“Vitesse” à Compiègne

Nettement moins célèbre que son compagnon alsacien, le musée national de la voiture, hébergé au château de Compiègne, mérite toutefois votre attention. Au delà de certaines pièces des collections permanentes, les responsables y organisent de riches expositions. Après le succès de Concept Car – Beauté pure, c’est cette fois le thème de la vitesse qui est mis à l’honneur. Nous l’avons visitée pour vous.

La vitesse, comme la capacité de voler, a toujours été une passion humaine. L’exposition nous le rappelle en réunissant divers engins capables de nous faire avancer plus vite que par nos seuls moyens physiques. Les commissaires ont souhaité mettre en avant la vitesse comme plaisir et pas comme nécessité. Voilà qui, entre passionnés, nous convient parfaitement. C’est bien sûr d’abord grâce aux chevaux tirant cabriolets, coaches et araignées que les Hommes cherchent les sensations fortes. Les concours de vitesse hippomobiles ont la cote et coexistent avec ceux destinés aux toutes nouvelles automobiles à moteur.

La course est depuis toujours un puissant vecteur de développement technique. Avant qu’on ne comprenne les bienfaits de ralentir les voitures en ligne droite pour accélérer en virage, c’est bien la vitesse de pointe qui faisait office d’idéal.

Quatre axes dominent les pièces présentées. Les attelages hippiques, une des richesses des collections permanentes, sont le premier. N’oubliez pas d’ailleurs de faire un détour par l’aile du musée. L’unique Grégoire Sport Coupé, en fascinant état sortie de grange y trône, entourée de dizaines de calèches et autres coaches. Impressionnant.

Le deuxième, ce sont les cycles, motorisés ou non. L’exposition vous fera découvrir différentes solutions testées par les ingénieurs de l’époque pour placer le moteur sur un cycle. Cela va du farfelu “à la place des rayons” au plus classique “au centre du cadre”. Quant aux vélos, certains existent mêmes avec un système pour pédaler avec les mains. Tout est bon pour trouver de la puissance supplémentaire et donc, de la vitesse.

Le troisième ne surprendra pas les amateurs de Rétromobile. Plusieurs salles sont consacrées à la représentation de la vitesse dans l’art. Le thème est resté plutôt rare dans l’histoire de la peinture mais certains artistes s’en sont fait une spécialité. Rob Roy n’est pas le dernier d’entre eux et une pièce rend hommage à son travail avec une partie du don réalisé par sa famille au musée national de la voiture de Compiègne.

Enfin, et c’est bien évidemment ce qui vous intéressera le plus, une dizaine d’automobiles d’exception trônent dans les diverses salles du château. Peu nombreuses, elles sont remarquables de qualité. La collection Schlumpf a prêté ses Maserati 250F, Mercedes W154 et Lotus 33. Une Talbot-Lago T26C et une Bugatti Type 35 viennent compléter ce rassemblement des ancêtres des Formules 1 modernes.

La Bugatti, notamment, se présente avec une splendide patine. Une Bentley “Blower” 4 1/2 litres Supercharged se présente juste devant l’escalier qui vous mènera à l’étage. Elle fait partie de la fameuse collection américaine d’Anne Brockinton Lee, mécène de l’exposition.

C’est elle qui a également prêté la pièce maîtresse de la visite, la Ferrari 166MM, #0008M. Ce châssis est probablement la voiture la plus importante de l’histoire de la marque. Elle a remporté coup sur coup les Mille Miglia et les 24h du Mans en 1949. Il s’agit de la toute première victoire des italiens dans la Sarthe, à peine 2 ans après la création du constructeur. Quand on sait l’importance et le prestige des victoires mancelles pour la Scuderia, on n’ose imaginer la somme pour laquelle les assureurs ont couvert la voiture dans le cadre cette exposition. Seule dans la salle à manger du château, la carrosserie Touring impose sa simplicité et ses lignes pures. Sa vitesse de pointe n’est que de 220km/h. On conviendra que c’est plutôt modeste mais Ferrari a souvent gagné parce que fiable, pas forcément grâce à sa vitesse de pointe. Si j’étais le Guide Michelin, je vous assurerais que cette voiture mérite à elle seule le voyage.

La course aux records, peut être moins médiatique aujourd’hui, reste bien présente. En témoigne la maquette de la Venturi VBB-3, le véhicule électrique le plus rapide de l’histoire. A 549km/h, même la Bugatti Chiron 300+ ne peut suivre. Je vous laisse juge de la qualité de présentation de cette exposition. Pour ma part, l’absence totale de barrière et les volumes disponibles m’ont largement séduit.

L’exposition reste ouverte au public jusqu’au 28 mars. Courrez-y, le lieu est superbe, les voitures sont parfaitement présentées et mises en valeur. Le public ne s’y est pas trompé, la fréquentation, malgré la situation sanitaire, est supérieure à celle de Concept Car.

Toutes les informations pratiques sont à retrouver sur le site du château.

Crédit photos : Pierre Clémence

Total
2
Shares
Previous Post

Essai : Volvo V60 Cross Country D4. Mon pote

Next Post

Essai : comment j’ai beaucoup roulé dans l’Everest sans même être militaire !

Related Posts