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Dans Casino Royale, James Bond s’explose au Monténégro en Aston Martin. Il aurait dû prendre une Dacia Duster, une vraie caisse d’agent secret…

2006.

Casino Royale. Sortant de sa partie de poker contre Le Chiffre, James Bond se rend compte de la trahison de son « ami » Mathis et de la disparition de Vesper. Il se rue dans son Aston Martin DBS V12 et fonce sur les routes monténégrines pour sauver sa belle. Prenant Vesper, abandonnée sur la route, pour un ralentisseur (ce qui est assez peu flatteur pour Eva Green), James donne un coup de volant, sort de la route, fait des tonneaux et se fait capturer par Le Chiffre.

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Dans le jargon des barbouzes, on appelle cela une pure erreur de débutant. Notre ami James aurait déjà dû, pour la préservation de l’honneur de la Couronne, rouler sur la greluche (dont le poids sur la géopolitique du Royaume Uni est hélas assez faible, la realpolitik pèse plus qu’un regard vert amande à vous faire fondre) et en plus, si ce dernier avait été malin, il n’aurait pas pris une voiture de ce gabarit pour se lancer dans cette aventure. Ca lui apprendra de vouloir frimer.

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2015.

Le département G du M.I.6 (tenu d’une main de fer dans un gant de béton armé par le despotique Gabriel L), me missionne pour me rendre sur les lieux où ce toquard d’espion débutant s’était raté afin de valider quelle voiture permet d’arpenter les routes du Monténégro sans risquer la sortie de piste à la première brunette allongée sur la route. A la lecture de mon ordre de mission, j’étais en joie !!! Je me voyais déjà au volant d’un bolide mieux armé pour l’exercice, d’un de ces jouets à 4 roues que les sujets de Sa Majesté savent construire avec une option tout terrain ou alors une meilleure tenue de route (la McLaren P1 qui nourrit mes fantasmes automobiles est, je le concède, un tantinet ostentatoire pour un agent secret). Je déroulais donc dans ma tête toute émoustillée la longue liste à la Prévert des véhicules qui pourraient faire le job quand, arrivant au guichet du loueur que nous avions retenu pour cet exercice, je vis un logo Dacia sur la clé du véhicule.

Coupez ! Elle est pas bonne on la refait.

Si ? Elle est bonne ??

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« Allo Gabriel ? C’est quoi cette mission de m#@!!]~# ? »

« Monténégro, petites routes, Dacia Duster ! J’te laisse, je vais jouer au Golf avec Dominique Chapatte. Tûûûûût tûûûûût tûûûûût …. »

Bon.

Départ de l’aéroport de Podgorica (capitale du Monténégro, 145000 habitants, altitude 61m, prononcez Podgoritsa) direction la ville de Kolasin (au pied des montagnes du nord, 3000 habitants, Altitude 1400m, prononcez Kolachine). Après 10 petites minutes de route, on se retrouve dans les gorges de Moraca (prononcez Moratcha) : des routes très sinueuses, dans des gorges vertigineuses, un paysage somptueux. Le premier constat est le suivant : la première et la seconde tirent court, c’est normal me dis-je pour un 4X4. Second constat : Ok les finitions sont cheap mais on est finalement pas mal assis là dedans. On a de la hauteur, une bonne visibilité, une réponse au volant qui sans être totalement directe et dynamique est assez agréable et un comportement assez sain.

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Ce qu’il faut savoir au Monténégro, c’est que le référentiel de distance permettant un dépassement est bien différent. En effet, les routes ne connaissant pas les lignes droites, doubler le camion ou le bus de joyeux retraités en vacances qui vous précède demande un certain engagement. Du coup, outre le local que vous trouvez en face de vous en sortie de virage (qui démontre bien que oui ça passe), il vous faut faire abstraction de ce que vous savez et vous lancer dans un dépassement quand tous vos sens vous disent « Y’a pas la place ». Et dans cet exercice, la Dacia, aidée de son diesel de 110cv fait le travail. A coups de rétrogradage certes mais ça y va.

Après un arrêt culturel dans le monastère orthodoxe de Moraca, nous arrivons, ma Vesper à moi et moi même, à Kolasin.

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Le coffre de la Dacia accueille nos deux imposantes valises sans soucis mais pas beaucoup plus. L’absence de passagers à l’arrière nous permet de stocker sur la banquette : mon matériel photo, un sac à dos pour les affaires du jour (en cas de trek, si on se fait poursuivre par des méchants) et les vestes. J’aurais attendu de cette voiture un peu plus de volume de coffre mais cela ne sera pas pénalisant. La hauteur de chargement est parfaite (pas trop haute) et le coffre se ferme dans un beau bruit de tôle ondulée qui sonne bien creux.

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Après Kolasin, direction Zabljac (prononcez Jablak, 2000 habitants, altitude 1456m). La route qui nous y amène passe (outre les gorges) par un plateau d’altitude superbe qui vous fera vous demander si vous êtes bien en Europe ou si vous n’auriez pas glissé vers le Colorado. Zabljac est en bordure du parc national de Durmitor qui sera notre objectif du lendemain.

Après un dîner dont le prix est inversement proportionnel au nombre de kilos de viande servi (et Dieu sait qu’on n’a pas payé cher), une bonne nuit de sommeil et un rapide petit déjeuner, nous partons, au soleil levant rejoindre le parc.

Un petit bout de nationale, une bifurcation et la question qui animera une bonne partie du voyage :

Moi : « T’es sûre que c’est par là ? »

Vesper : « Oui oui ! »

La route en question me semble plus faite pour desservir quelques maisons monténégrines isolées dans la pampa que pour nous amener dans un parc national mondialement connu. Mais Vesper avait raison.

Cette route sur laquelle deux Smarts se croiseraient à peine nous guide vers le parc. Et quel parc. Les mots (en tout cas ceux que je connais) ne suffiraient pas à vous transmettre une quantité infini-centésimale de la grandeur et de la beauté des paysages. La route serpente entre des collines vertes, des à-pics rocheux, des ravins, des parois et au milieu de nulle part, un bar. Le Duster se montrera étonnamment joueur pour garder du rythme (je ne parle pas d’attaque) dans la traversée du parc. Il répond présent au freinage, relance correctement sans jamais se désunir. Cela demande un peu d’anticipation et un peu de rigueur (ça reste un petit 4X4 à gros pneus) mais tout cela se fait sans déplaisir voire même en vous donnant un petit sourire.

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Deux heures et demie plus tard (les arrêts photo ont plombé la moyenne), nous arrivons à la frontière avec la Bosnie. Nous devons nous rendre quelques kilomètres plus loin pour descendre en raft le Canyon de la Tara (prononcez Tara) qui est, soit dit en passant, le second canyon le plus profond après THE Grand Canyon.

Ces quelques kilomètres qui nous séparent du camp me donnent une première occasion de voir si le Duster est un vrai 4X4. Et croyez moi j’ai de l’expérience : j’ai pris un chemin en terre une fois en 1993 avec une 205 GR.

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La route est TRES sinueuse, elle est défoncée, en terre-gravier-cailloux-poussière et accessoirement un peu en travaux.

Je passe en mode 4WD et attaque ces 5 kilomètres. L’adhérence est précaire et la voiture se montre sécurisante. Les quelques phases appuyées (en gardant une marge de sécurité) me permettent de constater que : la voiture garde une direction saine, que les 4 roues travaillent correctement et me remettent la voiture en ligne, que les suspensions me remontent une information assez fiable sur l’état du grip et que le blutooth déconne (mais ça n’a aucun rapport avec la route). Ne nous méprenons pas. Je ne suis pas en train de vous dire que l’on peut passer ces quelques kilomètres à la vitesse d’un Sébastien Loeb au galop les yeux fermés et en toute tranquillité. Je suis juste en train de vous dire que si ça dérape, la voiture est sécurisante et globalement saine. Et franchement, ça fait le boulot !

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Le retour le soir par ces même routes vers Zabljac nous permettra de valider le constat et surtout d’entériner le fait que cette voiture, dans ces conditions particulières, n’est pas fatiguante. Elle fait un peu de bruit, certes, elle demande un peu d’effort, certes, mais finalement elle ne m’use pas, je ne me bats pas contre elle et les efforts demandés sont tout à fait dans ses cordes.

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La suite de la mission nous amène vers Kotor (19000 habitants, une des perles de ce pays avec sa vieille ville au bord de la baie qui porte son nom et qui est une sorte de fjord à la sauce adriatique). La route qui nous sépare de Kotor est roulante. Viroleuse mais roulante. Il fait chaud par contre. très chaud même. Nous constaterons un 38°C dans les terres à la hauteur du Monastère d’Ostrog (un monastère à flanc de falaise qu’il faut aller voir et où les pèlerins montent pieds nus, respect !). La chaleur, dans notre Dacia, n’est pas un problème. Il y a une clim (pas automatique mais fonctionnelle) et de petits aérateurs (dont la technologie avait été refusée pour la Twingo Première génération). Ces derniers, se voulant pratiques mais pas cher (principe fondateur) ont une fâcheuse tendance à casser dès que vous voulez les orienter correctement. Il n’en demeure pas moins que l’on arrive à garder du frais dans la voiture et ça, par 38° c’est plutôt une bonne nouvelle.

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Nous quitterons Kotor 3 jours plus tard, cette période ayant permis de reposer votre serviteur, sa Vesper et la Dacia qui n’aura pas bougé (on a pensé à aller se baigner avec et puis non).

La route vers Budva (12000 habitants en bord de mer avec des plages, plein d’hôtels moches MAIS aussi avec une vieille ville qui pourrait se résumer à un petit Dubrovnik local) passera par Cetinje (prononcez comme vous voudrez on s’en fout) qui est l’ancienne capitale du pays. Les trajets empruntés et le rythme adopté ont amené à mes narines comme une petite odeur de chaud et de drôles de bruits en fin de freinage. Ok, on a fait un peu mal aux plaquettes. Une pause déjeuner suffira à les refroidir après une fin de trajet très sage. Pourtant, je n’ai pas eu l’impression de taper dedans outre mesure. Je suis plutôt calme et fluide au volant malgré les invectives de mon horrible N+1. Peut-être que l’accumulation virages+peu de vitesse+chaleur ambiante aura mis à mal l’ensemble.

Nous repartons deux heures plus tard et le tout fonctionne plutôt bien.

Après encore quelques incartades dans des routes qui n’en sont pas et dans des terrains où on ne lâcherait pas un Hummer de 3 semaines, nous finissons pas restituer le véhicule au loueur dans l’état où nous l’avions trouvé (le véhicule, pas le loueur).

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Vous savez quoi ? J’ai adoré la Dacia ! Vraiment ! Je me suis marré, j’ai voyagé, j’ai gravi des sommets, traversé des zones pas vraiment roulables, pris des routes qui n’existent pas et tout ça avec armes et bagages, et surtout ma Vesper qui ne s’est jamais plainte ! Remettons bien les choses en perspective. J’ai adoré le Duster au Monténégro. C’était le véhicule idéal pour aller arpenter ce pays. Je ne pense pas que j’aurais le même plaisir quotidien en région parisienne. Le Monténégro ne permet que TRES rarement de dépasser le 110 (je parle des routes et aucunement des limitations) et les suspensions y jouent une rôle primordial tant les qualités de bitume sont inégales. Si j’habitais en Andorre ou au fin fond de la cambrousse entre terre, boue et autres chemins, je pourrais concevoir de vivre avec mais tel n’est pas mon cas. Par contre c’est le véhicule idéal pour sillonner un pays comme celui là sans se demander si on va frotter quelque part, si on va pouvoir passer par là, tourner là et prendre cette route qui a mis le GPS en carafe.

Oui c’est cheap et dépouillé de tout superflu, mais en même temps quand on garde la voiture 11 jours, est-ce bien grave ? Oui le Bluetooth déconne mais n’est-ce pas la meilleure raison pour découvrir les radios locales et leur folklore ? Oui le coffre n’est pas immense mais il y a de la place un peu partout dans la voiture. Certes ce n’est pas le plus beau des 4×4 mais avouez que sa ligne est cohérente et ne vend rien de plus que ce qu’elle est, à l’inverse de beaucoup de voitures qui affichent l’attirail du OffRoad et qui se refusent à vous dès qu’il s’agit de traverser une flaque.

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Bilan des courses, à mon retour au QG, je déposais sur le bureau du despote susnommé mon rapport précisant que cette voiture était bien le véhicule qu’il fallait intégrer au catalogue du M.I.6. en vue de futures missions dans certains des pays l’Est. Gabriel L m’a regardé, a mis le rapport dans son tiroir, a posé sur moi un regard plein de ce sadisme qui l’anime et m’a dit « C’est bien coco, va nettoyer ton appareil photo, y’a du boulot qui nous attend ! Et puis va me trouver une autre porte, parce que la bleue, ça commence à bien faire »

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Texte et photos : Benoît Meulin