Ce n’est jamais très simple de bien doser la mercatique… d’autant plus lorsqu’il s’agit de faire renaître les appellations du passé. Ferrari s’y est risqué avec GTO, par deux fois, avec un certain succès. Souhaitons donc le même destin à la toute nouvelle Lamborghini Aventador SVJ qui fait ses premiers pas lors de la Car Week de Monterey, en Californie. Avant de vous décrire les caractéristiques de la future star du spotting, effectuons un court détour par le passé afin de bien comprendre l’enjeu de ce nom, oublié depuis près de 50 ans.

En 1970, la Miura approche de la fin de sa carrière commerciale et la petite équipe à l’origine de sa conception développe un prototype destiné à répondre aux obligations de la réglementation FIA “J”. Ce sera la Miura P400 Jota qui, entre autres, est allégée de pas loin de 400kg et voit sa puissance passer à 440 chevaux soit 65 vaillants canassons de plus que la Miura SV. Le projet n’a jamais abouti, Lamborghini restant assez réticent à l’engagement officiel en course. Il n’empêche que quelques clients furent intéressés par les améliorations techniques et de style de ce prototype Jota. Si la vraie Jota a été détruite en Italie dès 1971, 6 voitures sont aujourd’hui officiellement reconnues comme des SVJ, des SV aux caractéristiques Jota. A noter qu’une seule voiture est une SVJ sortie d’usine, les 5 autres sont des conversions réalisées par Lamborghini sur des bases de SV.

Par la suite, les versions ultimes de la supercar Lamborghini ont plutôt porté le patronyme SV. C’est vrai pour la Diablo (on compte quelques kits Jota sur la SE30 montés après la ligne de production), la Murcielago et l’Aventador. SVJ est donc restée une appellation mythique au sein de l’univers Lamborghini, celle renvoyant à ce que la marque n’a jamais vraiment fait : s’engager en course et aller chatouiller Enzo.

L’Aventador S bouscule cette tradition en passant directement à SVJ. Un peu comme Porsche qui a proposé de suite une 991 GT2 RS. Alors, vraiment plus hardcore cette SVJ deuxième du nom ? Jugez plutôt.

Le moteur gagne 20 chevaux par rapport à l’Aventador SV pour culminer à 770ch obtenu à 8500 tr/min pour un couple maximal de 720 Nm à 6750 tr/min. Il s’agit de valeurs fort proches de celles procurées par la très confidentielle Centenario, obtenues principalement grâce à une nouvelle admission. L’appui fait un bon de 40%, grâce au nouveau spoiler, nouveau diffuseur et au nouvel aileron, assisté par une version 2.0 de la technologie ALA, déjà vue sur la Huracan Performante. Rappelons que ce système guide l’air sur l’aileron en fonction du besoin : plus d’appui en courbe et plus de finesse aérodynamique en ligne droite. On suppose que l’ALA a grandement aidé lors des tentatives de record sur le Ring. Les 4 roues directrices sont également de la partie pour encore améliorer l’agilité en courbe serrée et la stabilité dans les virages rapides.

Le plan marketing, on y revient, a consisté cette fois à montrer les prototypes de développement un peu partout, simplement maquillés pour éviter de trahir les évolutions de style que nous avons découvertes aujourd’hui. C’était peut être aussi pour séduire la clientèle actuelle qui se pâme devant les wraps camo, style militaire en planque, je ne sais pas trop. Quoiqu’il en soit, ces fameux prototypes avaient été régulièrement aperçus du côté de la boucle Nord du Nürburgring. Fin juillet, ce que beaucoup attendait a été rendu public : l’Aventador SVJ a réalisé le meilleur tour pour une voiture de série en 6 minutes, 44 secondes et 97 centièmes. Il est vrai que 95% des futurs possesseurs n’iront jamais sur circuit et se contenteront de la garder dans une boîte fermée à double tour ou devant des hôtels de luxe entre Londres et  Cannes mais le symbole est fort. Actuellement, ce record est commercialement très rentable, à défaut d’être véritablement important. Pour admirer la chose, c’est par ici !

Extérieurement, la SVJ ne pourra ni être confondue avec la S ou la SV. Les entrées d’air du capot, les échappements relevés (technique de plus en plus utilisée par les constructeurs pour en réduire la longueur et grappiller quelques chevaux), l’aileron arrière ressemblant à celui de la Veneno, tout concourt à en faire une version assez bestiale. On aime ou on aime pas mais le traitement va au bout de la logique de bête de circuit. Le travail aéro n’en demeure pas moins très important, dans une optique unique : guider l’air au mieux pour améliorer le comportement sur circuit et l’efficacité de la voiture. Quant à l’intérieur, il évolue assez peu mais reste personnalisable à l’envie via le programme Ad Personam.

900 exemplaires “normaux” à 349 116€ seront livrés début 2019. Une série très limitée à 63 exemplaires, SVJ 63, commémorant la création de la marque sera produite en sus à un prix non précisé. Elle consiste principalement à ajouter quelques panneaux de carbone et quelques stickers 63 sur la voiture. Rien de bien passionnant mais la rareté et l’appétit énorme du marché actuel fera le reste, c’est une futur collector du collector. L’Aventador SVJ devrait en effet être la dernière Lamborghini pour puristes avec un V12 atmosphérique avant que l’hybridation n’arrive sur toute la gamme. A moins qu’une SVJ Roadster fasse son apparition dans les prochains mois ce qui ne nous surprendrait pas pas trop…

Crédit photos : Lamborghini, Arthomobiles.fr (Nicolas Jeannier), Pierre Clémence