affaire. De part son histoire et ses traces du passé, l’ambiance qui règne fait ressurgir le tempérament et l’héritage de la berlinette. Il n’y a qu’à se garer sous la lumière, admirer ce morceau d’histoire, et se dire que quand même, c’était une auto exceptionnelle, « à l’époque ».

Source : Mathieu Bonnevie