Je ne sais pas pour vous, mais pour moi quand j’étais gamin une Mercedes c’était un gros machin mastoc, bien carré, avec une étoile sur le capot. Une voiture de riche, de personnes respectables. Et… de vieux. Oui, il fallait être vieux pour avoir une Mercedes, et peut être plus encore pour en vouloir une. Il faut bien le dire, les gammes des années 70 et 80 ne faisaient pas du tout rêver la jeunesse. A part quelques coupés et cabriolets que l’on voyait dans les séries TV américaines, rien de bien amusant. Tout changea avec la « petite » 190, sortie en 1982. Gabarit plus compact, modèles sportifs (ah, la 190E 2.3 16 !!) mais il fallait toujours être riche, ou du moins « aisé ». Mais les Mercedes n’étaient plus réservées aux patrons de supermarché et aux notaires et faisaient même enfin un peu rêver.

Bien des années plus tard, la gamme Mercedes s’est développée de façon quasi-tentaculaire, dans tous les segments de gamme, avec parfois plusieurs propositions, au point que l’on s’y perd un peu et qu’un tableau récapitulatif peut être bien utile.

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Dans cette gamme, il y en a maintenant pour tout le monde, mais toujours à des tarifs premium bien sûr, on ne fait pas du low cost ! Parmi cette gamme pléthorique, j’ai choisi d’essayer ce qui pourrait remplacer mon véhicule familial personnel, en mettant totalement de côté l’aspect budget, soyons fou ! J’ai vieilli aussi bien sûr (même si je ne suis pas encore un vieux notable !). Marié, deux enfants, il faut donc rester pragmatique : pas de petit cabriolet rouge qui fait vroum ou de limousine. Cahier des charges : 4 places minimum (avec fixation isofix pour les sièges enfants à l’arrière !), un (très) grand coffre, une jolie gueule, du confort et un moteur « raisonnablement performant » (il faut bien se faire plaisir quand même).

J’ai donc jeté mon dévolu sur la nouvelle CLA en version Shooting Brake. Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais le terme « break » n’est plus jamais utilisé. On a droit à du « Estate », « Shooting Brake », « Tourer », « SW »…. A croire que c’est mal vu d’avoir un break, alors que c’est quand même plus joli qu’un monospace ou un SUV (avis tout personnel). Pour ceux qui n’ont pas suivi, la CLA est la version coupé 4 portes à coffre de la classe A, le Shooting Brake en étant le dérivé… break. Compliqué tout ça, mais on va simplifier en la comparant avec une 308 SW ou une Mégane Estate, ayant un gabarit équivalent. Sur le marché premium, notre CLA est bien seule au monde : rien de comparable chez Audi, BMW ou Lexus, pour l’instant du moins.

Esthétiquement, le Shooting Brake est à mon avis une totale réussite. Une CLS Shooting Brake en réduction (CLS.zip !), perdant le côté statutaire et m’as-tu vu pour gagner un peu en agressivité et compacité (toute relative avec 4,60m de long quand même). Mon modèle d’essai est une 250 4Matic en finition « Fascination ». Moteur essence… oui oui, essence, j’y reviendrai tout à l’heure pour vous expliquer pourquoi pas de diesel. La finition Fascination apporte notamment des jantes en alliage (modèle spécifiques AMG en option ici) et une calandre « diamant » du plus bel effet. L’ensemble est équilibré, sportif et élégant. Petite anecdote amusante : pendant la séance photo à Deauville, des passants ont également pris la voiture en photo, signe qu’elle doit plaire. Les 4 portes n’ont pas de montant, ce qui allège la ligne d’ensemble. Détail qui dénote une envie de bien faire les choses : à l’ouverture des portes, les fenêtres s’abaissent légèrement avant de remonter à la fermeture, afin d’assurer une étanchéité parfaite.

Vous savez ce qu’est le WAF ? Woman (ou Wife) Acceptance Factor. Autrement dit, la faculté qu’a un objet d’être « toléré » par votre douce moitié. Hé bien… la CLA a passé ce test haut la main, un bon point pour elle !

Safe from Harm

On reste dans le domaine sportif dès que l’on ouvre la portière : de superbes baquets en cuir sont prêts à vous accueillir. L’appuie tête est incorporé au dossier, l’allure sportive y gagne, mais dommage pour les petits gabarits qui ne pourront pas les régler en hauteur. Les seuils de porte sont revêtus d’une plaque gravée dont l’inscription « Mercedes-Benz » s’allume de nuit. Un peu gadget mais ça fait son effet. L’intérieur a tout pour flatter le bon père de famille soucieux de rester jeune d’esprit : outre les baquets précités, nous avons droit à des inserts coloris aluminium, du cuir noir surpiqué un peu partout y compris sur le tableau de bord, une plaque de plastobois coloris frêne, des palettes au volant et un très grand écran multimédia. La « banquette » arrière reprend le dessin des sièges avant avec deux beaux semi-baquets enserrant une place centrale moins confortable. Ouf, les fixations Isofix sont là, mais elles ne sont pas très bien intégrées et un peu voyantes.

On continue le tour ? Allez, en vrac : sièges avant électriques chauffants, réglages lombaires absolument somptueux, grilles de ventilation très douces et faciles à régler, volant multifonction, clim bizone, prises USB, grand toit ouvrant vitré panoramique, etc… Bon, tout l’arsenal qui devient la norme est présent. D’un point de vue ergonomique, c’est à l’allemande : un bouton, une fonction. Personnellement, j’aime bien, même si certains tableaux de bord ressemblent parfois aux visages d’adolescents acnéiques. Ça reste contenu ici, même si l’autoradio et les commandes de climatisation sont un peu confus de prime abord. Il manque peut être juste un écran tête haute pour être parfait.

Un mot sur l’écran multimedia du système Command. Un bien bel écran, grand, lisible en plein soleil et aussi avec des lunettes de soleil à verres polarisants (mine de rien, certains ne le sont pas !). Mais bon sang qu’il est mal intégré au tableau de bord ! On dirait un ajout de dernière minute fait à la va-vite :

– Ach, Günther, stop ! Nous avons oublié l’écran !

– Ne t’inquiète pas Hans, on n’a qu’à le mettre là, en plein milieu, on le verra bien au moins ! Quelques vis et ça tiendra. Ah ah ah !

On le voit bien en effet, mais les petits témoins de proximité reliés aux radars avant et arrière beaucoup moins pour le coup. On souhaiterait quand même une version rétractable ou intégrée dans la hauteur de la planche de bord. La CLA n’est pas le seul modèle affecté par cet écran. Même la toute récente GLC coupé en est équipée. Il faudra quand même m’expliquer le concept : j’ai toujours l’impression d’avoir oublié mon iPad dans la voiture…

Autre point : il n’est pas tactile. Du tout. J’y ai laissé des grosses traces de doigts. Mais non. Marche pas. Tout se fait avec une molette rotative cliquable associée à 2 boutons. Ce que je prenais pour un gros défaut au départ s’est en fait avéré intelligemment conçu. Vous avez déjà essayé de manipuler un écran tactile en roulant ? Premièrement c’est dangereux parce que votre regard et une partie de vos capacités motrice et de coordination sont accaparés par ce geste. Ensuite, ce n’est pas très efficace justement car votre concentration est partagée entre la conduite et le réglage du GPS/Autoradio/siège massant (ah… ce siège….). Au final, la molette clickable associée à une bonne saisie prédictive, c’est pas mal et plus sécurisant. Et au moins on ne laisse pas de traces de doigts !

La qualité perçue est globalement très bonne : bons ajustement, pas de bruits parasites. Les plastiques vont du « très bien » (console centrale) au « mouaif » (commandes au volant). Le tableau de bord, bien que recouvert de cuir, n’est pas moussé et sonne creux. Un peu mesquin pour le coup quand une 308 ou une Golf ont des tableaux souples. Ah, un truc qui m’énerve : les caches interrupteurs sur le tableau de bord. Vous savez, les faux boutons qui sont mis parce que vous n’avez pas pris l’option « kivabien » ? J’osais espérer que ça n’existe pas dans une CLA haut de gamme… Hé bien si, il y en a quand même. Je me demande bien quelle option manquait…

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Point sensible des familles : le coffre, lieu de stress pré-départ en vacances ou de Tetris grandeur nature, cela dépend de votre degré de maîtrise de l’exercice. Le hayon à ouverture électrique ouvre grand et le seuil de chargement est assez bas. La capacité est par contre juste moyenne à 495 litres, jusqu’à ce qu’on trouve le double fond qui ajoute quelques précieux litres de volume. On reste en deçà des capacités d’un bon gros monospace, mais on peut très sereinement envisager un départ en vacances avec des grands enfants. Si par contre vous avez poussette, lit parapluie, paquets de couches et autres sacs à langer, il va falloir être TRÈS sélectif sur vos affaires personnelles ! Les dossiers se rabattent selon la formule classique 2/3, 1/3, avec une trappe à skis optionnelle. Pas de quoi jouer les déménageurs, mais une virée chez Ikea est envisageable (oh joie, oh bonheur….). Pas de plancher plat, c’est dommage.

L’habitabilité est tout à fait correcte. Je n’ai pas un grand gabarit et je passe à peu près partout. Quelques réglages de siège et de volant et je suis parfaitement à mon aise. Ugo Missana, qui m’a accompagné pour l’une des séances photos, s’est senti à son aise également du haut de ses 1,80m, y compris à l’arrière où il restait de la marge pour la garde au toit et les jambes. Dans une CLA coupé, il en aurait été autrement. L’arrière, justement…. C’est joli vu de l’extérieur, mais de l’intérieur c’est tout autre chose. On ne voit quasiment rien vers l’arrière. Le ¾ est quasi inexistant, et la fine meurtrière qui sert de lunette arrière ne sert pas à grand-chose. A moins d’être un chevalier Jedi et de faire usage de la Force pour vos créneaux, la caméra de recul est obligatoire. Ça tombe bien, elle est de série.

On ze road again

Voici venu le temps de faire rugir notre 4 cylindres 2 litres turbocompressé. Essence, donc. Pourquoi essence et pas diesel, alors que ce dernier est plutôt la norme sur le créneau des familiales ? Pour l’avenir, tout simplement. Le diesel a, à tort ou à raison, mauvaise presse depuis longtemps. Accusé de tous les maux, de tuer la planète, de provoquer des maladies respiratoire, de vous faire perdre au loto, etc… Ce n’est pas forcément faux (j’ai des doutes pour le loto quand même), mais les moteurs diesel modernes sont aujourd’hui très optimisés, bardés de filtres en tout genre et consomment moins qu’un moteur essence équivalent. Las ! Ces efforts restent lettre morte et la mairie de Paris, pour ne parler que d’elle, prévoit d’interdire complètement le diesel dans la capitale d’ici 5 ans. Soit, c’est une décision politique… J’ai donc fait le choix politique de l’essence, qui devrait offrir aussi un meilleur agrément (bruit, vibrations, etc…). Ma voiture d’essai est équipée d’une transmission intégrale 4Matic. Par défaut, il s’agit d’une traction, la répartition de puissance étant faite automatiquement suivant les conditions d’adhérence. L’essai ayant eu lieu en pleine canicule sur des routes parisiennes et normandes ultra sèches, je pense être resté 100% du temps en traction et je ne pourrai donc pas me prononcer sur l’efficacité réelle de cette transmission et de son intérêt.

Démarrage du moteur, très discret. Il est équipé d’un stop and start comme cela devient la norme, mais ici il est débrayable à volonté. Aucune vibration dans le volant ou le siège. Le sélecteur de boîte automatique est au volant. Je préfère plutôt une molette ou un levier sur la console centrale, mais ça fera l’affaire. Du coup, le commodo de gauche commande à la fois les essuies glaces, les clignotants, les pleins phares, et un second commodo plus petit, toujours à gauche, commande le régulateur et le limiteur de vitesse. Cela génère un peu de confusion au départ, surtout entre le régulateur et le limiteur.

Je place le sélecteur de boîte sur D et c’est parti ! Tout en silence, en souplesse, dans un grand confort de fonctionnement. Je m’insère sans difficultés dans la circulation urbaine, sur un filet de gaz, la boîte 7 rapports en mode ECO. Les embouteillages sont intenses ce jeudi soir et je ne pourrai pas déterminer les aptitudes à grande vitesse de la CLA. En ville, c’est une voiture très agréable, confortable qui sait parfaitement se faire oublier. Les suspensions sont juste comme il faut : bon équilibre entre fermeté et amorti. Même les passages sur pavés sont abordés sans appréhension. La direction est fine et précise. Le volant a le bon diamètre mais la jante est un tout petit peu trop épaisse. Sans dépasser de beaucoup les 50 km/h à part une petite portion de voie rapide, pas grand-chose à redire. Elle est étonnamment maniable et l’on oublie très vite ses dimensions.

Le lendemain, la canicule règne toujours sur Paris. Direction la mer pour me rafraîchir un peu (autant joindre l’agréable à l’agréable). Engagée sur l’autoroute, la CLA est parfaitement dans son élément. Rapide, sûre, confortable, imperturbable. J’oserais dire « reposante ». J’essaye la boîte en mode « sport ». Les rapports sont passés à un régime plus élevé, ce qui est censé donner de meilleures accélérations. Dans les faits, je ne constate pas de différence très importante avec le mode eco, et le moteur se fait nettement plus entendre. La boîte intelligente sait reconnaître un appui franc sur l’accélérateur : elle descend toute seule un voire deux rapports pour donner de meilleurs reprises. Le hic, c’est qu’il y a un petit temps de latence entre l’appui et la réaction. On appuie… rien… rien… la boîte descend une vitesse et oh, ça y est ça part ! Ça ne dure qu’une seconde, mais la sensation n’est pas très agréable. Dans la pratique, je préfère descendre les rapports à la main avec les palettes en cas de besoin. Dans ce cas, le moteur est réactif et donne la puissance (211ch) tout de suite. La suspension quant à elle manifeste un peu de « pompage » à haute vitesse, mais rien de très grave.

La CLA est bardée d’une série d’aides électroniques en tout genre : anti-collision, freinage d’urgence, détection de somnolence, régulateur de vitesse et de distance, etc, etc… L’utilisation de ces équipements se fait automatiquement sans intervention du conducteur. Je n’ai même pas trouvé comment les désactiver, à part l’ESP. Le commodo réunissant limiteur et régulateur de vitesse me crée des difficultés : un coup de manette dans le mauvais sens et me voilà bridé à 110 alors que je voulais évoluer à 130 en levant le pied. Frustrant à la longue, mais on doit pouvoir s’y faire.

Je sors de l’autoroute et en avant pour les petits routes normandes. Mode manuel pour la boîte, on retrousse les manches et on y va : on enchaîne les virages en allant vite, clique sur la palette, sortie de virage, on accélère, frein, clique de palette et… bah non, le cœur n’y est pas. Elle peut aller vite dans ces situations, mais c’est contre nature. Le moteur devient très bruyant et désagréable à haut régime, et les suspensions n’ont visiblement pas envie de jouer. Ca pompe, ça met du temps à se retendre, c’est trop souple. La direction elle, tient bon, reste précise, le couple passe. Les freins sont là, ça freine efficacement, mais sans sensations, c’est un peu déstabilisant. Elle n’est pas faite pour ça, voilà tout. Les passagers éventuels n’ont pas envie de ça non plus. On revient à une allure et à une conduite normale et là tout rentre dans l’ordre. Confort et calme, en allant vite si besoin est, mais les spéciales de rallye ne sont pas pour elle, il fallait s’en douter.

La consommation normalisée est de 6.5 l/100. J’ai fini l’essai avec environ 10l affichés à l’ordinateur de bord, en conditions « essai ». La vérité doit se situer quelque part entre les deux.

Conclusion

En début d’article, j’affirmais me mettre en quête d’une éventuelle remplaçante pour ma voiture personnelle, en trichant un peu : budget illimité. Mais les utopies ont leur fin et il faut bien parler du prix. Le modèle d’essai, bardé de quelques options, atteint 57 000 € (plus un malus de 1600€ pour la version 4Matic, la version traction étant neutre). Il s’agit néanmoins de la motorisation la plus performante hors gamme AMG, et dans une des finitions les plus élevées. Un Shooting Brake 200 en version Sensation, coeur de gamme, peut vous revenir à 38 000 €, sans options. Quid de la concurrence ? Il n’y en a pas vraiment, comme je le disais plus haut. Les marques généralistes ont des modèles équivalents tout à fait fréquentables, mais dans le premium, il n’y a rien. Une Audi A3 Sedan Sportback pourrait cependant avoir de l’allure à mon avis.

Est-ce que la différence de prix entre une 308 SW et une CLA Shooting Brake se justifie ? Difficile de répondre sans avoir testé de 308, mais la CLA est clairement une premium, dans son raffinement, son contenu technologique et dans son agrément de conduite. Sans compter l’image et la facilité supposée de revente. Arguments peut-être irrationnels, mais je ne donne que mon avis et pour moi la différence de prix est justifiée. Pour information, une 308 SW en finition GT, toutes options, est proposée à 36 000 €, en boîte manuelle.

Au final, que retenir de cette « petite » Mercedes de bon père de famille ? Elle a beaucoup d’allure, elle est très confortable, bien finie et se conduit comme un charme à toutes vitesses. Il ne faut par contre pas s’aventurer à s’en servir à contre-courant de son tempérament. Les virolos à fond en appel/contre appel, virage frein à main, très peu pour elle. Pas de frein à main, pour commencer, ça n’aide pas. L’autoroute ou la nationale à allure légale (hum hum…), l’autoradio distillant du

◊ Mozart

◊ Herbie Hancock

◊ Massive Attack

(cochez la case qui vous convient) dans un grand confort de roulage, tout en souplesse, c’est ça son terrain de jeu, et elle le fait très bien. Une bien belle compagne de voyage !

Mes vifs remerciements à Mercedes France pour le prêt du véhicule

Crédits photos : Mercedes, Ugo Missana, Régis Krol