Le temps n’est pas au beau fixe en ce moment entre les deux partenaires que sont Suzuki et Volkswagen, on pourrait même dire que l’orage menace tant on est loin de l’euphorie de début 2010 lors de la signature du partenariat entre les deux constructeurs automobiles.

Pour rappel, Volkswagen et Suzuki dans le cadre d’une participation croisée ont investi l’un et l’autre dans les deux entreprises. Ainsi, VW a investi quelques 2.5 milliards de dollars dans Suzuki ( 19.9%  du capital ) et dans l’autre sens, Suzuki a investi 1.13 milliards de dollars dans VW ( 2.5% du capital ). Mais il y a un peu plus de 6 mois, du coté de VW, on a commencé à grincer des dents quand on a vu que malgré les 1.37 milliards empochés par Suzuki, rien ou pas grand chose ne se passait dans le cadre de la collaboration entre les deux marques ( mais qu’entend VW par collaboration ? Ne serait ce pas un peu du genre prise de contrôle ?  ) et ne pouvant retenir sa tristesse, son amertume et peut être un peu d’orgueil atteint, Martin Winterkorn le grand patron de VW s’en est allé s’épancher sur l’épaule d’un journaliste de Der Spiegel pour lui faire part de ses regrets.

On a donc appris que l’ axe de collaboration germano-nippon était une déception, que Suzuki veut bien profiter de la technologie récente de Volkswagen mais ne semble disposer à rendre la pareille et de finir l’entretien par un clinglant » les japonais ont bien besoin d’être formé en matière de coopération et de partenariat ( sous entendu quand on est parternaire de VW, on avance dans le sens de VW… ).

 

Osuma Suzuki a donc pris acte des déclarations du PDG de VW, a muri, puis préparé sa réponse et cette semaine par l’intermédiaire de son blog sur le site du journal japonais Nikkei, le patron de Suzuki fait une réponse assez cinglante au président du puissant groupe allemand.

L’octogénaire ( un homme de la génération d’un certain Ferdinand Piech ) est un patron reconnu et respecté au Japon mais aussi dans tout le monde automobile et la réponse est à la hauteur de la « tristesse de M.Winterkorn.

Ainsi en quelques lignes assez directes O.Suzuki explique en substance :

– Que ce n’est pas parce qu’on est deux entreprises de tailles différentes que le plus gros peut faire ombrage au plus petit et en prendre le contrôle à sa guise. Un partenariat, fut il croisé et lié à de l’argent reste un partenariat et n’est surtout pas une prise de contrôle.

– Bien sur qu’une telle situation mais aussi des illusions de la part du plus gros des deux peut faire vaciller un accord et mettre en péril ce partenariat.

– Nous avons découvert la technologie Volkswagen, nous avons découvert ce qu’elle est mais pour l’instant nous n’avons pas trouvé l’une d’entre elles assez intéressante ou innovante pour l’adapter immédiatement sur une de nos autos. Suzuki travaille actuellement au développement de ses propres technologies vertes

– Si nous venons à être à court de technologies modernes et adaptées à la conjoncture, rien ne nous empêche de nous adresser à d’autres entreprises pour profiter d’innovations et de nouveautés interessantes ( cf la récente signature de contrat avec Fiat pour la fourniture de moteurs diesel de nouvelle génération ).

– Nos nouveaux moteurs destinés au petites citadines profitent de toute l’innovation technologique du moment et sont en mesure de répondre aux futures normes pour un bon nombre d’années puisqu’ils viennent d’être classé dans la première classe d’éfficacité énergetique au Japon.

– Nous produisons 200.000 moteurs diesel en Inde qui sont appréciés et désormais demandés et sur un marché comme celui de l’Inde, nous ne sommes pas pressés de collaborer avec VW puisque notre implantation ( avec Maruti ) est bien plus puissante que celle de VW. Notre présence et notre expérience sur le marché des minicars en Inde est une de nos forces et il serait dommage de la disséminer dans un partenariat .

– Il faut aussi que VW gagne en visibilité sur les marchés des petites, toutes petites autos et du low cost et selon un rapport économique récemment publié, les choses sont entrain de changé et j’en suis heureux et soulagé ( sous entendu, nous allons bientôt pouvoir collaborer ).

– Nous construisons nos partenariats de façon à ce que les différentes parties soient égales ou que chacun y trouve un intérêt équivalent, ceci afin de permettre à Suzuki de rester une entreprise indépendante, séduisante et de de devenir la énième filiale d’un groupe industriel… Cette situation permet aussi de multiplier les partenariats  mais aussi d’être à la hauteurs des attentes de nos actionnaires et des utilisateurs des produits du groupe Suzuki.

Enfin, ou plutôt en préambule de son message, Osamu Suzuki a donné un beau coup à la direction de Volkswagen en disant que les gens de VW veulent faire croire que Volkswagen peut nettement influencer la politique d’entreprise de Suzuki, ce qui est totalement faux puisque nous avons par accord que nous sommes partenaires indépendants travaillant de concert sur un pied d’égalité et qu’il est dommage que la direction de VW fasse croire (ou veuille indirectement imposer  ) que Suzuki est sous la tutelle ou l’emprise de Volkswagen. Nous avons eu beaucoup d’échanges, nous avons appris à nous connaitre mutuellement et il est dommage que l’accord puisse être mis en danger sur des faux semblants ou des fausses promesses au actionnaires…

L’homme de 81 ans de terminer son message en disant qu’il est toujours excité par les nouveaux défis de son entreprise ( notamment le déménagement de Suzuki dans une région moins sismique ), que c’est maintenant qu’il faut récupérer du tsunami et de ses conséquences et qu’il est prêt à continuer à travailler très dur tous les jours avec les employés de Suzuki, pour leur réussite et celle de l’entreprise mais aussi pour la satisfaction des clients de la société japonaise ( qui je le rappelle fait des autos mais pas seulement puisqu’il y a les motos et la division marine ).

Voilà les choses sont dites, posées plutôt clairement et on pourra se dire que la prochaine entrevue entre un certain F.Piech et O.Suzuki pourrait être tendue, vive, mettant à mal les égos même si il se dit que les deux hommes ont un vrai respect mutuel ! A suivre.

 

Via Nikkei, TheThruthAboutCars.