L’année 76 est une grande année pour la firme de Sochaux puisque Peugeot vient de passer le cap des 10 millions de voitures produites et surtout Peugeot vient de s’offrir la marque hype et technologique de l’époque, Citroën. Certes l’affaire se fait un peu sous la pression politique mais le groupe franc comtois n’est pas mécontent de son acquisition puisqu’en s’offrant Citroën, l’entreprise devient un acteur incontournable et puissant de la filière automobile française mais aussi européenne. Et Peugeot devient en cette année de rupture chiraco-giscardienne PSA Peugeot Citroën, ce qui va permettre au groupe de se position favorablement face à la RNUR qui est encore une belle entreprise d’état. N’oublions que moins de 4 ans plus tard Peugeot reprendra Simca qui deviendra très vite Talbot pour seulement 6 années de quasi survie !

Citroën entré dans le giron de Peugeot, il faut tout de même bien en faire quelque chose au delà des classiques 2CV, Dyane, GS et CX et la première réalisation “commune” sera une petite voiture, pas très innovante, pas technique du tout et faite presqu’à la va-vite de bric et de broc. Ainsi nait la Citroën LN qui arrive avec le millésime 77 (mi 76). Elle est le premier maillon d’une certaine rationalisation industrielle au sein du nouveau groupe industriel puisqu’elle ne peut cacher son allure… carrée, presque rigide typiquement Peugeot. La Citroën LN est en fait une 104 Z agrémentée de pièces diverses et variées ainsi que d’un moteur puisés dans la banque d’organes du constructeur du Quai de Javel.

La LN est en fait une caisse de 104 Z (née presque 3 ans plus tôt) sur laquelle on a greffé une calandre spécifique, des phares de Dyane (ou de Mehari), ou les clignotants de la 104 ont quitté les pare chocs et la position horizontale pour se retrouver verticalement à coté des phare. La LN profite aussi de petites baguettes latérales noires de protection qu’on a prolongé visuellement sur les pare chocs par un liseret noir pour alléger l’allure. Cette “modernité” du noir se retrouve jusque sur les entourages des vitrages (la 104 Z profite elle, d’un entourage couleur carrosserie associé sur certaines finitions à un jonc chromé).

Chez Peugeot, on a voulu faire Citroën dans la LN et si elle reprend la planche de bord de la Peugeot, elle possède toutefois le fameux volant monobranche, les commodos de la 2 CV et des sangles en guise de poignées de portes… pour ne pas dépayser les adeptes des Citroën à moteur bicylindre ! Mais alors que la Peugeot à droit à plusieurs selleries en tissus ou quasi velours ras, la LN doit se contenter d’une triste sellerie en pied-de-poule qui mélange avec goût le noir et le gris, sellerie qui est d’ailleurs parfaitement assortie avec les plastiques durs et noirs de la citadine. Au delà de ce travail de détail, le plus gros du travail des ingénieurs de PSA a porté sur… l’adaptation du fameux moteur Citroën à deux cylindres à plat refroidi par air. Train avant adapté, nouveau berceau moteur sont nécessaires pour installer le bicylindre de 602 cm3 Citroën. Alors que chez Citroën, ce moteur se limitait à 28-29 ch, sa nouvelle installation et le travaille des ingénieurs lui font gagner 10% de puissance puisque sous le capot de la LN il dispose désormais de 32 ch à 5750 trs, 41 Nm contre 28 ch 39 Nm sous le capot d’une 2 CV6. Malgré cette importante augmentation de la puissance la LN est comme la 2 VC et la Dyane, une 3 CV fiscaux ce qui lui permet de profiter de la fameuse petite vignette (… destinée déjà à l’époque à nos anciens et à leur bien être !!). Autre nouveauté pour les citroënistes adeptes du levier de vitesse au tableau de bord et en porte manteau, l’arrivée d’un levier de vitesse au plancher (BVM4) avec, pour ne pas trop effrayer les conservateurs, la fameuse boule noire en guise de pommeau et la présence des vibrations venues du 2 à plat !

Longue de 3.38 m, large de 1.54 m, pesant à peine plus de 700 kg (706 kg exactement), avec un coffre de 215 dm3 facilement modulable grâce à sa banquette arrière rabattable (2 places) en 2 parties égales (550 dm3), la LN est posée sur des roulettes en 135 R 13 revendique la Vmax suffisante à l’époque de 120 km/h et une consommation moyenne de 5.9 L/100 km à 90 km/h. Avec la LN, PSA et Citroën espèrent toucher  une clientèle nouvelle, plutôt urbaine et péri urbaine mais c’est essentiellement en zone rurale et dans les petites villes que la voiture fera carrière. Qui n’a pas vu dans les années 80-90 de LN/LNA transformée en transport de volailles, en véhicule d’assistance ou de tête de convoi pour matériel agricole. Il faut reconnaitre que le flat2 de la deuche aidait bien à la fiabilité et à la facilité d’entretien ! A son lancement la LN coûte 17.500 francs et propose 4 options aux clients :

Lunette arrière dégivrante : 220 frs

Ceintures de sécurité à enrouleurs : 252 frs

P.M : 252 frs

Embrayage centrifuge : 260 frs

La fin d’année 1978 (millésime 79) voit l’arrivée du A et la LN devient LNA ! Ce A signifie “Amélioration” et des évolutions significatives pour la petite auto qui voit sa puissance portée à 34.5 ch, son couple moteur faire un grand bond en avant à 47 Nm sans oublier l’arrivée du fameux allumage électronique qui change la vie des conducteurs. Les performances évoluent peu puisque la Vmax passe de 120 à 125 km/h… Que du bonheur pour circuler sur les routes de campagne. Esthétiquement la LNA profite d’un petit jonc en caoutchouc noir sur les pare chocs et… d’enjoliveurs métalliques chromés qui ne sont pas sans rappeler ceux d’autres modèles de la marque aux chevrons ! Et pis c’est tout pour le millésime 79 et le début du millésime 80 mais au début de l’année civile 1980, grosse nouveauté sur la LNA, le compteur kilométrique journalier qui précède en 1981 le rétro intérieur Jour/Nuit et la lunette arrière dégivrante. Que de luxe dans une si petite auto  qui n’a toujours pas de pré-équipement radio…

Le millésime 82 voit l’arrivée de la version Club (comme sur les Visa et GSA) qui se signale essentiellement par une déco latérale et de custode, une sellerie dominée par le beige, des superbes tapis de sol marron et enfin le pré-équipement radio mais toujours d’appuies têtes qui existent déjà depuis longtemps (en option ou en série) sur la cousine sochalienne. Juillet 1982 et le millésime 83 voient le restylage de LNA, si si… j’en vois qui rigolent mais il y a bien eu un restyling de la petite Citroën.

Au mois de juillet, Citroën dévoile une LNA revisitée, modernisée qui adopte des phares et des feux nouveaux (avec feu de recul), de plus gros boucliers en métal recouvert d’un film plastifié avec embouts en plastique, une déco noir/brun de montant de custode qui doit dynamiser le profil, de nouvelles baguettes latérales plus larges et repositionnées. Dans l’habitacle peu de changements car la LNA ne profite pas de la planche de bord redessinée de la 104 mais seulement d’une évolution avec des plastiques plus jolis, plus valorisants et colorés (bleu, marron), un nouvelle console centrale, un volant avec une meilleure préhension, un meilleur rembourrage des sièges et l’apparition des appuies têtes tant attendus enfin en option ! La version RE profite au passage des jantes redessinées et on note la disparition de l’enjoliveur central chromé. (ci dessous : le mariage plastique bleu + sellerie jersey gris très clair)


Mais la révolution LNA se fait plus sous le capot que sur la carrosserie puisque le millésime 1983 marque la disparition du flattwin en cours de millésime et son remplacement au premier semestre 1984 par le L4 1.1 L du groupe PSA (XW7). Ce moteur de 1124 cm3 avance  l’énorme puissance de 50 ch à 5500 trs/min, 86 Nm de couple (soit presque le double du H2) pour une Vmax de 140 km/h et une consommation en nette baisse puisque la consommation à 90 km/h chute à 4.7 L/100 km. par contre ce nouveau moteur et les quelques nouveautés alourdissent la LNA qui pèse désormais 749 kg. Pour ce millésime 83, la gamme compte 2 finitions (E et RE), la RE se distinguant essentiellement par ses jantes et… son essuie glace arrière ! En cour de millésime, Citroën dévoile la LNA Cannelle , une série limitée à 2000 exemplaires qui se veut luxueuse et chic avec comme équipements supplémentaires par rapport à ceux de la 11E qui sert de base :

-coloris sable doré métallisé (AC064) /stripping latéral /jantes alu (type Visa) /logo arrière

-sellerie en tissu jersey écossais beige-marron / pré-équipement radio / sièges avant inclinables / moquette épaisse

Bon an mal an, la LNA poursuit sa carrière commerciale qui se fait de plus en plus discrète face à la concurrence qui redouble de nouveautés (205, Supercinq, Fiesta, Polo, Uno, Corsa) et pour sa dernière année de vie, Citroën transforme la 11 RE en 11 RS qui diffère essentiellement par une boite de vitesse étagée différemment afin d’atteindre les 144 km/h et d’abattre le 0 à 100 km/h en seulement 15.3 secondes. Pour la fin de sa carrière, la LNA se verra richement dotée avec de série, les appuies têtes, les vitres électriques, le pré-équipement radio mais toujours la BVM4 car durant ses 8 ans de carrière la LN/LNA ne connaitra pas le plaisir de la BVM5 contrairement au Visa et 104.

A l’été 1985, le sort en est jeté, c’est la fin de la LNA qui va être remplacée par une merveille de légèreté, de vivacité et d’économie, l’AX. Durant toutes ces 8 années, Citroën aura produit quelques 353.383 exemplaires de la petite citadine répartis comme suit :

129.611 LN

223.772 LNA

Il y eu aussi une LNA Cabriolet (LNA Marina) développée par le carrossier choletais Bertin entre 1982 et début 1986 mais le résultat très mitigé esthétiquement ne séduira que quelques 15 à 20 acheteurs et selon Gazoline, il n’en resterait plus que 5 ou 6 exemplaires roulants. Et puis à cette époque la concurrence française sur le segment existe et elle s’appelle : Talbot Samba cabriolet, Peugeot 205 CT sans oublier la fameuse Visa découvrable…

Avec plus de 44.175 ex/an, cette petite auto a fait une carrière honorable même si dès 1979 elle a subi la concurrence interne de la Visa qui avait pour elle ses 5 portes mais aussi le Flattwin. La LN/LNA est devenue une auto assez rare (comme la 104 Z) même si au hasard d’une route de campagne, d’une grange ou d’une cour de ferme on en trouve encore quelques unes qui tournent au quotidien. Les versions Cannelle et RS sont elles bien plus rares et ont hélas bien perdu leur fraicheur “citadine chic” des middle eighties. Pas sur que cette Citroën devienne un jour collector mais si vous avez l’occasion un jour de tester une version avec le moteur de 2 CV, n’hésitez pas car entre le bruit caractéristique du moteur, les vibrations dans le levier de vitesse et le H2 à pleine charge à 110-115 km/h, ce sont des sensations inconnues ou oubliées qu’on découvre !

Ci dessous quelques fiches de spécifications et un écorché.

Place aux vidéos.

Pas beaucoup de films ou de vidéos au sujet de cette petite auto, encore moins de publicité pour cette Citroën totalement délaissée sauf par quelques petits club ou amateurs. Une Citroën qui ne fut jamais une voiture sympa, branchée ou une auto de jeune mais toujours une auto de “vieux” comme le fut quelques années auparavant la fameuse Daf 33. Et aujourd’hui quand vous découvrirez une LN, elle risque fort d’être dans le même état que celles ci !

Via C-Forum, LN-LNAClub de France, FA section LN/LNA, Citroën, Youtube.

Merci à tous les photographes, amateurs et propriétaires de cette petite Citroën.