voyager fumée d'échappement

Lorsque le scandale des émissions démesurément élevées de Volkswagen s’est retrouvé sur la place publique, c’est l’ensemble de la classe automobile qui a serré les fesses. En effet, un certain nombre d’annonces ont été faites quand à des tests sur des modèles d’autres marques. D’ailleurs, nombreux sont ceux qui sont allés de leur communiqué affirmant que ce genre de pratique n’avait pas lieu chez eux. Et voilà que l’association allemande de protection de l’environnement, la Deutsche Umwelthilfe (DUH), épingle Renault en venant reprocher à son Espace près de 25 fois plus de rejet d’oxyde d’azote que la normale. Alors, vous me pardonnerez le jeu de mots mais : info ou intox ?

De l’avis de la DUH

L’ONG a fait effectuer des tests par l’Université de Sciences Appliquées de Berne, en Suisse. Il ressort de six tests sur le Renault Espace 1.6 dCi de la marque, dont le moteur est certifié Euro6, que les taux relevés sont entre 13 et 25 fois supérieur aux 80mg/km requis.

Le directeur de l’ONG, Jürgen Resch, a déclaré: « Nous avons fait des tests avec la Renault Espace Diesel, car elle avait déjà dévoilé dans d’autres tests des niveaux réels d’émission effrayants. (…) Toutes les variations dans les conditions préalables des tests avec un moteur chaud au lieu de moteur froid ont mené à des valeurs d’émissions, à des niveaux que nous n’avions encore jamais mesurés » lors d’une conférence de presse à Berlin et Axel Friedrich, expert des transports, de rajouter: « Nous n’avons pas vu des émissions à un tel niveau depuis la fin des années 1980, avec l’adoption des limites européennes d’émission. Il est incroyable que des voitures prétendument modernes, qui polluent l’air ainsi, soient sur les routes« . Renault serait-il donc également mouillée dans un trucage quelconque des émissions ?

Renault Espace 2015.105

Renault conteste vivement ces tests

Dans un récent communiqué, Renault s’est totalement refusé à admettre les résultats obtenus lors de ces tests. La marque rappelle d’une part que l’ensemble de sa gamme respecte la réglementation. Elle vient dans un second temps critiquer le procédé des tests de l’Université, en effet il existe de grandes disparités entre le cycle d’homologation Euro6 et les tests pratiqués par l’Université. La composante principale de l’écart tient au fait que les tests ont été effectués moteur chaud, là où le cycle d’homologation nécessite un moteur froid. En dernier lieu, Renault vient rappeler que son Espace a été testé par l’organisme allemand indépendant ADAC en août 2015 et que celui-ci a certifié que ce véhicule respectait les normes.

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Attention aux amalgames

Je profite de ce sujet pour venir évoquer un point dont je n’entend jamais parler, qui est même l’objet d’amalgames. Lorsque le scandale Volkswagen a éclaté, les yeux se sont rapidement tournés sur les véhicules qui en règle générale consomment et polluent plus que la normale. La normale devant être entendue comme la fiche technique dont nous disposons tous pour connaitre la consommation d’un véhicule et ses rejets de CO2 (bon pour ce dernier point, c’est surtout le malus qu’on regarde). Il est de notoriété publique que ces chiffres sont en deçà de la réalité. Et bien certains en profitent pour venir faire ici un amalgame entre la fraude volontaire et manifeste de Volkswagen, et plus largement du groupe, pour truquer les émissions de ses véhicules et les chiffres des fiches techniques inférieurs à la réalité.

Le premier est une tromperie, le deuxième est normal. Je m’explique: sur le premier cas tout le monde aura compris qu’il s’agit d’un mensonge de façon à homologuer les voitures, je ne m’épanche donc pas sur le sujet.

Dans le second cas, les voitures passent toutes un même test afin d’être homologuée. C’est d’ailleurs sur ce même test que le groupe a fraudé pour l’homologation de ses véhicules. Il s’agit d’un test réalisé dans des conditions utopistes: une pression atmosphérique X, une température Y, pas de vent, pas de pente, des conditions de circulations non prises en compte, moteur froid etc. Voilà pourquoi les chiffres de la fiche technique ne sont pas équivalents à la réalité, ce n’est donc pas un mensonge des constructeurs mais simplement un test ne reflétant pas la réalité.

Alors là vous allez me dire: « Mais c’est scandaleux, il faudrait faire des tests en conditions réelles de circulation ! » et vous avez raison. Mais ça serait sans compter une donnée essentielle, la possibilité de comparer les données. Grace à ce test, vous pouvez comparer de façon sûre, d’une voiture à une autre, les consommations et les émissions. Les conditions réelles ne permettent pas cette comparaison aussi exacte tant les paramètres diffèrent. Néanmoins, je vous l’accorde, l’on pourrait tendre vers une plus grande réalité tout de même en adaptant un peu la procédure de test.