R.C. Bhargava, PDG de Maruti-Suzuki en Inde déclare : “ Il y a maintenant un lock-out. Pour moi, le plus important est la sécurité de mes collègues et non de produire des voitures pour faire de l’argent”. Le constructeur indien Maruti Suzuki vient de prendre la décision de fermer pour une durée indéterminée sa grande usine de Manesar située à 50 km de New Delhi où une révolte et des émeutes ont causé la mort d’un salarié de l’entreprise, fait 90 blessés (tant chez les émeutiers que dans les rangs des forces de l’ordre qui ont lutté pour ramener le calme et s’occuper des blessés), détruit des bâtiments et saccagés des chaines de production.

Les évènements ont commencé mercredi matin lorsqu’un salarié a violemment frappé un contremaître selon la direction de l’usine mais selon le syndicat du site industriel, c’est le contremaître qui aurait malmené un ouvrier qui se plaignait. Ce dernier aurait été remercié quasiment sur le champ par l’entreprise et le service du personnel. Selon les témoins, l’encadrement et les service de sécurité interne à l’usine des ouvriers ont commencé à frapper violemment des contremaîtres et des cadres avec des barres de fer, des pièces en métal, les morceaux de palettes et autres objets qui font mal ou cassent. Ils s’en sont ensuite pris au site en lui même avant de détruire en partie l’outil de travail et de mettre le feu aux bureaux (services administratifs, direction, R&D) lors de cette émeute, la plus violente que l’Inde ait connue dans l’industrie depuis les années 70. Pour mémoire, à l’automne 2011, des ouvriers de cette même usine avaient déjà observé une longue grève après le renvoi d’ouvriers qui étaient accusés d’avoir saboté des voitures neuves ou en cours de fabrication sur les lignes d’assemblage.

Selon l’un des directeurs de Maruti-Suzuki, environ 90 contremaîtres ont été blessés et un peu plus de 50 d’entre eux ont été hospitalisés pour des fractures et beaucoup de blessures à la tête. Certains ont été admis en soins intensifs car ils souffrent de gros problèmes craniens, osseux et hémorragiques. Deux cadres japonais ont été blessés et admis dans un établissement privé de soin et devraient être rapatriés vers le Japon dans les prochains jours. Virendra Prasad, un contremaître explique que tous les employés qualifiés ont dû fuir pour échapper à la foule des ouvriers en colère, certains ont sauté par dessus les murs et les grilles de l’usine pour éviter le lynchage ou la mort. Reste que le corps du directeur du personnel, Awanish Kumar Dev, a été découvert calciné. Il a brûlé vif dans une salle de conférence. La police a indiqué qu’il n’avait pu échapper aux flammes parce que ses assaillants lui avaient brisé les jambes et la bas du dos, à priori à coups de barres de fer.

La police qui a déployé plus d’un millier de membres des forces de l’ordre sur le site dès jeudi matin et annonce avoir arrêté au moins 88 ouvriers pour des charges qui vont du vol à l’assassinat en passant par le pillage, la destruction de bien, d’outils de travail, la menace, les agressions physiques et les tentatives d’homicide.

L’usine qui emploie près de 3000 salariés est fermée depuis mercredi et jusqu’à nouvel ordre. Le PDG a indiqué que la production ne redémarrera pas avant que l’enquête sur ces émeutes soit clause et que des mesures soient prises pour garantir la paix sociale de tous les personnels de l’usine. Les dégats qui sont assez importants vont eux aussi intervenir dans le délai du retour à la production. A la bourse de Bombay, le titre Maruti plongeait cette fin de semaine (bien plus que le titre Peugeot la semaine passée !) puisque la baisse du cours de l’action a perdu près de 10% en une journée. Il semble que les investisseurs craignent pour le redémarrage du site industriel qui produit tout de même entre 1400 et 1600 véhicules/jour (A-Star, SX4, Swift notamment).

Cette affaire tombe au mauvais moment car Maruti est à la peine sur son immense marché domestique, ses bénéfices sont en baisse de 29 % sur l’exercice 2011/2012 et le marché attend avec impatience les nouveautés dont la remplaçante de la fameuse Maruti 800. Ci après quelques images.

Reste que cette triste affaire arrive à un moment pour Suzuki qui est en difficulté sur de nombreux marchés, qui se trouve entre le feu croisé de Fiat et de Volkswagen et dont les modèles de plus de 4.10/4.20 m ne séduisent plus vraiment les acheteurs.

Via AFP, Euronews, AP, LesEchos, Youtube.