Qu’est-ce que le plaisir de conduite ? Avoir de la grosse patate, un troupeau de chevaux pour se téléporter d’un coup de gaz ? Ou retrouver une forme de pureté originelle ? Eléments de réflexion, si ce n’est de réponse, avec 208 GTI by Peugeot Sport

Si vous êtes un fidèle lecteur du blog, vous avez peut-être vu quelques-unes de mes interrogations passées (on a les problèmes qu’on peut, ma bonne dame !). Bref : étant quasiment inconsolable après le retour de la Nissan GT-R au parc presse, je me demandais comment continuer de kiffer au volant à des tarifs plus réalistes et en phase avec ma pauvre condition de scribouillard précaire.

Premier point : revenir à l’essentiel, et c’est pour cela que la Mazda MX-5 1.5 ND, essayée récemment, m’a réaligné les chacras. Je l’ai trouvée quasiment parfaite, sauf qu’elle manquait toutefois un poil de couple à mon goût, et un peu de perfs aussi. Donc, pour pas beaucoup plus cher, est-ce que l’on peut fendre un peu plus de vent ? Bonne question, à laquelle j’essaye de répondre en reprenant la descendante de l’icône de toute une génération : la 208 GTI.

Voilà une auto qui me parle, car dans mes années lycée, mon prof de math (qui était aussi le pote du père de mon pote) avait une 205 GTI noire. Donc, le programme, c’est que j’ai fait un bac scientifique à dominante équations, option dérapages. En des termes plus poétiques : des lignes droites le matin, des virgules le soir.

Quand on est ado, ça marque : la 205 GTI, j’aime bien.

Des années plus tard, me voici donc au volant de sa petite fille : la 208 GTI by Peugeot Sport (déjà essayée sur notre mirifique blog par Victor). En 30 ans, elle a bien tenu le choc, cette petite GTI, nettement plus que moi sur la même période, d’ailleurs. Tiens, c’est un peu comme si une fée casquée et très stylée, en tenue ignifugée et en chaussons de pilote s’était penchée  sur la belle.

On retrouve cette allure râblée et compacte (la 208 fait 3,97 de long, la 205 GTI faisait 3,71), agressive, encore plus dans cette livrée Louboutin.

L’instant Wikipedia

Ah, mais toi, ami lecteur de Guéret ou de Sainte-Menehould, tu n’as pas de boutique Louboutin dans ta rue et tu ne sais pas dans quel vide culturel tu te trouves. « Heureux soient les simples d’esprit, le royaume des cieux leur appartient », a dit un célèbre penseur il y a un peu plus de 2000 ans.

Comblons cette lacune, car c’est aussi la mission de ce mirifique blog : figure toi, jeune lecteur, qu’en 1964 à Paris est né Christian Louboutin, un fétichiste du pied qui, a 27 ans, a fondé sa marque de chaussures et dispose aujourd’hui d’une centaine de magasins (plutôt dans des lieux chics, en fait). Il a ensuite diversifié son activité avec des produits de beauté, des rouge à lèvres, du parfum, du maquillage pour les yeux. Et il y a même eu des collaborations ponctuelles avec les macarons Ladurée ou les poupées Barbie. Mais pas encore des voitures de chez Peugeot.

Louboutin , version Coupe Franche !

Pourquoi je vous raconte ça ? Parce que le chaussures Louboutin se distinguent toujours par leur couleur très « coupe franche », avec la semelle rouge. Ca ne vous rappelle rien ?

J’ai eu la chance d’essayer l’an dernier la DS3 Performance Cabrio Black Special et j’avais carrément adoré ! Une petite citadine chic pétillante et efficace, d’autant qu’elle avait emprunté pas mal de dessous à la 208 GTI. Autant donc, remettre les choses en place avec l’originale.

Terminons-en avec la prise de contact : autant j’aime bien l’extérieur, autant, et c’est dommage, l’intérieur de la 208 fait un peu daté. Le petit volant divise toujours : sur la 3008 GT HDI 180 essayée récemment, j’ai réussi à trouver une position de conduite idéale qui permette de bien voir le tableau de bord, mais sur la 208, j’ai pas réussi. La petite tablette de la planche de bord est elle aussi un rien datée. Bref, j’ai préféré l’intérieur de la DS3 (qui est certes plus chère). Par contre, les sièges baquets et la moquette rouge, c’est cool. D’autant que les sièges, je le découvrirai plus tard, sont confortables même sur long parcours. Et puis l’Alcantara et les surpiqûres rouges, j’aime toujours ça.

Une fine lame

Bref, revenons à nos moutons. Plaisir de conduite, disons-nous. Ca commence aussi par une bonne sonorité. Celle de la DS3 Performance est un rien plus présente au ralenti et à froid, mais dans l’habitacle, la 208 GTI ronronne bien dès les mi-régimes. Du coup, ça flatte les sens et c’est bien. Le plaisir de conduite, c’est ça aussi.

Au quotidien, la 208 GTI est aussi facile que n’importe quelle 208 de société. Gabarit contenu, bon rayon de braquage, moteur hyper souple, elle se tape les embouteillages avec une vraie bonne volonté, ne serait-ce la boîte qui accroche parfois un peu, au passage de la seconde. Mais bon, la ville, ça va bien 5 minutes. Place à la route.

Vous, je sais pas, mais moi j’aime bien rouler doucement quand je sais que je pourrais rouler beaucoup plus vite. Bon surtout quand j’ai une voiture avec cette déco ! Les têtes tournent et regardent, intriguées et surprises de ne pas la voir débarouler « à fond ». Soyons sobres. On attendra des conditions plus favorables et moins peuplées pour enlever le collier du lionceau. Jusqu’ici, tout va bien. Le 1.6 THP est souple comme un cheese nan avec du beurre, et les 300 Nm de couple répondent présent dès 1700 tr/mn.

Elle marche, cette 208 GTI ? Je veux ! Les chiffres annoncés, le 0 à 100 en 6,5 secondes et le 1000 m D.A en 26,5 secondes me paraissent réalistes (vu de la sortie du péage !), et que ce sont des valeurs qui commencent à être crédibles dans le monde des sportives. Et puis la boîte est vraiment bien calibrée, avec une vraie sixième « de vitesse maxi » (la 4ème emmène à environ 190 compteur, la 5ème rupte à 220 km/h et la 6 permet d’aller chercher les 230 chronos).

Et du coup, sans trop parvenir à pouvoir l’expliquer, j’ai le sentiment que la 208 GTI dépote un peu plus que la DS3 Performance essayée l’été dernier. A quoi ça tient ? A une sonorité un rien plus pleine. On joue dans subjectivité, ici…

Par contre, ce qui ne l’est pas, subjectif, ce sont les subtilités dans les réglages de châssis et de calibrage des commandes. Ce que j’ai aimé, sur cette 208 GTI by Peugeot Sport, c’est le freinage, puissant, précis, dosable, au feeling très organique et à l’endurance qui paraît difficile à prendre en défaut ; merci aux Brembo de 323 mm et de 28 mm d’épaisseur à l’avant ! Second bon point : la motricité, juste impériale, merci à la combinaison 1.6 THP puissant partout secondé par l’autobloquant Torsen, bien que le moteur soit en fait assez linéaire dans son fonctionnement, finalement. Mais j’ai trouvé, en la poussant dans ses derniers retranchements, que la 208 GTI by Peugeot Sport avait un peu moins de mouvements de caisse que la DS3 Performance, qu’elle était un brin plus précise, et que la façon, communicative, dont son train avant « dévorait » la route en sortie de courbe était juste parfaitement calibrée pour se jeter dans chaque virage comme s’ils avaient insulté votre mère. Revers de la médaille : qui dit tenue de caisse parfaite dit, généralement, confort ferme. Voire raide, surtout sur les petites cassures.

Il n’empêche. Faut savoir ce que l’on veut. Du plaisir de conduite ou pas ? Alors oui, la 208 GTI casse un peu le dos sur les départementales bosselées. Et alors ?, comme dirait un ex-présidentiable ! Cela compte peu par rapport aux sensations vécues au volant. Dans les virages serrés, on a à chaque fois le sentiment qu’on aurait pu remettre la semelle au plancher un ou deux mètres plus tôt grâce aux Michelin Pilot SuperSport en 205/40 x 18 ! Et dans les grandes courbes, elle est capable de resserrer la trajectoire d’un discret de lever de pied, sans perdre en stabilité ni en précision. En toutes circonstances : du grand art !

C’est ce qui fait que la 208 est pleinement garante de l’esprit GTI, savamment modernisé puisque moins piégeur à la limite et désormais quasiment à la portée de tous. Et à 29 750 €, je la trouve presque raisonnablement tarifée, tandis que la conso moyenne de mon essai (7,4 l/100) est carrément raisonnable !

Alors, la 208 GTI au quotidien ? Ben ouais…

Photos : Benoît Meulin (www.bluedoorprod.fr)