La plus célèbre des marques de luxe automobile au monde, fer de lance de la distinction et du bon gout britannique, s’est installée à la porte de Versailles avec quatre de ses véhicules d’exception. Visite un rien mégalomaniaque d’un des stands les plus difficiles d’accès du Mondial de Paris…

Rolls Royce c’est une légende, un nom qui évoque immanquablement le luxe le plus exclusif au monde dans l’univers de l’automobile ainsi qu’une certaine démesure dans la taille des véhicules et une intemporalité du design que d’aucuns pourront qualifier au choix de dépassé, baroque, sculptural, massif, lourd ou simplement royal… Bref on aime ou on déteste mais on ne reste pas insensible devant ces paquebots des routes. Pour s’en convaincre il suffit d’ailleurs de voir la concentration de badauds autour des barrières en verre du stand lors des salons, la plupart rêvant surtout de pouvoir franchir ladite barrière et s’asseoir dans l’un de ces monuments. Du rêve à la réalité il n’y a qu’un pas que les journées presse vous font franchir allègrement. C’est affreusement injuste n’est-ce pas ? Oui, ça l’est, terriblement même, mais comme du coup je suis du côté des privilégiés, étonnamment, je suis moins enclin à protester vigoureusement, à dénoncer le retour des privilèges et à réclamer la tête du roi… d’autant plus que pour une fois le roi, c’est moi.

Alors sa majesté entre et s’installe confortablement et sa majesté n’est pas déçue car on chouchoute particulièrement les têtes couronnées (mais pas que) chez Rolls Royce.


 

 

 

Trois véhicules gigantesques, une Ghost, une Phantom et une Phantom Drophead Coupé sont posés côte à côte, dans le même sens, regardant leurs vis-à-vis du salon avec assurance, dignité, stature mais néanmoins respect (un peu normal vu qu’il s’agit de BMW). Aucune autre fioriture n’est vraiment nécessaire pour mettre en valeur ces œuvres d’art de la production automobile. Car il s’agit bien d’œuvres d’art tant par leur exclusivité que par le soin attaché au moindre détail, de la calandre aux jantes, en passant par la sellerie ou les moteurs à 12 cylindres.

Faire le tour des engins n’est déjà pas une mince affaire, mieux vaut être équipé d’une solide paire de chaussures car il faut tout de même parcourir les 5,56 m de la Ghost, les 5,61 m de la Drophead et enfin les 5,83 m (en version courte) de la Phantom. C’est donc un long parcours mais le paysage se révèle particulièrement agréable. Ainsi, sur votre droite, vous pouvez admirer la magnifique intégration des échappements à l’arrière ainsi que le dessin toujours très baroque de la malle dans laquelle se glissent désormais des feux trapézoïdaux entièrement à DEL car on sait vivre avec son temps. Plus loin sur la route, on découvre d’interminables portières s’ouvrant dans des sens différents au moyens d’immenses poignées chromées et laissant entrapercevoir un univers feutré et raffiné. Sur votre gauche vous bénéficiez d’une perspective remarquable sur ce capot que vous choisirez d’une autre couleur ou encore en aluminium brossé si vous le souhaitez. On raconte qu’un monstre de 563 ch et 780 Nm s’y terre et qu’en le réveillant vous pourriez bien être propulsé à 100 km/h en moins de 5 secondes, j’adore les légendes, surtout celles auxquelles on peut croire. Enfin, clou de la randonnée, tout au bout du chemin, elle s’offre enfin à votre vue, la fameuse calandre avec sa grille droite et massive en haut de laquelle trône un Spirit of Ecstasy rétractable… Une promenade fort pittoresque mais ô combien épuisante, je suis littéralement éreinté, vite, il faut que je trouve de quoi poser mon séant quelque part.

 

 

 

 

Oh mais j’y pense, je suis devant une Rolls Royce, nul doute que les sièges doivent y être fort accueillants… Et dire qu’ils le sont n’est pas un vain mot. D’ailleurs le mot siège est ici d’une vulgarité sans nom, du registre d’un constructeur généraliste ou même premium peut-être mais nous ne sommes pas ici dans un véhicule bassement roturier, nous sommes dans un carrosse princier et nous parlerons donc de fauteuils. Et ces fauteuils sont remarquables de confort et de qualité. Larges, très larges, ils soutiennent avec volupté chaque partie de votre royal popotin et le bichonnent tendrement avec leur cuir (de la couleur que vous voulez bien entendu) et les multiples assistants au bien être : réglages électriques, chauffage, massage, ventilation, élimination de la cellulite, pédicure, café, repassage… enfin, peut-être pas repassage… L’espace pour les jambes et les épaules est partout immense, que vous soyez le chauffeur de ce palace roulant, son assistant(e) assis(e) à ses côtés ou le bienheureux propriétaire du véhicule, installé comme il se doit à l’arrière, tout n’est que luxe calme et volupté. Je me sens tellement bien dans ces canapés que je décide de commencer la rédaction de mon article sur l’une des tablettes à la marqueterie soignée, mais, saisi par l’émotion sans doute, la plume me glisse des mains et tombe à mes pieds. Argh ! Comment vais-je retrouver mon stylo dans cette moquette d’une insondable épaisseur ? Fort heureusement la chance est de mon côté et je retrouve à la place de mon Bic un splendide Meisterstück de chez Mont Blanc sans doute perdu par un autre malheureux journaliste assis à ma place avant moi, à moins que Rolls Royce ne dissémine dans cette Phantom ce genre de petits objets de bon goût un peu partout… Pris par la fièvre découvreuse je fouille frénétiquement tous les recoins de ce salon à quatre roues. La boite à gant, elle est en cuir vert (personne n’a dit que les riches avaient toujours un goût très sûr…), mais elle est bien petite tout de même, à peine y aurait-il de quoi y placer une rivière de diamant, d’ailleurs il n’y en a pas. La console centrale avant, elle fourmille de magnifiques boutons en métal destinés aux réglages électriques du siège mais point de carré Hermès à l’horizon. L’accoudoir arrière, vite ! Des portes gobelets, pardon, des portes flûtes et un iDrive revisité par Rolls Royce avec boutons translucides mais hélas pas la moindre petite Panerai en vue. Le très grand volant à jante fine, à l’ancienne, et ses compteurs incrustés dans le bois ne recèleraient-ils pas une trappe quelconque où se dissimuleraient quelques boutons de manchette de chez Cartier  ? Ah ! Ici, au pied de la console centrale, un compartiment secret, je l’ouvre, pas de trésor non plus ici mais la moitié du tableau de bord a basculé pour faire apparaître l’écran multimédia, au moins maintenant je sais comment je vais faire pour retrouver mon chemin.

 

 

 

 

Je décide de poursuivre mon enquête plus loin car je reste persuadé que Rolls Royce nous réserve encore bien des surprises. Et j’ai raison ! Derrière les trois mastodontes du podium se cache une autre salle perpendiculaire avec une quatrième merveille, il s’agit d’une Phantom Coupé Aviator Collection, l’ultime joyau de la couronne. Sculpturale, impressionnante, énorme, démesurée en fait, ou tout simplement belle. Dans cette série spéciale, Rolls Royce s’est librement inspiré de l’univers aéronautique et beaucoup de formes et d’objets de l’intérieur évoquent les avions, les accoudoirs des contre portes par exemple qui ne sont pas sans rappeler des turbines et le fameux ciel étoilé à l’intensité réglable bien entendu. Il faut reconnaître qu’il y a un peu plus d’étoiles que dans l’Opel Adam, et ce n’est pas uniquement parce que le pavillon est deux fois plus grand, nous ne sommes tout simplement pas dans la même galaxie. Je m’immisce à nouveau dans une Rolls, l’accès est tellement aisé grâce à ces énormes portes à ouverture antagoniste mais il me faudrait un valet pour les fermer tout de même. Aucun soucis de ce côté-là non plus, il existe le bouton magique (qu’on est vite tenté d’utiliser façon Jacquouille la Fripoulle : jour… nuit… jour…). Une petite pression délicatement avec l’index, le majeur serait malvenu, et la fée électricité fait sont office en refermant délicatement la porte sans effort… Ça y est, je vois le cadeau tant espéré, la magnifique montre qui trône au centre du tableau de bord, un objet réalisé par Thommen, un spécialiste suisse des cadrans d’instrumentation pour avion, quelle merveille. J’hésite à sortir mon couteau (suisse bien entendu) pour libérer l’objet de son carcan et le positionner à mon poignet, mais finalement j’y renonce rapidement car bien que roturier je sais me tenir. Et puis toutes ces émotions m’ont donné soif et j’aperçois par la fenêtre quelques verres effilés dans lesquels de petites bulles créées par une malheureuse femme ayant perdu son mari s’ébattent joyeusement… Merci, mademoiselle pour cette coupe…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Et un grand merci à Rolls Royce pour leur très agréable accueil au pays du rêve automobile.

Crédit photos : Eddy P. et Eric E.