Stephen Norman et la Renault Twizy

Malgré un greenwashing incessant depuis la crise de 2007/2008, malgré des centaines d’études et d’analyses qui nous montrent qu’il y a dans le monde de plus en plus de clients tentés par les VE, on constate dans les faits qu’on est très très très loin du compte.

Ainsi au Japon la Leaf se fait laminer par les hydrides de Toyota et Honda, aux USA Nissan aura livré en 2012 quelques 8.330 exemplaires de la même Leaf  (+ ceux de décembre 2012 puisque les chiffres sont au 30/11/2012) pour un objectif annoncé de 20.000 ventes, en Europe les ventes restent anecdotiques (merci les collectivités et les services des états pour les commandes…), les projets des différents constructeurs prennent les uns après autres la direction du placard et le VE le plus vendu en Europe n’est ni une Leaf, ni une iOn ou une C-Zéro, ni une Ampera mais un quadricycle lourd puisque c’est la Renault Twizy qui est en tête des ventes de VE en Europe. On oubliera pas aussi la quasi déconfiture de Better Place et ses stations d’échange des packs de batteries. Je ne parle pas des insignifiantes ventes de la Fluence ZE et le Kangoo électrifié peut lui aussi dire merci aux administrations et au services Parcs et Jardins des villes.
Mais ce n’est pas tout car chez Renault in est inquiet du faible niveau de pré-commandes pour la nouvelle Zoé et on commence sérieusement à s’en inquiéter au moment où la Clio IV monte en puissance sur le marché. Et malgré ses différents signaux, chez Renault on semble ferme sur ses positions et on maintient le cap sur fin 2015 et ses 1.5 millions de VE vendus dans le monde.

Mais comme les éléments sont désormais visibles(les chiffres 2012 des ventes sont parus ou en instance), le constructeur français dépêche en urgence un pompier de service ou plus exactement le directeur du Marketing et de la Communication Monde du groupe automobile pour recadrer les choses et éteindre le feu qui couve. Ainsi c’est Stephen Norman qui est détaché pour faire la bonne comme com’ (loin de l’ours polaire sur la banquise de Nissan !!) et replacer les VE dans une bonne dynamique et une juste image.

Ainsi Renault veut remettre au centre du débat l’aspect technologique des VE (est ce important pour l’acheteur qui veut surtout une auto qui démarre quand il en a besoin ?) mais aussi le fameux débat sur l’autonomie et le temps de charge de l’auto en expliquant que ce ne sont pas des contraintes.  Toujours selon S. Norman les clients ne considèrent pas assez le fait qu’ en moyenne l’autonomie maximale d’une voiture électrique est suffisante au quotidien et que la question de la panne d’électricité est hors de propos. Il estime que les clients n’ont pas à être rebuté par cette désagréable éventualité. Renault veut aussi mettre en avant le silence de fonctionnement de ses ZE (est vraiment important ?) .

La Communication officielle autour des autos électriques de Renault va donc évoluer dans les prochaines semaines et nous serons vite fixés sur l’influence ou non du discours officiel du constructeur sur les ventes de VE neufs et notamment de la Zoé dont seulement 11 exemplaires ont été livrés pour l’instant (un au ministère du redressement productif, dix au centre Leclerc de Pont l’Abbé dans le Finistère). On espère simplement que le lancement commercial effectif de la Zoé ne sera pas trop long à venir car à force d’attendre les clients vont acheter des Clio à moteur thermique ou pire iront à la concurrence toujours pour une auto classique !

Renault, Leclerc et Zoé.0Renault, Leclerc et Zoé.1Renault, Leclerc et Zoé.2

 

 

 

 

Je me permets en cette fin d’article quelques remarques. Renault devrait peut être réfléchir à son système de location des batteries qui peut être un frein à l’achat et peu apparaitre à certains acheteurs comme un frein à l’achat d’une Zoé (on peut avoir l’impression d’acheter une coquille vide). La communication, en général réussie chez Renault ne devrait-elle pas être similaire pour les ZE (une Renault ZE, une auto comme les autres… et non un chapelet de falbalas écolos) et les thermiques. Renault devrait aussi se pencher sur la quasi inexistence d’un réseau français et européen de bornes de recharge tout en annonçant sans détour qu’une Zoé est idéale pour la ville avec ses 160 km d’autonomie à 60 ou 65 km/h de moyenne. Renault aurait du aussi envisager que l’achat d’un VE impliquait quasi systématiquement l’acquisition ou l’utilisation d’une autre auto « traditionnelle » pour voyager un peu ou partir en vacances (je viens de tester 11 mois sans grande auto à la maison et ça coûte fort cher !). Renault aurait aussi du penser à deux fois avant de plonger tête baissée dans le grand bain du véhicule électrique (et de l’argent des aides de l’état), à la crise qui arrivait, à la baisse de nos revenus et niveaux de vie (tout le monde ne peut avoir deux autos, deux garages). Renault aurait peut être du regarder un peu plus tôt vers l’hybridation qui apparait, notamment dans le cas des voitures dites Plug-in, comme une bonne proposition écolo-urbaine acceptable par beaucoup et bien plus polyvalente qu’une voiture uniquement électrique.

On ne peut toutefois qu’espérer que Renault a fait le bon choix car la chute pourrait être rude si la Zoé ne se vend pas par dizaines ou même centaines de milliers d’exemplaires.

Via Autoviva, Autocar.
Crédit photos : Renault.